« InterJAM » à Montpellier : « Depuis hier, il y a Tolbiac en moins, bientôt, il y aura Paul-Valéry en moins »

Les Jeunes avec Macron ont placé leur deuxième « InterJAM » d’Occitanie sous le signe de « l’Éducation et l’Enseignement supérieur », un sujet brûlant pour cette déclinaison « jeune » du parti du Président de la République.

Jeudi 19 avril en début de soirée, les forces de l’ordre sont intervenues à l’université de Strasbourg pour faire partir des étudiants qui avaient commencé à occuper un amphithéâtre. Hier, c’est le blocage du campus de Tolbiac (université Paris-I) qui a été levé suite à une intervention policière. Une opération qui se serait déroulée « dans le calme » et sans « incident », selon la Préfecture de Police. En opposition, le site Reporterre fait état d’au moins « un étudiant très gravement blessé », la police aurait aussi nettoyé les traces de sang de la personne gravement blessée.

Un rassemblement initié par « Paul-Va Lève Toi » avait lieu hier soir devant la préfecture de Montpellier en « soutien à la commune libre de Tolbiac ».

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L’université Paul-Valéry de Montpellier est, quand à elle, occupée depuis le 27 mars dernier, et ce pour une durée prévue « illimitée », afin de protester contre les réformes du gouvernement. Mercredi 18 avril, le tribunal administratif de Montpellier a ordonné l’évacuation de l’université Paul-Valéry et autorisé le président Patrick Gilli à procéder à l’expulsion des étudiants et autres occupants. Le tribunal a aussi validé l’organisation de certains examens sur internet. Du côté du « comité de mobilisation des étudiant-e-s et des personnels mobilisé-e-s contre le Plan Étudiants et son monde », on présentait dès mardi : « la fermeture administrative de l’université, qui annoncerait l’intervention policière, est imminente ».

« on est certains que c’est une minorité qui bloque, on pense que le blocage n’est pas un moyen d’expression correct en démocratie »

Une évacuation vécue différemment du côté de l’opposition.« Emmanuel Macron est décidément le président du coup de force permanent. Il se trompe s’il pense que c’est par cette méthode qu’il imposera son projet néolibéral au pays », dénonce ainsi, Eric Coquerel, député La France insoumise de Seine-Saint-Denis.

InterJAM d’Occitanie – Samedi 21 avril 2018

Martin Bohmert, 29 ans est cadre chez General Electric et Délégué Général – depuis la première convention de mars 2018 des Jeunes avec Macron (JAM), association créée en juin 2015, un an avant En Marche-. Il explique ce que représente aujourd’hui la présence de cet « InterJAM » à Montpellier : « c’est un lieu de contestation étudiante, on pense que c’est bien de venir ici pour expliquer le dialogue, expliquer pourquoi on fait les choses comme ça. » ; « C’est assez réussi, on va avoir une centaine de personnes dans la salle pour parler d’éducation avec des élus locaux, des parlementaires, je pense qu’il y a peu de mouvements de jeunesse qui savent aujourd’hui réunir autant de gens autour de ce sujet-là ». Une participation à relativiser au regard des 25.000 adhérents revendiqués et de la dimension régionale de l’événement.

De même, toute la famille En Marche Hérault n’était pas présente pour fêter l’événement à domicile et le début de la saison d’été des Jeunes avec Macron. Le Délégué Général s’en émouvra même lors de son intervention, regrettant tous « les députés qui n’ont pas répondu à l’invitation, je trouve ça un peu dommage, on est un parti politique en pleine extension et en plein rassemblement », il glissera malicieux du haut de son pupitre, « ceux qui les connaissent pourront faire passer le message ».

Sa position sur les blocages est assez ordinaire, pour des oreilles habituées à la communication des marcheurs : « on est certains que c’est une minorité qui bloque, on pense que le blocage n’est pas un moyen d’expression correct en démocratie, surtout quand ça concerne une minorité de gens. On demande deux choses : le déblocage rapide des facs et la reprise d’un dialogue équilibré et si on veut vraiment faire appel à la démocratie, appeler à un vote en ligne », « chaque fois, les résultats sont massivement pour un déblocage ». Des résultats à prendre avec des pincettes, tant la participation est faible, aujourd’hui pour ce type de scrutin. A titre d’exemple, si une large majorité d’étudiants du campus du Saulcy à Metz a rejeté les blocages (74%), ces étudiants ne représentaient que 31% des votants, soit seulement 2.500 des 8.200 étudiants concernés par des examens à Metz.

