© G. Voinot - CHU Montpellier
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Constamment présent aux côtés de Thomas Le Ludec aux conférences de presse sur la Covid depuis 18 mois, il est bien moins médiatisé que son éminent directeur général.

Dans le fonctionnement du vaisseau amiral de la santé sur Montpellier, il est pourtant un maillon indispensable. Sa parole est plutôt rare dans les médias. Il ? François Bérard, Directeur Général Adjoint du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Montpellier. Habituellement discret dans les médias, il revient cette fois-ci, dans le détail sur une année 2020 hors-normes, à tous les niveaux.

« J’ai pris mes fonctions le 1er septembre 2019« , se souvient parfaitement  François Bérard. À l’époque, il ne peut pas imaginer les mois démentiels qu’il va vivre sur les rives de la Méditerranée. Et pourtant. En quelques semaines à peine, le numéro 2 du site hospitalier héraultais doit emmagasiner un maximum d’informations et bien « comprendre » le CHU. Car l’année 2020 ne lui en laissera pas la possibilité.

« Dès la fin du mois de février 2020, on note, en interne, les premiers indices d’une vraie flambée. On ne comprend pas trop« , explique cet ancien de l’Hôpital Américain de Neuilly, ajoutant que « le premier patient avec ce virus arrive à la même période. Il est jeune, très jeune et revient d’un séjour en Italie« . Alors qu’une première « cellule de crise » avait été ouverte mi-février, celle-ci est renforcée « dès le début du mois de mars pour répondre au mieux à l’évolution de la situation, qui se transforme petit à petit en crise hospitalière« .

Alors que la situation en France s’aggrave lentement, les voisins transalpins eux « confinent vite, très vite », se remémore François Bérard, reconnaissant qu’en France, la gravité de la situation n’a pas été bien comprise tout de suite, même si « en réanimation, les premiers patients atteints des mêmes symptômes arrivent ».

Au fur et à mesure que les semaines avancent, la crise s’aggrave et s’étire dans le temps. Et pourtant, la Covid n’en est qu’à ses débuts. « Début mars (2020, ndlr), les réunions s’intensifient en interne comme avec les autres hôpitaux locaux et nationaux. De vrais réseaux hospitaliers de suivi se mettent en place« , détaille le dirigeant héraultais qui a lui-même été membre de la Haute Autorité de Santé au début des années 2010 et qui en connaît donc parfaitement le fonctionnement, à l’heure où la HAS va être au coeur de l’actualité durant toute l’année 2021.

Plan Blanc lancé !

« Au sein du Centre Hospitalier Universitaire, je continue à coordonner au quotidien la cellule de crise. De l’extérieur, on ne reçoit aucun ordre de Paris, du Ministère. On reçoit des avis, des recommandations plus ou moins insistantes et plus ou moins précises« , assure François Bérard. Au sein du CHU, il se souvient d’une « réflexion collective en interne comme en externe avec le Préfet de l’Hérault et ses services, avec les hôpitaux voisins, avec l’Agence Régionale de Santé. On avance à tâtons, car à cet instant-là, sur la Covid, on ne sait pas grand-chose sur ce virus« 

« Quelques heures avant l’annonce du Président Emmanuel Macron, nous (le CHU) avons une réunion avec l’ARS et tous les établissements publics et privés de la région. On fait un point de la situation et on nous informe d’un possible confinement, mais surtout on s’accorde tous sur le fait qu’il faudra jouer collectif pour faire face à la crise« , détaille François Bérard, alors que les médias commençaient à l’époque à évoquer cette hypothèse, impensable peu de temps auparavant : un confinement du pays entier.

20h10. Le 16 mars. L’hypothèse devient réalité. Emmanuel Macron annonce à la télévision, que dès les heures suivantes, c’est tout le pays qui sera confiné, et ce, pour plusieurs semaines. Le premier confinement est acté.

« Du jour au lendemain, tout s’arrête. On a déprogrammé massivement. On a mis en action le plan de montée en charge qu’on avait prévu dès le 6 mars collectivement, en interne. On comprend vite qu’un tel plan s’avère vite insuffisant. Mais, je me souviens que du jour au lendemain, beaucoup de choses se sont arrêtées très très rapidement. On a dû s’adapter très vite et réagir au jour le jour« , revient François Bérard, le visage marqué, sur cette période totalement inédite pour le vaisseau amiral de la santé sur Montpellier.

