Macron, chef de l’État devenu « tout-puissant », impose sur le territoire et avec un certain autoritarisme, sa politique ultralibérale qu’il met aux services des milieux financiers et industriels, très bien. Il renforce le pouvoir du monde de l’entreprise, parfait. Il protège ce monde avec la loi sur le secret des affaires, indispensable. Résultat : les entreprises deviennent des forteresses volantes, flexibles, destinées à servir le règne de « l’argent-roi » et capables de « dépecer » les services publics.

Guerrier de la finance

L’âme de ce guerrier de la finance est bien camouflée aux yeux du grand public. Âme masquée judicieusement d’une image subliminale de l’enfant roi et d’une inversion subtile du sens des mots. Après une décennie et deux présidents « serial lover » amateurs de chanteuse, de journaliste ou de comédienne, le pouvoir éprouvé par des relations de couple hystériques avait un besoin urgent de stabilité émotionnelle. Une héroïne est née. Une femme simple. Une professeure de français qui fera de son élève un président. Un imaginaire collectif renforcé en mars, lors du discours d’Emmanuel Macron, à l’Institut de France où un hommage presque direct sera rendu à son épouse, ainsi nommée : « ces héros bien particuliers que l’on appelle les professeurs de français… » Et, Le Groupe Les Échos-Le Parisien (LVMH) d’insister fin avril : « En un an, la « first lady » s’est imposée comme la coéquipière du président, discrète, mais incontournable. » Objet identifié : Une stabilité de couple qui sera aussi celle d’un pays, c’est promis.

Un séisme sémantique aussi insolent que le commerce des indulgences

Installé dans son rôle, Emmanuel Marcon peut faire son « coup d’état permanent »  (cf. François Mitterrand) inscrit dans son programme LaREM comme : « Mon contrat avec la nation». Un programme qui use d’une prémisse étonnante : «Retrouver notre esprit de conquête pour bâtir une France nouvelle». Un séisme sémantique aussi insolent que le commerce des indulgences. Une France nouvelle ? À quoi ressemblera l’organisation sociale dans ce contrat Macron ? À un renforcement du dialogue social…? Dans les faits, y a-t-il égalité et liberté entre tous les citoyens ? Est-ce une organisation ou une désorganisation sociale que ce contrat ? Prochainement, un rendez-vous devant la représentation nationale devrait permettre d’éclairer certaines « zones d’ombre ». Un rendez-vous garanti par le programme lui-même, dans sa lettre d’introduction qu’Emmanuel Macron exprime ainsi : « Je rendrai compte chaque année devant le Parlement de l’avancée de ce contrat avec vous. Il permettra de retrouver l’esprit de conquête dont nous avons besoin.»

Campagne oblige : priorité au Parlement Européen

Pour commencer : L’Europe. Presque une moitié d’hémicycle s’est levée pour applaudir le président français venu tester le parlement européen un an avant les élections. LaREM a déjà lancé « les consultations citoyennes ». Une campagne de porte-à-porte pour demander aux populations ce qu’elles veulent pour l’avenir de l’Europe. Et dans la foulée récupérer peut-être, « négligemment », quelques data données qui permettront, en temps voulu d’atteindre des cibles de choix, avec des messages appropriés. Importance d’expliquer, de convaincre, de séduire, d’engager, de rassurer, d’être connecté, de faire voter, entre deux grands choix de société qui s’opposent. Pour l’un, ce sont les libéralisations et l’intensification de la concurrence qui offrent aux marchés de nouveaux espaces de rentabilité. Pour l’autre : l’urgence c’est l’appropriation et la gestion de tout ce qui relève du bien commun, avec des enjeux sociaux et environnementaux, placés comme prioritaires.

Faut-il rester en ordre dispersé ?

L’agitation sociale doit trouver une nouvelle force avec ce mois de mai 2018, pour que ce malentendu politique reste « un petit coup d’État » encore modifiable, avant de devenir un coup de maître. Convergence ou coagulation, les manifestations des forces syndicales peuvent être un point de départ, pour proposer ou imposer au gouvernement une modernisation, et un développement des services publics, plutôt qu’une mise en pièces de ceux-ci, au bénéfice des secteurs spéculatifs. L’ultralibéralisme se moque de l’intérêt général. Alors, faut-il rester en ordre dispersé ?

Dès ce soir, lundi 30 avril : Olivier Besancenot et Pierre Laurent se réunissent sur la Place de la République. Cheminots, personnels hospitaliers, salariés des EHPAD, de La Poste et de Carrefour, y compris les étudiants rejoindront le meeting des deux leaders politiques du PCF et du NPA, baptisé : « meeting unitaire en soutien aux luttes sociales. » Sont annoncés aussi des représentants de Génération S, Ensemble, EELV, Nouvelle Donne, et du groupe des députés LFI.

Demain mardi 1er mai, la fête internationale des travailleurs peut être l’occasion de se retrouver et de se faire entendre. Le premier secrétaire du PS Olivier Faure devrait être dans la rue ce jour-là. Jeudi 3 et vendredi 4 mai, il y aura deux nouvelles journées de grève à la SNCF et chez Air France. Samedi 5 mai, une mobilisation pour « la Fête à Macron », c’est un appel à manifester organisé par la France Insoumise. Une première semaine qui ouvre de véritables opportunités pour une convergence des luttes qui doit se faire maintenant, ou jamais.

Un printemps social : rêve de l’opposition politique, mais pas nécessairement celui des syndicats. Si le rêve ne se transforme pas en projet : mai 2018, ne pourra pas stopper « le coup d’État » en marche.