Mis à jour, dim. 8 mars 2020 à 13h30

La campagne des élections municipales à Montpellier a de quoi étonner le citoyen non averti. Elle est riche en rebondissements, et le scrutin reste des plus incertain, jusqu’au dernier moment : celui de l’isoloir.

Tout avait pourtant bien commencé. En septembre 2019, un premier sondage tombe, et semble vouloir réduire l’élection à un duel entre la liste écologiste et le maire sortant. Un scénario attendu, suite au bon score d’EELV aux Européennes à Montpellier : 19,37 % des voix. Et avec un Rassemblement National en embuscade, mais Montpellier étant une ville exigeante, l’hypothèse parait peu probable.

Le parti écologiste à l’épreuve de la primaire « citoyenne »

Les écologistes ont le vent en poupe entre l’été et l’automne 2019, forts de ce désir d’écologie, et pour mettre un holà aux guerres intestines, les militants organisent une primaire, bien vite résumée à une opposition entre l’ancien député Jean-Louis Roumégas et l’ancienne maire de Murles, Clothilde Ollier.

Deux visions semblent déjà s’opposer, celle d’un large rassemblement écologiste et citoyen pour Jean-Louis Roumégas et celle d’un rassemblement des citoyens, de la gauche et des écologistes pour Clothilde Ollier.

Cette primaire, inédite pour EELV accouche d’une gagnante. Le 12 octobre 2019, Clothilde Ollier l’emporte avec 413 voix sur 788 voix exprimées. Une victoire que la candidate ne pourra pas savourer longtemps, dès novembre, Jean-Louis Roumégas rejette le résultat, dénonçant un entrisme de militants PS, sans pour autant voir et comprendre celui des insoumis rejetés par LFI que Clothilde Ollier ira chercher plus tard. En décembre, il est candidat. De son côté le militant écologiste Thierry Teulade organise sa propre primaire qui l’amènera directement en récompense, en n°15 sur la liste de Philippe Saurel. Il n’avait pourtant nul besoin de s’agiter, le processus d’éclatement était déjà bien amorcé, sans ses effets de manches.

L’ovni politique, Clothilde Ollier

Début janvier, Clothilde Ollier voit l’écologie en grand, mi-janvier, elle la verra en commun, fin février elle visera le rassemblement de la gauche et des écologistes.

C’était attendu, mi-janvier 2020, la candidate écologiste, rallie à elle, une partie de la Gauche. Certains la voient alors, déjà maire de Montpellier. Pourtant, l’allégresse ne sera que de courte durée, le 18 janvier elle est écartée par le bureau exécutif de la formation écologiste. Le 20 janvier, elle l’assurre, elle continue la campagne.

Deux listes « EELV » aux municipales

Début février, la saga écologiste se complique, avec une troisième liste, la liste « officielle », celle de Coralie Mantion.

Une liste qui devra peut-être partager, sur le bulletin de vote, le logo EELV avec celle de Clothilde Ollier, comme la commission de propagande électorale de l’Hérault semble en avoir validé le principe, suite à une décision judiciaire complexe. Une vraie « histoire de dingues », puisque dans ce drame écologiste, personne n’a la même interprétation des faits ou du droit…

Emmanuel et le maire

Si certains semblent aujourd’hui l’avoir oublié, à la rentrée 2019, il n’y a pas que les écologistes qui ont voulu profiter d’un bon score aux Européennes pour lancer leur campagne des municipales.

Avec 22,77% des voix réunies par la liste d’union de La République en Marche, les candidats macron-compatibles se voyaient déjà dans le siège de Maire, pour la première ou deuxième fois. Ils étaient trois alors (parmi ceux qui ont finalement monté une liste) à viser cet électorat : le maire sortant, Philippe Saurel, le chef d’entreprise Mohed Altrad et le député Patrick Vignal.

Le combat fut âpre, car tous les candidats ne visaient pas le même objectif, certains souhaitaient que le parti présidentiel ne présente pas de liste (Saurel), qu’il soutienne sa liste sans étiquette (Altrad) ou qu’il l’investisse (Vignal).

Une candidature sans effet « wahou »

La décision d’en haut se fit attendre, mais en décembre 2020, Patrick Vignal est devenu le candidat « officiel » de La République en Marche. Une candidature, sans effet « wahou », des marcheurs de la première heure, se retrouvant sur plusieurs listes, de la droite au centre. Et les députés de la majorité présidentielle se déchirent alors, entre soutien au Maire sortant ou soutien à leur collègue candidat de l’assemblée.

