[AUDIO] Période complexe que celle du coronavirus, où beaucoup de certitudes s’effondrent, où les utopies d’hier deviennent les valeurs sûres, d’un avenir plus serein et plus sain. Interviews de Philippe Saurel maire de Montpellier, Président de la métropole, et de Charles Dassonville, porte-parole de Vélocité.

« Ce qui m’importe, c’est d’arriver à sortir de cette épidémie […] avec le moins de casse possible. Et en essayant de tirer parti de cette expérience, pour améliorer la qualité de vie. » Philippe Saurel

« On espère que l’on pourra mettre en place des solutions créatives et imaginatives, pour la sécurité de tous. » Charles Dassonville

Montpellier, mobilité active, distanciation et santé : des solutions à mettre en place dès aujourd’hui, et pour demain. Des décisions à affirmer tant du côté des décideurs que des usagers, avant de voir « le robinet à voitures s’ouvrir à nouveau » selon les mots d’un membre de l’association Vélocité, et avant de noircir les poumons des habitants, selon les chiffres : la France compte 48 000 morts anticipées par an, à cause de la pollution de l’air. Action avec : l’urbanisme tactique.

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Action : l’urbanisme tactique

Vélocité à Montpellier opte, et propose un vrai changement de société qui passe par une petite reine : le vélo. Une réflexion qui n’a pas attendu la crise sanitaire pour se mettre en place, tant par l’activisme, que par un travail avec la ville et la métropole de Montpellier. Ils sont un peu comme Jiminy Cricket ce personnage sympathique représentant la bonne conscience de Pinocchio. Avec des actions flash sur le terrain, et de la concertation pour envisager tous les possibles, Vélocité fait sa part du travail. Derniers travaux en date, à la suite d’une visioconférence avec Philippe Saurel et son équipe : l’urbanisme tactique.

Urbanisme tactique, qu’est-ce que c’est ? C’est le fait de mettre en place et de tester un aménagement pour la circulation, afin d’évaluer sa pertinence. Dans ce contexte de coronavirus, cette méthode veut répondre aux besoins de distanciation : pour ne pas surcharger les transports en commun, pour agrandir les trottoirs trop étriqués, pour faciliter toutes les mobilités actives, et pour proposer un autre choix que le tout automobile.

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Flash-back : mobilités, urgence climatique et Manifeste de Montpellier

« il n’y a aucune honte à évoluer, quand c’est l’intérêt général… » expliquait le maire de Montpellier dans un reportage pour TF1 à propos de « sa vélorution. » Bad-buzz #JeSuisUnDesDeux assumé, et essai transformé, avec un schéma directeur qui a été adopté à l’unanimité par le conseil de la métropole, le 21 décembre 2018 à Montpellier.

Reste à gagner le match, avec un enjeu qui est monté d’un cran : un vœu visant à la déclaration de l’urgence climatique, adoptée le 18 juillet 2019. Une urgence définie ainsi par le maire de Montpellier : « il n’y a pas ville mieux placée en France pour déclarer l’urgence climatique. » Des ambitions revues à la hausse, ce même mois de juillet, le 29, grâce au Manifeste de Montpellier qui donne comme ligne directrice le « besoin de revivifier notre pensée par rapport au vivant. Il en va de notre survie », expliquait alors Philippe Saurel.

[AUDIO] Interview avec Philippe Saurel, maire de Montpellier

La politique c’est l’action, et l’action tend à la réussite mieux que l’immobilisme. Est-ce qu’il devient urgent de rééquilibrer l’espace public avec cette crise sanitaire ? Avec ce choix que vous avez fait de l’urbanisme tactique aujourd’hui, est-ce enfin la possibilité de mettre en place un vrai « plan mobilités actives » pour une ville en santé ? 

« Tirer parti de cette expérience, pour améliorer la qualité de vie. »

En conclusion Philippe Saurel nous confiera : « ce qui m’importe, c’est d’arriver à sortir de cette épidémie, et sortir les Montpelliérains et les habitants de la métropole de cette épidémie, avec le moins de casse possible. Et en essayant de tirer parti de cette expérience, pour améliorer la qualité de vie. »

Le déconfinement supposera un changement des moyens de déplacement. Une évolution de toutes les mobilités pour déjà tenter de conserver ce nouveau bien oublié et précieux pour la santé : la qualité de l’air. Pour l’heure deux chantiers prioritaires avec l’urbanisme tactique : Castelnau-Montpellier, mettre fin à la discontinuité cyclable, et l’installation d’aménagements provisoires pour faciliter l’accès aux hôpitaux de la ville.

« C’est déraisonnable de rouvrir les écoles le 11 mai »

« La date donnée par le président de la République est une date administrative, c’est une date repère […] c’est déraisonnable de rouvrir les écoles le 11 mai, » nous confirmera aussi Philippe Saurel en énumérant les différentes précautions à envisager pour réussir la fin d’un confinement : « tests massifs sur toute la population, isoler les personnes malades, faire fonctionner la recherche et les tests immunologiques, mettre les masques à tout le monde, on est loin de cette situation. Et je ne vois pas comment on peut déconfiner progressivement, tant que toutes ces conditions ne sont pas réunies. » Une position en phase avec Jean-François Delfraissy président du Conseil scientifique Covid-19 : « il faudra aller plus loin que le 11 mai. »

[AUDIO] Interview avec Charles Dassonville, porte-parole de Vélocité

Précisions sur l’urbanisme tactique. Pour Charles Dassonville, « le potentiel du vélo à Montpellier est absolument incroyable. » Améliorer, changer : « le grand vainqueur du confinement, c’est l’imagination […] C’est le moment dans un monde imprévisible. L’imagination et la créativité doivent être le maitre mot. L’urbanisme tactique rentre dans cet état d’esprit. Et l’on espère que l’on pourra mettre en place des solutions créatives et imaginatives, pour la sécurité de tous » explique Charles Dassonville.

Comme un cocon qui détruit son hôte, la voiture mérite-t-elle autant d’espace ?

La crise révèle l’absurdité du déplacement qui privilégie l’industrie automobile. Comme un cocon qui détruit son hôte, la voiture mérite-t-elle autant d’espace ? Réveil difficile de consommateurs hypnotisés par des annonceurs capables de parler le langage de l’inconscient. SUV connecté, hybride pour la bonne conscience, achat, crédit, sans apport, confort, protection, réussite, sécurité : tous ces messages ancrés de façon durable ne sont-ils pas les vrais virus qui bloquent toute liberté ou volonté de changement ? 

Changer pour le vélo, l’association propose d’accompagner ceux qui le souhaitent, consciente que du loisir au transport quotidien, certains peuvent avoir quelques réticences. Vélocité met en place l’écosystème vélo adapté à chacun : équipements, matériel, appli et trajets, avec une pédagogie plutôt convaincante. Juste : il faut espérer qu’il sera très vite plus facile de se déplacer, à deux roues plutôt qu’en quatre.

À n’en point douter, de prochaines visioconférences pourront permettre de régler le tempo, et de motiver la créativité et l’innovation des uns et des autres.

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