Revenant sur les blocages, Romaric Nazon, membre des JAM du Gard, complète les propos de son Délégué Général : « ce que je n’aime pas dans les blocages, c’est qu’on empêche une majorité d’aller passer ses partiels, d’aller en cours, après s’ils veulent aller faire de la contestation, ils peuvent toujours en faire, mais pas bloquer une faculté ou un lycée, ça pénalise ceux, vraiment, qui veulent travailler et passer leurs examens ».

« Depuis hier, il y a Tolbiac en moins, bientôt, il y aura Paul-Valéry en moins »

Ce que reproche surtout le Délégué Général des Jeunes avec Macron, ce sont les dégradations : « on a découvert Tolbiac , avant-hier, il y a quasiment un million d’euros de frais. La Fac était toute neuve » ; « La casse du service public, ils la font dans les faits » ; « On est pas entrain de casser le service public, on est entrain de mettre 19.000 places dans les filières sous tension, on est entrain de réinvestir comme jamais on l’a fait » ; « c’est un investissement fort et massif ». Cette position n’étonne pas mais n’est pas aujourd’hui vérifiable. Il existe aujourd’hui plusieurs estimations concernant le prix des dégradations, oscillant de plusieurs centaines de milliers d’euros, pour Georges Haddad, le président de Paris-1, à entre 600.000 et 800.000 euros pour Florian Michel, directeur du site de Tolbiac. Ces estimations bien entendu prennent en compte l’état du site après l’intervention des forces de l’ordre. Les étudiants dont la présidente de l’Unef Lilâ Le Bas mettent une partie de ces dégradations sur le compte de l’intervention.

Sur la mobilisation politique de la contestation Martin Bohmert explique : « je serais ceux qui veulent faire remonter les vrais problèmes étudiants, je serais un peu blasé que ça soit repris politiquement par La France insoumise et tous les gens d’extrême gauche qui se satisfont de cette situation, alors que l’on s’éloigne beaucoup des revendications étudiantes de base. » ; « On entend le mécontentement, mais qu’ils viennent s’exprimer dans les instances démocratiques, on est encore prêts à modifier des choses, la ministre a rajouté de l’argent pour être sûre que les profs puissent faire l’examen des dossiers correctement, qu’ils puissent être payés leurs heures supplémentaires pour ça. Je comprends pas leur mécontentement et les français ne comprennent pas, c’est quatre universités qui sont perturbées, c’est onze sites sur plus de quatre cents en France qui sont perturbés. Depuis hier, il y a Tolbiac en moins, bientôt, il y aura Paul-Valéry en moins » ; « On a quoi ? Dix milles bloqueurs, il y a deux millions et demi d’étudiants en France, on est vraiment sur une minorité ». Ici, il est difficile d’infirmer ou de confirmer le nombres de bloqueurs et de sympathisants. Leur nombre étant impossible a établir de manière efficace. Ils faut donc se reporter aux sondages. Et sur ce point un sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour France info et Le Figaro du 19 avril dernier, consacré à la perception de la mobilisation étudiante, présentait que 62% des jeunes de 18-24 ans en avait une opinion favorable. Si les bloqueurs sont vraisemblablement une minorité, les sympathisants concernés seraient une majorité.

« Aujourd’hui, il est écrit sur les murs de la Fac, qu’ils veulent en faire une ZAD »

Charlyne Péculier, étudiante et référente des JAM de l’Hérault, devenue coordinatrice régionale Occitanie en mars dernier explique : « à l’Université Paul Valéry, où je suis étudiante, nous avons tenté de discuter avec les bloqueurs » ; « Aujourd’hui, il est écrit sur les murs de la Fac, qu’ils veulent en faire une ZAD ». Un rêve cher à une partie de la gauche française, qui voit dans celle-ci « un projet de vie alternatif et collectif ». Ce dont ont bien conscience les zadistes qui martèlent depuis le début de l’intervention des gendarmes le 9 avril dernier : « On veut construire. Eux veulent nous détruire ».

