Sète, un quai d’honneur pour un collectif citoyen

C’est sur le quai d’Alger que le collectif « une marina pour qui ? Pour quoi ? » avait donné rendez-vous le jeudi 17 mai, pour tenir sa conférence de presse. Un quai d’honneur pour Laura, Natan, Gabriel et tous les autres qui ont su construire une action citoyenne gagnante.

Pourtant, ils avaient subi quelques railleries et même « une forme de mépris de classe » comme l’exprime Gabriel, avec encore une légère blessure perceptible dans sa voix. Mais ce collectif a su rester vigilant et constant dans son action. Et : le résultat est là, le travail paye. Sourds, aux litanies des responsables de la Région et du port qui agitent les promesses d’emplois, comme des conquistadors agitent quelques miroirs devant les indigènes. Lucides, face aux images faussement idylliques de marinas, ils ont travaillé le dossier dans le détail. Un projet pour méga yachts à Sète, ce n’est pas anodin et ça mérite qu’on s’y intéresse : financement et contenu du projet, emploi et retombées économiques, conséquences sociales et environnementales, privatisation du quai, nouvelles nuisances et conflits d’usage, tout y est passé.

De la rentabilité au bien-être, en passant par l’intérêt commun

Du rapport de force à la relation en toute intelligence, avec EPR Port de Sète – Sud de France… Bref : ils ont fait de la politique dans le vrai sens du terme. Ils auraient pu pour marquer le coup avec cette première victoire, découper leurs photos et faire un collage de leur image devant les yachts. Mais les vrais combattants laissent ce genre de postures narcissiques, aux politiciens de salon qui ne fréquentent guère les zones de débats à occuper. Autrefois, ministre des Transports, aujourd’hui président d’EPR, l’homme qui avait réactivé le projet d’aéroport NDDL Notre-Dame-des-Landes en 2000, sous le gouvernement Jospin, voit en 2018 ses yachts refoulés au bassin Orsetti. Sage décision, qui n’empêchera pas le collectif de rester vigilant, tant le dossier reste encore opaque.

L’avenir du Collectif ?

En l’état comme expliqué par le communiqué de presse du 17 mai 2018 : « le collectif par son action s’est construit une expertise citoyenne qui a mené à une décision de bon sens pour le quai d’Alger. Une première victoire qui ne répond pas cependant à toutes nos préoccupations. La Région n’a pris en compte, qu’une seule des préoccupations portées par le collectif […] Nous continuerons notre action pour obtenir toutes les réponses à nos questions non traitées au sujet de ce projet. »

Discrets, certains élus d’opposition de la ville de Sète, comme Jean-Luc Bou qui sont aussi membres du collectif, n’ont pas souhaité se mettre en avant. Ils ont préféré avoir comme il le dit : « une volonté de ne pas court-circuiter l’action du collectif […] le collectif a dans sa façon de procéder, une volonté d’entrer dans une autre façon de voir la ville et de concevoir que des citoyens peuvent être force de proposition. »

L’équipe « d’une marina pour qui ? Pour quoi ? » s’est définie par son action comme une force d’opposition, et compte bien surveiller cette fameuse rentabilité prônée à tout va, pour être des garants de l’intérêt commun, et garder leur ville dans un état de bien-être et d’authenticité.

Communiqué de presse du 17 mai 2018 :

 

VOIR AUSSI : IGY Marinas et P&O Marinas, le consortium américano-émirati de la marina de Sète