Alors que le mardi 15 janvier à Bourgtheroulde, pour le lancement du Grand Débat National, Emmanuel Macron prononce pour la première fois : « Gilets Jaunes » en public, et identifie ce mouvement comme « une chance pour réagir plus fort et plus profondément, » à Montpellier devant la préfecture, un rassemblement a lieu ce même jour pour exprimer la solidarité avec les victimes de la répression policière et judiciaire.

C’est Sonia Pinto, membre des Gilets Jaunes de Bessan qui donnera le ton, et dénoncera la logique autoritaire et répressive du Président avec sa lettre adressée à “Messieurs les Politiques,” extrait : « Monsieur Macron, nous sommes dans les rues et nous n’avons pas l’intention de rentrer et vous laisser tuer notre France. On lâche rien, car nous avons sauvé notre Fraternité. »

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Une répression sauvage

Associations, forces politiques et syndicales sont les nombreux signataires de cet appel à la solidarité. Ils dénoncent : “une répression sauvage. Tirs de flash-balls et grenades de désencerclement, dont les dégâts physiques graves : mâchoires brisées, mains arrachées et yeux crevés résonnent particulièrement aujourd’hui avec la mise en coma artificiel à Bordeaux d’un Gilet Jaune touché par un tir de LBD 40 dans le dos, alors qu’il s’enfuyait. Un lanceur de balles de défense, le LBD 40 utilise des balles de 40 × 46 mm.

Languedoc-Roussillon : 140 personnes interpellées, dont 12 mises en détention provisoire, et 14 condamnations dont la plus lourde prononcée à Béziers vendredi 4 janvier, avec deux ans de prison ferme. « Les chiffres localement sont affolants en termes de blessés, de personnes en garde à vue, ou avec de la prison ferme », indique Romain Larive, porte-parole du NPA34, en introduction à la conférence de presse.

Cinq points sont défendus par le collectif :

  1. Une amnistie générale et sans conditions pour toutes les victimes de la répression policière et judiciaire exercée par le gouvernement Macron.
  2. La levée de toutes les mesures portant atteinte au droit de manifester.
  3. L’abandon du projet de loi anticasseurs qui criminalise le droit de manifester ainsi que la réforme de la justice qui restreint l’accès à un juge pour tous, et la protection des droits et des libertés fondamentaux des citoyens
  4. L’abandon et l’interdiction de toutes les armes non létales, mais dont l’utilisation conduit à des mutilations ou à des morts , telles que les flashballs et les grenades de désencerclement.
  5. Que la lumière soit totalement faite sur les chaînes de commandement, responsables des violences policières ayant abouti à des blessures de manifestants.

Le gouvernement n’a pas de réponse politique

Pour Boris Chenaud militant Ensemble Hérault, il est grand temps que les choses se passent sereinement le samedi, et cela dépend de la responsabilité de ceux qui donnent les ordres aux policiers : « le gouvernement n’a pas de réponse politique face au mouvement et aux revendications des Gilets Jaunes. Du coup, il veut essayer de faire une surenchère sécuritaire avec la violence et la répression. » Côté France insoumise, Nelly Lacince coréférente du Groupe d’Action coordination de Montpellier dénonce « la violence d’État. » La Ligue des droits de l’Homme réclame un rendez-vous au préfet de l’Hérault : « tout cela n’est pas admissible […] la police ne se trouve pas en position de légitime défense. »

Des victimes de tirs de flashballs étaient venues témoigner devant la préfecture de Montpellier. Virgil blessé samedi dernier : « ya des gens de tous les âges, et ils osent tirer comme ça dans la foule, ça fait peur. »

Les tirs de mépris d’Emmanuel Macron font plus de mal que les flashballs

« Avec leur violence, ils cherchent à faire peur aux gens pour qu’ils ne viennent plus s’exprimer, » explique Yvan Borysewic. Désormais, il garde toujours sa casquette avec lui, un porte-bonheur. La visière a dévié le tir, et il n’a pas perdu son oeil. Il est chanceux, même s’il garde quelques séquelles : maux de tête intenses, et troubles du sommeil. Mais ce n’est pas sa cicatrice qui alimente encore sa colère. Les tirs de mépris d’Emmanuel Macron font plus de mal que les flashballs, et ce membre des Gilets Jaunes du Bassin de Thau l’exprime ainsi : « quand on entend notre cher Président, avec une galette dans la bouche, nous dire, il va falloir faire des efforts. Y a des gens, ils ne peuvent pas se payer une galette, ils ne peuvent pas la payer à leurs enfants […] c’est extrêmement blessant d’entendre ce genre de choses. »

Avant, on y allait sans peur, on était content, on y allait joyeux

Scanner rassurant, normalement rien de grave. Cynthia Lubin (Kaina) a été touchée au front. Assez haut pour scalper un bout de son cuir chevelu. Plaie plutôt vilaine, elle porte un foulard. Aujourd’hui dit-elle : « je vis avec la peur. J’ai peur pour moi, pour les autres. » Puis à propos des mobilisations, elle sent que l’ambiance a changé. Les violences policières ont eu leur effet : « avant on y allait sans peur, on était content, on y allait joyeux. » Mais Cynthia Lubin reste fière de son gilet jaune : « cette violence, on ne l’a pas cherchée, on a juste manifesté… on crie nos droits, nos envies, et on est attaqués. »

Collectif. Liste des premiers signataires : AFPS 34, Alternative libertaire Montpellier, Arrêt du Nucléaire 34, association « Projet citoyen 34 », Comité BDS 34, collectif Migrants Bienvenue 34, CNT-ESS, EELV Languedoc-Roussillon, Ensemble Hérault, FERC CGT34, Groupe « Un autre futur » de la coordination des groupes anarchistes, groupe d’action de la France insoumise de Montpellier, groupe d’action FI lutte sociale, les jeunes insoumis Montpellier, Ligue des droits de l’Homme Montpellier, NPA34, Parti de gauche 34, PCF 34, Solidaires 34, Solidaires étudiants 34, et Sud Éducation Hérault, Sud PTT 34.

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