Théâtre de la mer, la salle Tarbouriech est pleine. L’ambiance de la réunion publique s’annonce passionnante. En ouverture, l’introduction de Jean-Claude Gayssot donne le ton.

 

L’Humain au coeur

Un style d’une autre époque, où le lyrisme avait la vertu d’exalter des sentiments d’espoir pour des citoyens autrefois confiants, devenus aujourd’hui concernés et acteurs de la gestion de la cité. Un temps où le personnel politique voulait s’inscrire dans l’Histoire, avant même d’avoir trépassé. Le président de l’EPR entame donc : « Sète, c’est un port à taille et à visage humain… dans la plaisance, la petite, la moyenne et maintenant la grande. Tout ça avec une seule idée, l’intérêt général… dans l’esprit d’une croissance durable, favorable à l’emploi, à l’activité commerciale et aux entreprises locales… » Rires et huées, Jean-Claude Gayssot lève le menton pour regarder l’assemblée et reprend : «… le rayonnement et l’attractivité de ce littoral et de l’Occitanie toute entière…» Pour enchainer avec foi, sans se douter que son affirmation va cristalliser son discours dans tout ce qu’il y a de plus cliché : «… mais quand je parle de croissance durable, c’est aussi pour dire, pas pour faire n’importe quoi ! Je pense aux enjeux essentiels et à mes yeux l’enjeu essentiel, il se résume en trois mots. L’humain au coeur !…» À nouveau, des rires, il scrutera la salle et lâchera dans un sourire interrogatif et timide : «… c’est bien ?…». Faibles applaudissements des représentants des entreprises locales, eux-mêmes surpris par la formule.

Évitons les caricatures

Apothéose : « … Bien sûr les discussions se poursuivent… la réunion de ce soir peut contribuer à ce que le projet soit le mieux possible dans l’intérêt des salariés, des populations du port de Sète et Frontigan, des Sétois et de la région. C’est pourquoi j’en termine. Cette réunion n’a pas simplement pour but d’informer, mais aussi d’échanger. Et je souhaite que le débat avec celles et ceux qui le voudront dans la salle soit réel. Il peut être vif, mais évitons les caricatures. » Rires. A-t-il eu conscience d’être lui-même une caricature ? Un indice pouvait l’aider : une salle hilare aux rires spontanés et exutoires. Indice qu’il a préféré identifier comme une approbation sympathique.

L’introduction complète de Jean-Claude Gayssot :

 

Pas de boom immobilier

Avec le directeur du port, Olivier Carmes, c’est slides rythmés et chiffres en pagaille, pour expliquer qu’il n’est pas question d’une marina qui transformerait et ferait exploser l’immobilier. Pas de boom à l’horizon, pas de gentrificationce sera un simple accueil pour des yachts en hivernage ou en transit, habités par leurs équipages.

IGY Marinas pourrait faire du social avec la mairie

Puis, en écoutant, Richard Kettle, manager chez IGY Marinas, on comprend sans besoin de sous-titres que Sète est juste une étape. Un parking, avant la Côte d’Azur ou d’autres destinations, plus exotiques qu’un littoral de sable et de dunes sans abris naturels ni mouillages enchanteurs. Ce « communicant » vante ses équipes : « nous avons un personnel heureux, amical et dévoué » Éclats de rire. Il fait aussi la promotion des actions humanitaires de sa société, exemple pris, après le passage de l’ouragan Irma. Et il enchainera en disant : « J’aimerais voir avec la mairie, une fois qu’on s’installe, j’aimerais bien voir, ce qu’on peut faire dans la ville de Sète. » Communication maladroite avec cette juxtaposition de situations : l’aide apportée après le passage d’Irma et IGY Marinas qui pourrait faire du social avec la mairie, l’homme est un peu moqué.

Extrait de la présentation de Richard Kettle IGY Marinas :

 

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Collectif Marina Sète, de jeunes citoyens à l’honneur

Dans quelques sphères politiques et médiatiques, on aimerait pouvoir ne pas reconnaitre la légitimité, et le travail du Collectif Marina Sète, et de ses membres. On s’amuse même à les éreinter, à coup de billet. Voir Midi-Libre, « Les ‘’Quai’’, quoi ? » un court papier lapidaire de Philippe Malric, qui ressemblerait presque à du « service commandé ». Mais ce mercredi soir, 31 janvier au Théâtre de la Mer, ces jeunes citoyens étaient à l’honneur.

