Monsieur le maire,
Pour fêter les 150 ans de la Commune de Paris, et à l’instar de nombreuses actions de commémorations partout en France, le groupe des gilets jaunes de Gignac avait organisé ce jeudi 18 mars à midi un pique-nique partagé et solidaire, animé par une chorale, entre le parking public et le rond-point Intermarché. Une trentaine de personnes participaient à cette initiative conviviale, dans le respect des règles sanitaires (port du masque, distanciation, groupes limités à six personnes …) et en accord avec les dernières recommandations (privilégier les activités en plein air).
En fin de matinée, plusieurs véhicules de gendarmerie et de la police municipale étaient déjà sur place. Les gendarmes, certains en tenue militaire, ont relevé les identités en vue de verbalisations pour « regroupement de plus de 6 personnes ». Vous noterez l’absurdité de cette mesure arbitraire qui semble nous viser particulièrement, d’autant que la veille, un concert public place de la Comédie à Montpellier avait regroupé 2000 personnes. Nos tentatives de dialogue pour faire valoir plus de discernement et le respect de nos libertés fondamentales sont restées sans effet. Bien au contraire : ils sont revenus trois fois à la charge avec une autre équipe en renfort pour un nouveau contrôle d’identité, prétextant qu’ils n’avaient pas été mis au courant par leurs collègues.
En plus d’être discriminatoire, ce harcèlement sous couvert d’état d’urgence sanitaire met gravement en cause le droit d’expression et de circulation sur l’espace public de la commune. Il fait écho à plusieurs témoignages de vos administrés qui se plaignent depuis plusieurs semaines d’une omniprésence ostentatoire des forces de l’ordre. Des touristes et visiteurs se sont également émus d’un tel déploiement policier au sein-même du marché. Ni vous ni nous ne pouvons prévoir jusqu’où peut aller cette escalade. Cependant il est en votre pouvoir et de votre responsabilité d’y mettre fin. Il en va des libertés démocratiques. Car si cette surenchère répressive s’acharne particulièrement contre le mouvement des gilets jaunes, elle vise au-delà l’ensemble de vos administrés (par décrets, le gouvernement a étendu à toute la population le fichage des opinions politiques, convictions religieuses et autres informations d’ordre personnel).
Cette situation, porteuse de drames, motive le présent courrier. Parce qu’elle nous parait particulièrement grave, nous avons décidé d’en faire part publiquement à nos concitoyens.
Veuillez recevoir, Monsieur le maire, l’expression de notre détermination à agir pour que Gignac redevienne un « village où il fait bon vivre ».
Les Gilets Jaunes de Gignac et alentours