Entre rodéos urbains et trafic de drogue, le quartier de l’Ile de Thau qui comprend 6000 habitants subit depuis quelques années, une escalade de violence.

À la suite de la multiplication des faits divers (le 24 avril dernier, un jeune Sètois a été abattu à bout portant), les élus d’opposition de la ville de Sète ont adressé un courrier au maire et au préfet de l’Hérault dans lequel ils demandent un « plan politique réfléchi (…) pour répondre aux besoins sociaux, culturels et éducatifs » et réclament le classement de ce quartier situé au bord de l’étang de Thau en « zone de sécurité prioritaire ».

JC Reilles
Jean-Claude Reilles – Photo © Laurence Laden Saluste

État des lieux avec Jean-Claude Reilles, très impliqué dans le milieu associatif et sportif*, qui vit dans le quartier depuis 1976. 

Violence et incivilités sévissent dans le quartier de l’Ile de Thau ? Comment les expliquez-vous ?

Je constate effectivement une dégradation du quartier. Pourquoi ? Parce qu’il n’y existe plus rien. En 20 ans, la municipalité a fait disparaître le centre social « La Péniche », la Maison de Quartier, le centre social Gabino, la MJC. Il n’y a plus aucun lieu où les jeunes peuvent se réunir. Fort heureusement, un collectif des associations du quartier a été créé et propose un calendrier d’animations pour les occuper.

Il faut tout de même préciser que ce n’est qu’une poignée de jeunes qui sème cette violence. Et pas dans tout le quartier. Il s’agit d’une guerre de territoires suite à l’emprisonnement de trois caïds pendant le confinement. Les jeunes voient trop de films ; ils se croient dans Scarface ou se prennent pour Al Capone. Ils ne se cachent pas et font leur trafic aux yeux de tous. En bas de l’immeuble de La Seinchole, c’est un « drive ». 

Avant, quand il y avait un problème, on s’adressait aux grands frères qui géraient la situation. Maintenant, la précarité est tellement grande dans le quartier – elle touche 53% des jeunes de 18-30 ans-, ils vont, eux aussi, vers l’argent facile. Ce sont souvent eux qui nourrissent toute la famille. C’est un cercle vicieux.

La police municipale est-elle présente sur le terrain ?

Oui, mais que voulez-vous qu’elle fasse ? Les « choufs » (les guetteurs, NDLR) sont postés à des endroits précis avec des jumelles et leurs portables. Ils préviennent les autres. Ce sont en général des mineurs de 14-15 ans qui, s’ils se font interpeller, donnent de faux noms ou disent qu’ils n’ont pas les papiers. Ces jeunes ne font rien de mal, mais ils sont utilisés. Ils ne vont donc pas à l’école. Mais quel suivi existe-t-il pour eux ? Que fait-on pour ceux qui ont décroché ? Rien.

La Ville va lancer son chantier de renouvellement urbain en 2021. Que pensez-vous de ce projet ?

On nous le promet depuis quelques années, mais nous ne savons pas exactement ce qu’ils veulent faire. Alors que l’illettrisme est très fort dans le quartier, deux écoles seraient démolies. À la place, on y construirait deux immeubles. 

Lors d’une réunion avec les élus -le maire n’est même pas venu-, personne n’a pu réellement nous parler du projet. Notamment concernant le nouveau centre commercial. Quels commerces y’aura-t-il ? Je pense par exemple qu’un véritable Pôle Santé est indispensable. Et puis, ce projet ne va pas gommer la précarité et la vie de galère.

Que faudrait-il faire pour que la situation s’améliore ?

Il faudrait que la Ville s’entoure de personnes qui connaissent le quartier, qui y vivent. Elle devrait rencontrer et échanger avec les habitants ainsi qu’avec les associations qui, elles, connaissent vraiment les problématiques. Les élus n’ont aucune expérience de ce qui se passe ici ; ils sont déconnectés.

Idem pour les médiateurs. Ils sont deux à avoir été mis à disposition par l’agglo, mais personne ne les connait dans le quartier. Quelques-uns ont démissionné. Le Département a engagé un médiateur qui, lui, est né ici. Les jeunes le respectent et lui parlent. 

Il y avait également des îlotiers qui faisaient davantage de prévention plutôt que de répression. Cela marchait bien, mais sous la présidence de Nicolas Sarkosy, ils ont été enlevés. Du coup, il n’y a plus aucun dialogue. 

Avant, le Comité des Fêtes organisait une fête de quartier qui durait 4 jours, mais, sans l’appui de la municipalité, nous nous sommes essoufflés. Nous n’avons plus d’animations pour La Fête de la Musique. C’était la Maison de Quartier qui l’organisait, mais elle a été fermée par la Ville. Il faudrait une réelle politique de sa part, un véritable soutien. Et moins de communications.

* Président des parents d’élèves de l’école Anatole France, président du Comité des Fêtes, président du Comité de Quartier, membre du centre social « La Péniche » et de la Maison du Quartier, président et entraîneur du club de kick-boxing.