La générosité des habitants se fait jour et le CHU en bénéficie. « On a toujours cherché à chaque instant à accueillir nos patients, ceux que l’on pouvait accueillir et soigner dans des conditions optimales. Mais, nous nous devions de protéger aussi et surtout nos équipes, que ce soit les administratifs, les médecins, les infirmiers, les soignants, mais aussi les personnels administratifs et logistiques. Et là, on a commencé à voir arriver des dons massifs de masques, beaucoup ». En plus de ces dons, les dirigeants du CHU de Montpellier décident de concevoir  des masques en tissu, en interne. L’objectif de début de confinement se prolonge : protéger autant les  patients que les personnels de santé, sur place. Le CHU recevra beaucoup d’autres dons de la population et des entreprises en marque de solidarité avec les soignants applaudis tous les soirs.

Début mai, la crise s’éloigne. Le premier confinement est fini. La situation a été très rude. « Les professionnels se sont surinvestis. Les équipes ont été formidables. On a vécu dans une bulle étanche. À partir de ce moment-là, la situation s’apaise un tout petit peu. On reprend malheureusement trop lentement nos activités habituelles car beaucoup de patients doivent être prise en charge et ne l’étaient plus », résume François Bérard concernant le printemps 2020.

Les semaines s’enchaînent. La direction du Centre Hospitalier Universitaire procède à « un bilan complet sur quelques jours » pour savoir comment leséquipes ont traversé la première vague.

Un répit estival de courte durée.

Le premier confinement n’est presque plus qu’un lointain souvenir. Presque. Pourtant, clairement, toutes les équipes ont besoin de souffler. « On essaie de faire en sorte que les personnels prennent des congés. On ne leur laisse pas trop le choix. Certains ont énormément donné. On leur demande de prendre ces congés de façon à ce qu’ils puissent penser et voir autre chose« , assure le DGA du site, soulignant au passage que les syndicats ont été « informés en continu des choix faits et compréhensifs sur les décisions prises tout au long de l’année 2020« .

Mais, si la situation sanitaire s’améliore, une polémique vient polluer les relations entre le ministère, la direction du CHU et les syndicats hospitaliers : la prime de 500€ allouée dans le cadre du Ségur de la Santé. « Cela a été la période la plus problématique à vivre en termes de relations humaines au cours de cette année. À la direction générale, on sait que tous les agents, tous les services ont donné sans limites contre ce Coronavirus. Alors pourquoi untel aurait droit à la prime et pas son collègue, qui occupe le même emploi, dans un service voisin ? Rien que de se poser la question, c’est très compliqué à vivre. Cette période là, avec les polémiques qui ont entouré cette fameuse prime, a été très pénible pour tout le monde« , reconnait le DGA.

Au milieu de l’été, l’actualité se calme. Les Français sont en vacances, pour ceux qui ont pu en prendre. À Montpellier, on ne parle plus confinement. Mais pas de relâche pour l’état major de l’hôpital. Le Premier ministre, Jean Castex et le ministre de la Santé, Olivier Veran sont en visite début août. Dans la chaleur de l’été, les deux hommes viennent saluer les équipes du CHU et s’enquérir de la situation auprès des deux directeurs du site héraultais.

À froid, le DGA voit dans cette visite ministérielle de premier plan une « belle reconnaissance dans le travail fait ici par toutes les équipes durant le premier confinement ». Selon lui, l’idée n’était pas de dire que tout va bien, mais bien de « prendre le temps d’échanger avec nos agents dans différents services, bien avant de s’exprimer devant la presse ».

« Durant l’été, on a même pu bosser sur d’autres dossiers que la Covid en particulier sur notre schéma directeur immobilier« , se souvient dans un sourire celui qui s’apprête, à l’époque, à souffler sa première bougie d’emploi au sein du site héraultais.

L’accalmie estivale est de courte durée. Dès la rentrée scolaire, les craintes entendues ici et là, deviennent réalité. Il ne faut pas attendre la fin du mois de septembre pour que la direction du plus grand site de santé sur Montpellier ne convie la presse pour tirer la sonnette d’alarme.