C’est François Liberti, ancien maire de Sète qui leur rendra cet hommage : «… Je voudrais remercier ce soir,  les jeunes du Collectif Marina sans qui cette réunion n’aurait pas eu lieu… (applaudissements de la salle) ». Il donnera ensuite son opinion qui confirmera toutes les inquiétudes que semble avoir la population face à cette opération. Il invite à rester très prudent avec ce genre de projet et moque légèrement la présentation d’IGY Marinas sur les retombées annexes de services. Il indiquera que : « la plateforme de services pour les mégayachts, c’est entre La Ciotat et Marseille que ça se règle. » Son attachement  au quai d’accueil est réel : « Je considère que le quai d’Alger, c’est le quai d’honneur. C’est pas rien dans le patrimoine de ce port et de la ville. C’est pas rien sur le plan culturel. Et moi je trouve que les projections qu’on nous fait sur la croisière… je n’y crois pas. »

L’intervention complète de François Liberti :

 

La pertinence du Collectif

C’est Gabriel qui pose la question de l’argent, du prix de la location à la journée. Et Richard Kettle va bugger, avant d’esquiver et de se réfugier dans une langue de bois commercialement correcte. Le jeune homme surenchérira en mettant en exergue la marge impressionnant qu’IGY Marinas sera capable de dégager.

Extrait, de l’intervention de Gabriel du Collectif « Une marina : Pour qui ? Pour quoi ? »:

Des questions sans réponses

Dans l’avenir, la nouveauté pour le personnel politique : travailler avec les citoyens. Les choix économiques sont des choix de vie. Le quai d’Alger en est un exemple criant. Laura du Collectif Marina Sète pose la question d’une possibilité de construire ensemble ce projet. C’est-à-dire de pouvoir l’annuler pour en trouver un différent. Mais comme beaucoup d’autres intervenants, sa demande restera sans réponse.

La question de Laura du Collectif « Une marina : Pour qui ? Pour quoi ? »:

 

Du referendum jusqu’à l’Europe en passant par un conte de fées

La demande a été formulée : « … est-ce qui ne serait pas normal de consulter par un referendum, l’ensemble de la population sétoise ? » Il y a aussi eu des inquiétudes sur l’avenir de l’Escale à Sète. Et des témoignages pour affirmer que ces gens-là dépenseraient une fortune en fleurs avant d’appareiller. C’est vrai, si c’est bon pour les fleuristes, c’est bon pour le commerce. Laurent Monsaingeon chargé de développement d’activités portuaires, viendra confirmer ce budget fleuriste. Derrière lui défile, un diaporama de Nice avec des yachts. Il confirmera aussi la belle entreprise que cela représente. Il en a été l’un des acteurs. Rassurant, il confiera que sa fille est aujourd’hui mariée avec un capitaine. Grâce à 140 mètres de quai, à Nice le bonheur est dans le port. De quoi faire rêver. Mais c’était oublier que quelqu’un avait tout gâché en parlant d’Europe : « je suis une néo-Sétoise et je suis désolé de cette parodie de réunion où vous faites absolument semblant de penser que vous allez vous arranger d’une petite réunion, alors que vous avez tout prévu d’avance… et que nous Sétois, nous aurions très peu de possibilités de nous opposer à votre projet… mais nous serons là, même si nous devons aller jusqu’à l’Europe.« 

L’intervention d’une Néo-Sétoise :

L’intervention complète de Laurent Monsaingeon, un regard sur Nice : 

De la confusion et de la honte

Il y a des hontes qu’il vaut peut-être mieux garder pour soi, surtout si elles ne sont que des éléments de langage et des inversions de sens. L’énervement de Romain Ferrara, conseiller en charge des manifestations nautiques, pour essayer de conclure cette réunion, pourrait en faire partie. En laissant penser que les Sétois ne souhaitaient pas l’arrivée de travailleurs philippins, alors que ceux-ci avaient juste exprimé, que le pouvoir d’achat de ce personnel peu rémunéré ne correspondait pas à l’image d’équipages dépensiers, et généreux que l’EPR et IGY voulaient en donner. En faisant un grand écart et en disant entendre chez certains un discours xénophobe : « … anti-Philippins ou anti-riches, je trouve ça très bas… » dit-il. Il laisse une salle électrique, au lieu d’avoir eu la diplomatie nécessaire pour l’apaiser. Heureusement, qu’il précise en début d’intervention, ne pas parler au nom du maire de la ville, François Commeinhes.

L’intervention complète de Romain Ferrara :

Mais au fait ce contrat… ???

Il semblerait que les cartes soient déjà distribuées. L’homme qui a donné les micros et la parole : le Monsieur Loyal de la soirée a affirmé que Jean-Luc Gibelin, Vice-President aux Transports en Région Occitanie a tout noté. C’est vrai, il a tapoté sur sa tablette toute la soirée. Une chose est certaine, à Sète, le gavage de Com’ n’a pas fonctionné. Mais au fait , ce contrat:  signé ou pas signé ?

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