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InterJAM d’Occitanie – Samedi 21 avril 2018

Sabine Cotreaux, suppléante de Nicolas Démoulin, député de l’Hérault avait donné le ton pourtant, lors de son intervention : « tout d’abord, je suis contente de voir des gens colorés, sans cagoules », avant d’expliquer sa position sur les mouvements étudiants : « je crois qu’avant tout, le malaise d’aujourd’hui, c’est le malaise de la jeunesse et la confrontation, c’est-à-dire : il y a deux visions qui se confrontent aujourd’hui, une vision optimiste, comme on l’a vue avec tous les marcheurs, l’ensemble des JAM et avec Emmanuel Macron, et une vision pessimiste de l’avenir et là, je ne nommerai pas les personnes, mais il y en a beaucoup qui ont cette vision et qui manipulent notre jeunesse au quotidien ». Un reproche souvent formulé aux opposants à toutes les époques politiques. Reproche transformé en arme politique pour une partie de l’opposition, dont Bastien Lachaud, député La France insoumise de Seine-Saint-Denis sur France info, qui diagnostiquant que « le mécontentement est largement majoritaire » en France, frémissait de découvrir un « début de convergence des luttes ».

Une opposition qui inquiète, le député de l’Aude, Alain Perea y voit même une : « guérilla – je pèse mes mots – qu’est entrain de mener un certain nombre de personnes et notamment un mouvement politique » (NDLR : La France insoumise) « qui utilise des techniques d’extrême-gauche et on sait où ça a mené dans certains pays », présentant par la suite l’épouvantail du Vénézuela, devenu récurrent lorsque l’on parle de La France insoumise.
« Aujourd’hui, on a sur différents thèmes ce que je n’hésite pas à qualifier de guérilla. Et le peuple français, les étudiants ne peuvent pas, les professeurs ne peuvent pas être pris en otage par des gens qui veulent faire en France une guérilla« .

« les occupations illégales dans les amphis se multiplient et la Faculté des Sciences est la prochaine cible »

Évidemment, l’Université Paul-Valéry ne suffisant pas et la mobilisation commençant tout doucement à prendre sur Montpellier, des étudiants de la Faculté des Sciences souhaitent la bloquer mardi prochain, afin de protester contre la politique d’Emmanuel Macron à l’égard des Universités. Face à ce « futur » blocage, des étudiants de l’université ont prévu une manifestation au son de #DéfendsTaFac, affirmant qu’à « Montpellier les occupations illégales dans les amphis se multiplient et la Faculté des Sciences est la prochaine cible ».

Pour l’ancienne Présidente de l’Université Montpellier 2, Sciences et Techniques (aujourd’hui composante de l’Université de Montpellier) et députée de l’Aude, Danièle Hérin : « Ça dépend de ce qu’on entend par blocage. Si c’est un blocage, strictement des étudiants ou même du personnel ou autre, moi, je dis pourquoi pas ? Il faut que les gens s’expriment. » Elle précise tout de même, « Bloquer, ça me dérange quand même. On peut très bien faire des AG, on peut très bien faire des discussions sans blocage » ; « Il ne faut pas oublier que normalement une personne extérieure à l’Université, c’est-à-dire qui n’est ni étudiant, ni personnel administratif ou même enseignant de l’Université, ne peut rentrer sur le campus que si elle a l’autorisation du Président, ça c’est la loi. Pour la députée de l’Aude, bloquer est une « faiblesse. Ça veut dire qu’on est pas sûr d’attirer des gens et à ce moment-là, on bloque ».

Dans le Gard la mobilisation est moins importante.

À contresens de ce qui se passe dans l’Hérault, le mouvement étudiant a peu pris dans le Gard et est resté relativement calme en matière de contestation, si l’on excepte quelques blocages de lycées, comme ceux des lycées Daudet ou Hemingway.
« On se félicite qu’à l’université de Nîmes, il n’y ait eu aucun incident à déplorer, aucune dégradation, aucun blocage et les jeunes vont tranquillement en cours », explique François Courdil, membre des JAM. Pour lui la recette est simple : « on a fait de la pédagogie », « sans démagogie, sans affrontements, dans le calme ». En pratique, le terreau syndical et militant était bien moins fertile que pour sa cousine méditerranéenne.

InterJAM d’Occitanie – Samedi 21 avril 2018
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