« Lorsque l’on ré-évoque en interne la possibilité d’un nouveau pic, les équipes ne sont pas motivées du tout. Personne ne veut revivre pareille situation qu’au printemps. Là, ça n’a pas été facile de remobiliser nos propres équipes ». 

Très vite, les prévisions annoncées ici et là, à la fin de l’été se confirment. Les courbes repartent à la hausse, le nombre de personnes infectées aussi. Les semaines s’enchaînent et « à la mi-octobre, le pic est national. Il n’y pas que le Grand Est ou le Nord. Tout le monde est impacté et ici aussi », explique le DGA, avant de regretter qu’ « à cette période-là, on est très seuls ». 

Une décision est prise : il faut remobiliser les étudiant(e)s en soins infirmiers pour renforcer les équipes  déjà en poste au CHU. Problème : « Ils n’ont aucunement envie de revenir, car ils craignaient pour la qualité de leur formation etd’être utilisés comme de la chair à canon », se souvient le DGA qui parvient finalement à convaincre « les jeunes de revenir jusqu’à la mi-décembre« . Si les jeunes ont accepté de venir, c’est que d’un commun accord avec la direction du CHU, ils savaient tous que quoi qu’il arrive, à la mi-décembre, ils  pourraient tous quoi qu’il arrive retourner suivre leur formation d’infirmiers spécialisés à l’institut de Formation aux Métiers de la Santé du CHU de Montpellier.

Lorsqu’on lui demande de résumer en une phrase la situation vécue au second confinement, François Bérard n’hésite pas et assène « Avec deux fois moins de lits, on a eu deux fois plus de patients à accueillir et à soigner« , ce qui a montré la capacité des équipes à améliorer les prises en charge.

La vaccination arrive enfin en 2021.

Après avoir passé les fêtes de fin d’année avec un environnement extérieur déconfiné, presque libéré, dès les premiers jours de 2021, la vaccination est (enfin) lancée. « Ici, on a commencé à vacciner les professionnels du CHU le 4 janvier 2021« . Mais, malheureusement, les indications de l’ARS et du Ministère manquent de clarté. En quelques heures, Thomas Le Ludec et François Bérard ne disposent que de quelques heures pour mettre en place le système de vaccination sur place. « Les vaccins que l’on reçoit constituent de l’or. Il a fallu s’organiser pour les stocker, les surveiller. On a commencé à la hâte le 4 janvier à vacciner, avec 90 personnes vaccinées le premier jour. Puis on est montés en charge« , explique le DGA. (*) « Aujourd’hui, on a près de 70% des agents hospitaliers qui sont vaccinés et on commence à communiquer là-dessus. Cela peut rassurer nos patients que l’on soigne pour la Covid et pour d’autres soucis de santé. »

Entre temps, pourtant, il y a eu le troisième confinement au printemps 2021. « Ce confinement a surtout permis de gérer la saturation du monde hospitalier, à Montpellier comme ailleurs. La vaccination s’est mise en place et a permis de gérer ce nouveau confinement. Mais, je reste convaincu que toute la phase de vaccination aurait pu, aurait dû être mise en place différemment », confie le DGA.

« Sur les trois vagues successives (les trois confinements, NDLR), tous nos agents hospitaliers ont énormément bossé, à tous les niveaux. Ils sont aujourd’hui très fatigués », conclut François Bérard. Justement, une nouvelle phase du déconfinement arrive ce 9 juin 2021, avant l’ultime phase à la veille des vacances d’été en juillet/août. Des vacances qui, assurément, seront amplement méritées pour les  11 000 agents hospitaliers du CHU de Montpellier, 3e employeur d’Occitanie.

Entretien avec François Bérard, Directeur Général Adjoint du CHU de Montpellier

Le CHU de Montpellier en quelques chiffres (2019) :

  • 11 000 agents ;
  • 1974 lits pour 602 places ;
  • 130 000 passages aux Urgences par an ;
  • 3 900 naissances ;
  • 2,8 millions d’euros alloués chaque année sur des activités de recherche.

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