Saurel, de patient à candidat à sa succession

Alors que la campagne bat son plein, Philippe Saurel retarde au maximum, son entrée en campagne. L’homme politique en habile stratège semble se donner le temps de jauger ses adversaires, voire de les laisser s’épuiser, avant d’entrer à son tour dans l’arène.

Sa technique, le « joker » médical. Début décembre 2019, le Maire-Président de Montpellier convoque la presse, si tout le monde pense alors que l’éternel candidat, qui a placé ses « hommes » à toutes les élections va enfin annoncé sa candidature, il n’en est rien, il décide de se faire opérer du genou, laissant flotter un faux suspense sur l’avenir. Un de ses adversaires politiques lâchera même, « pour ne pas qu’il soit candidat, il faudrait qu’il reste sur la table d’opération ». C’était prévisible, et il reviendra, comme il l’avait affirmé « plus fort que jamais… ». Fin février c’est officiel, il assume enfin sa candidature, après avoir longuement retardé son annonce.

Olaf Rokvam, celui qui ne connaissait pas Boumaaz

Le candidat du Rassemblement national avait été investi en septembre 2019. Silencieux dans un premier temps, il avait lancé sa campagne uniquement sur les réseaux sociaux à la fin de l’automne. Puis tranquillement il a entamé début janvier un cycle de conférences de presse pour présenter son programme, puis sa liste.

Celui qui voulait être « le bon maire de famille » de Montpellier n’a pas pour autant réussi à éviter la « malédiction » de l’élection montpelliéraine. Alors même qu’il jurait début janvier, ne pas connaître le turbulent conseiller municipal, fin février, Djamel Boumaaz, se retrouve troisième sur sa liste.

Un individu et une place de n°3 qui ne passe pas pour le parti de Marine Le Pen. Début mars, le candidat perd le soutien du mouvement à la flamme, « Les comportements scandaleux que M.Djamel Boumaaz a eu à diverses reprises ne peuvent être acceptés […], le Rassemblement National retire son investiture et son soutien à la liste sur laquelle figure en troisième position M. Djamel Boumaaz ». En pratique, sa campagne continue, dans la plus grande incertitude.

Larue et Delafosse, la longue marche, en toute confiance

Alex Larue pourrait « presque » être le candidat qui ne fait pas de vague, et celui qui trace son sillon, en dehors des sondages. Avec une campagne, lancée en mai 2019 et une liste qui s’engage devant huissier, il pourrait créer la surprise, d’autant plus qu’en coulisse, nombreux sont les déçus de la Droite dure a appeler à voter pour lui.

De l’autre côté du spectre politique, le socialiste Michaël Delafosse, parti dès mai 2018 avec l’association « Destins Montpelliérains », le candidat a réussi à fédérer derrière lui une partie de la « Gauche » montpelliéraine, s’il fait parfois figure d’éternel outsider, son programme mûrement réfléchi et sa proposition emblématique de gratuité des transports publics pourraient faire la différence, la semaine prochaine.

Nous Sommes l’insoumise

C’est une des surprises de ce scrutin, le collectif citoyen lancé en septembre 2018, sans tambours ni trompettes, a rapidement su conquérir un large public au cours de ses nombreuses agoras.

S’il n’a pas immédiatement visé la conquête de la municipalité, le collectif citoyen a rapidement mis en place des outils originaux de désignation dans cette optique. Faisant de sa liste, la première liste entièrement connue, dès novembre 2019. Une campagne, et une candidate qui cherchent à casser les codes de la « politique à papa ». Sa candidate, ancienne membre d’EELV, Alenka Doulain est aussi soutenue par La France insoumise.

Rémi Gaillard, le « bouffon » roi

C’est l’une des plus grandes surprises du scrutin. L’humoriste montpelliérain, YouTuber et activiste de la cause animale, est le candidat de la dérision. Avec sa campagne « Yes We Clown », il pousse encore plus loin, la campagne 2.0.

Entre humour et vraies propositions, il pourrait être la plus grande surprise du scrutin, après tout le rire aussi, est le propre du politique…

Dimanche 15 mars 2020, au soir, selon les différents sondages agrégés

Les sondages se suivent et se ressemblent (presque). Alors que retenir ? Les sondages sont une science profondément inexacte. C’est bien connu, les sondages ne valent que pour les tendances qu’ils induisent, enfin, une fois ceux-ci agrégés.

Le sondage Opinion Way pour Métropolitain, réalisé sur un échantillon représentatif de 803 Montpelliérains, interrogés du 7 au 18 février 2020 a volontairement été écarté de cet agrégat, au regard du contentieux entre La Gazette de Montpellier et Métropolitain.