Comme il est toujours bon de faire une grand-messe, pour rappeler l’existence de Dieu. Il en va de même pour l’écologie. Le Pacte de Milan, c’est un peu une célébration annuelle pour rappeler que les villes agissent ou agiront, pour le développement durable.

Agir sur l’alimentation pour affirmer une transition écologique

#MUFPP Milan Urban Food Policy Pact, comme un buisson ardent qui offre la révélation de l’écologie éternelle aux citoyens, Rome en 2016, Valencia en 2017, Tel-Aviv en 2018, Montpellier en 2019. Oui, mais : « notre détermination n’oscillera pas d’un pouce tant que la vérité ne sera pas dite, et qu’un véritable changement ne sera pas mis en œuvre, à la mesure des urgences climatiques et sociales qui se profilent dès aujourd’hui et dans les années à venir : nous exigeons plus et plus vite, » expliquent les collectifs Extinction Rebellion et ANV-COP21. Ils ont « participé » à l’ouverture de ce 5e sommet, avec une lettre de Mathieu Yon qui a échangé à sa façon, pour apporter une autre réflexion, et selon eux un raisonnement plus juste face à la réalité de la situation.

Agir sur l’alimentation pour affirmer une transition écologique, c’est plutôt le domaine de compétence de ce jeune maraîcher. De leur côté, les collectifs tiennent à rappeler : « nous dénonçons avec lui l’inaction des pouvoirs publics et de la ville face aux réalités paysannes. »

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Voir aussi : Montpellier, Extinction Rebellion et ANV-COP21 s’invitent au Pacte de Milan

Un sablier à l’intérieur du cercle de la Terre : un logo devenu viral sur les réseaux sociaux. Après une « Déclaration de rébellion » organisée à Londres le 31 octobre 2018, les militants multiplient leurs actions. Appuyé par de nombreux intellectuels et universitaires, avec entre autres, l’essayiste canadienne Naomi Klein ou le linguiste américain Noam Chomsky, Extinction Rebellion trouve une certaine légitimité. En France, le mouvement non partisan annonce plus de 8000 militants, des jeunes en majorité, et pour lesquels cela représente : un premier engagement.

ITW de Gaspard, militant Extinction Rebellion Montpellier, sur l’action de lundi 7 octobre : « le Pacte de Milan, c’est du bla-bla… »

ITW de Mathieu Yon, maraîcher biologique. Sa lettre et ses engagements : « … si les mots ne sont pas creux et vides, si on enlève l’habillage marketing, à ce moment-là, je pense que l’on sera plusieurs à vouloir travailler avec les politiques… »

Lettre de Mathieu Yon :

« Je ne suis pas issu du milieu agricole. Mes parents sont des néo-ruraux. J’ai grandi avec des champs de blé, de maïs et de tournesol autour de la maison, j’ai grandi avec les moutons que René rappelait à la bergerie en sifflant, j’ai grandi avec les hirondelles qui nichaient chaque printemps dans la grange, j’ai grandi avec la vache laitière de monsieur Doucet qu’il a fini par vendre, j’ai grandi avec les champs de céréales rachetés par des centres équestres, j’ai grandi avec les agriculteurs partant à la retraite, et avec leurs fermes vendues au plus offrant.

J’ai fait des études de philosophie, et je suis devenu maraîcher biologique.

Qu’avons-nous fait ?

Nous avons calqué l’agriculture sur le modèle productiviste. Nous avons fait de l’agriculteur un “ouvrier agricole” rêvant de devenir chef d’exploitation. Mais l’agriculteur est resté cet exploitant exploité.

Qu’avons-nous fait ?

Des lotissements à perte de vue, des cadres et des employés rentrant sagement dans leur maison individuelle, dans leur piscine individuelle, s’inquiétant des pesticides épandus derrière leur haie de cyprès, et allant faire leurs courses au supermarché le lendemain.

C’est nous qui avons poussé les agriculteurs dans les bras mortifères du productivisme, c’est nous qui les avons endettés avec nos prêts bancaires, nos machines coûteuses, nos méthodes de culture chimiques, et nos semences brevetées. C’est nous les responsables du désastre. Nous avec notre maison individuelle dévoreuse de terre agricole, nous avec nos fermes et nos mas rachetés aux paysans partant à la retraite. C’est nous avec notre spéculation immobilière, et notre projet technocratique d’une agriculture sans agriculteurs.

Nous avons jeté l’agriculture en pâture aux banques et à la grande distribution. Nous avons fait quelque chose d’horrible. Sans doute que l’agriculture devait se réformer et devenir plus productive. Mais ce n’était pas notre objectif. Nous voulions une agriculture docile, fluide, calibrée, adaptée au marché, adaptée à la consommation de masse, adaptée à « l’anéantissement du monde par la consommation ».

Qu’avons-nous fait ?

« Action Non violente » / « invitation à rejoindre »

Je vais vous dire ce que nous avons fait. Et je ne suis pas seul à porter ce message. Nous sommes de plus en plus nombreux à vous le dire. Nous sommes de toutes les générations, parents, ados, enfants, grands-parents, partout dans le monde avec la même intention, alerter sur ce que nous faisons de notre terre, alerter sur la destruction du vivant, alerter sur les simulacres de mesures écologiques. Mon expérience est singulière, mais elle témoigne de ce qui a lieu, là sous nos yeux.

Cet été, j’ai souffert. J’ai souffert de voir les frênes et les chênes kermès se dessécher sous 45°, j’ai souffert de voir les abeilles s’épuiser à butiner des fleurs sans nectar, j’ai souffert d’entendre que la réponse à cette désolation était d’augmenter la “clim”.

Chaque jour le trajet entre Clapiers où je cultive et Montaud où j’habite me brisait le cœur. Chaque jour la nature semblait vouloir échapper aux rayons du soleil. Chaque jour l’air devenait plus sec. Et la pluie n’est pas venue. L’été est passé, une fois de plus, presque mécaniquement.

Quand le printemps reviendra, combien de frênes seront morts ? Combien de chênes ? Combien d’abeilles ? Quand le printemps reviendra, les fruitiers seront-ils pollinisés ? Les vignes seront-elles à nouveau brûlées ? Mes cultures tiendront-elles le coup ? Et mon corps, pourra-t-il tenir lui aussi ?

Vous avez déjà travaillé dehors sous 45° ? Moi, je n’ai pas appris. Peut-être qu’au moins, le changement climatique nous ôtera de notre arrogance, et que nous demanderons aux agriculteurs marocains, algériens, tunisiens, de nous apprendre à cultiver sous de telles températures.

À la prochaine canicule, car il y en aura une, je vous invite à sortir dans la garrigue ou dans un champ, pendant la pause de midi au bureau, pour éprouver dans votre corps cette réalité qui vient. Et peut-être, si la prise de conscience est assez aiguë, prendrez-vous enfin les décisions à la hauteur de ce qui nous arrive.

Et s’il vous plaît, arrêtez d’utiliser les agriculteurs pour servir vos ambitions politiques. Arrêtez d’utiliser les circuits courts, l’agriculture biologique et les petits producteurs comme des faire-valoir. Nous ne sommes pas votre bonne conscience. Votre bocal, nous vous le laissons. »

Voir aussi : Montpellier, 5e Sommet international des Maires du Pacte de Milan

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