Le samedi 26 avril 1986, le réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl explose et crache un nuage radioactif pendant 10 jours. Dans les jours qui ont suivi la catastrophe, les autorités françaises ont confirmé que la France était épargnée vu la distance. À ce moment, Michèle Rivasi, a cofondé la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendante sur la Radioactivité) dont les ingénieurs ont montré que la réalité était tout autre. 
 
Le cœur du réacteur brûle toujours
Pour recouvrir les 200 tonnes de magma hautement radioactif, un premier sarcophage de béton, a été construit à la va-vite après la catastrophe. Le cœur de la centrale a été enfoui sous des tonnes de sable, d’argile et de bore -pour stopper la réaction en chaîne. Mais il reste chaud. On estime, en France, qu’il recèle encore une chaleur résiduelle d’environ 3 mégawatts thermiques. Cependant, on ignore quelle est la configuration de ce magma brûlant de graphite, d’uranium et de produits en fission.  
En 2016, certains experts, notamment en République fédérale d’Allemagne, ont annoncé que le réacteur risquait de s’enfoncer dans le sol et d’atteindre les nappes phréatiques. C’est aujourd’hui exclu par les spécialistes soviétiques qui ont fait savoir qu’ils avaient creusé un tunnel sous le réacteur pour y injecter du béton
Enfin, d’importantes fissures sont rapidement apparues sur ce premier sarcophage. Lors de pluies, l’eau a pénétré à l’intérieur de l’abri et dissous des substances radioactives dans les nappes phréatiques. De plus, le risque d’effondrement s’est aggravé d’année en année. Une menace prise très au sérieux par la communauté internationale qui a financé pour 1, 5 milliards d’euro la construction de l’Arche de confinement, un sarcophage de 108 mètres de hauteur déposé fin 2016.
 
Un désastre sanitaire
La zone contaminée s’étend à 150 km de Tchernobyl jusqu’en Biélorussie. Ce sont 5% du territoire ukrainien et 23% de la Biélorussie qui ont été contaminés. Les conséquences sanitaires diffèrent grandement suivant les sources. Selon les chiffres de l’UNSCEAR en 2005la catastrophe a causé moins de cinquante morts directes et quelque 4 000 cas de cancer de la thyroïde sont imputables à la contamination résultant de l’accident. Mais d’autres études indépendantes concluent à de fortes, voire très fortes, conséquences sur la santé. Selon les différentes estimations, le bilan se situe entre 40 000 et 560 000 morts par cancers, plus autant de cancers non mortels. En 1995, l’ex-secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, avait lui-même déclaré : « Neuf millions d’adultes et plus de deux millions d’enfants souffrent des conséquences de Tchernobyl, et la tragédie ne fait que commencer ». « Son héritage restera avec nous et nos descendants pour les générations futures. » 
L’analyse de l’impact sanitaire de l’accident de Tchernobyl est encore insuffisante. La désinformation des experts du nucléaire et des responsables politiques locaux ont conduit à reloger des gens dans des zones contaminées. Aujourd’hui, 5 millions de personnes vivent toujours dans des régions reconnues contaminées. Il faut que l’Union européenne continue d’investir dans les programmes de protection de la santé et de l’environnement (et non seulement dans le béton). Son premier plan santé et environnement établi en 2018 et que j’ai suivi de près fut d’ailleurs un succès : la mise à jour d’une carte de la contamination radioactive du district d’Ivankov,  un laboratoire d’analyse radiométrique et spectrométrique à l’hôpital d’Ivankov, 3000 personnes ont été observées, un centre spécialisé pour la santé infantile et maternel, la création d’un centre d’information sur l’hygiène et la nutrition, une serre pour fournir des légumes sains aux populations cibles, un incinérateur pour décontaminer et créer de la chaleur, etc.
 
Un Tchernobyl français n’est pas à exclure
Sur les 143 réacteurs de l’Union européenne, dont les 58 français, qui peut garantir qu’aucun réacteur ne brûlera pas un jour ? Les sites de Bugey et de Fessenheim ne sont pas à l’abri des risques sismiques. Il y a également les risques d’inondations comme l’accident majeur frôlé de très près à la centrale du Blayais lors de la tempête de 1999. Enfin, nos centrales vieillissent et notre gouvernement n’a aucun problème à prolonger leur durée de vie sans doute en raison du retard de l’EPR de Flamanville. Aujourd’hui, les réacteurs français ont une ancienneté moyenne de 31 ans et quinze réacteurs ont déjà dépassé les 35 ans, alors que leur durée initialement prévue était de 35 ans.
Michèle Rivasi
Députée européenne EELV,
Co-fondatrice de la CRIIRAD
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