Montpellier : Lewis Chambard attend son procès pour le « vol » du portrait d’Emmanuel Macron

Lewis Chambard attend son procès pour le « vol » du portrait d'Emmanuel Macron (CR CDS)

[VIDEO] Du haut de ses 31 ans, Lewis Chambard est convoqué devant le Tribunal de Grande Instance de Montpellier, à 10h30 précises, le 10 novembre prochain.

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Certes, mais pourquoi ? Et pourquoi parle-t-on de lui ? La Justice lui reproche d’avoir « volé » un portrait du Président de la République Emmanuel Macron en Mairie d’Assas le 15 juillet 2019. Un vol ? Lui parle plutôt « d’ une réquisition du portrait présidentiel ». Explications :

Un vol, où ça ? C’est quasiment l’impression laissée par Lewis Chambard, à la fin du point presse tenu en sa présence, ce mercredi 14 octobre par plusieurs organisations écologistes et politiquement plutôt de gauche, au siège de « La Carmagnole », au cœur du quartier populaire de Figuerolles.

« On a fait ça à plusieurs. On ne l’a pas fait de nuit, gantés, masqués. On l’a fait à visage découvert, dans une mairie ouverte. » Lewis Chambard

Impeccable avec son pull blanc d’hiver et son masque bariolé (Covid oblige), le jeune homme se défend, avec ses mots, du fait de « vol en réunion », qui lui ont valu 29 heures de garde à vue, ainsi qu’une minutieuse perquisition de son domicile montpelliérain.

Avec plusieurs personnes dont il ne dévoile pas les identités devant la presse, il a participé au décrochage du dit portrait. Conscient de participer à des faits répréhensibles par la loi, lui se défend de tout vol. « On a fait ça à plusieurs. On ne l’a pas fait de nuit, gantés, masqués. On l’a fait à visage découvert, dans une mairie ouverte. On me voit même avec le portrait en mains sur certaines photos. On l’a revendiqué », assure le Montpelliérain. Ce qui le pousse à reconnaître qu’à la lecture du dossier qui l’envoie devant les tribunaux, « c’est quand même léger ce qu’ils me reprochent. J’ai pu, via mon avocat, en consulter quelques feuilles, c’est léger, c’est tout ce que je peux dire ». 

À l’inverse, ce qui n’a pas été léger, c’est la manière de faire des forces de l’ordre pour venir l’interpeller. « C’était déroutant. Ils étaient super nombreux chez moi. Ils étaient là, concentrés, avec des grosses armes, debout, gantés masqués, à 7h du matin, il y a quelques mois. Tout ça pour un vol de cadre photo à même pas 15 euros », marqué par l’évènement, le jeune homme préfère en sourire, un peu.

Décidés à impressionner autant que possible le très actif militant associatif héraultais, les policiers l’ont placé, avec eux, en garde à vue durant plus de 29h.

À l’issue de cette longue période passée en compagnie des représentants de l’ordre, il est finalement renvoyé devant la justice pour des faits de « vol en réunion ». Au cours de la garde à vue, son smartphone actuel ainsi que son précédent téléphone sont saisis. Aucun des deux ne lui a été rendu à ce jour. « Sur l’ancien, comme je ne m’en servais plus depuis environ 5 ans, ils ne vont rien trouver de fou. Juste des trucs personnels. Donc, c’est sans le moindre lien avec l’affaire en cours, rien du tout», tient à préciser Lewis Chambard, devant des journalistes attentifs et de nombreux membres d’associations écologistes régionales, venus le soutenir.

Joint par téléphone dans l’après-midi, le conseil du jeune homme, l’avocat héraultais Me Alain Ottan est encore plus pragmatique que son jeune client. Les deux hommes sont parfaitement sereins à moins de 20 jours du procès. « Mon client a connu une interpellation non pas musclée ni violente, mais à tout le moins spectaculaire. Il n’a pas été bousculé ni brutalisé, mais oui les moyens mis en place pour l’arrêter à son domicile sont spectaculaires ». Il ajoute que « dans ce type de dossier, l’enquête n’a pas été particulièrement rapide, mais les poursuites sont systématiquement engagées.» Sans surprise donc, Lewis Chambard comparaîtra dans 3 semaines devant ses juges.

« Dans la situation que nous vivons, mon client n’a fait qu’un devoir de militant. » Me Alain Ottan

« Les faits qui lui sont reprochés, c’est un vol en réunion. Il encourt 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende » détaille le juriste avant de lâcher que « dans ce genre d’affaires, mon client a surtout voulu alerter tant sur l’état de la planète que sur l’inaction des pouvoirs publics ».

Consciencieux, l’avocat reconnaît qu’il utilisera dans sa plaidoirie, l’article 122-7 du Code pénal sur l’état de nécessité. « Dans la situation que nous vivons, mon client n’a fait qu’un devoir de militant. Il a voulu alerter sur l’inaction des pouvoirs publics. Je plaiderai donc, code pénal à l’appui, avec cet article qui explique en résumé qu’un être humain n’est pas pénalement responsable si, face à un danger actuel ou imminent qui le menace elle-même, autrui ou un bien, accomplit un acte nécessaire à la sauvegarde de la personne ou du bien, sauf s’il y a disproportion entre les moyens employés et la gravité de la menace. » En somme, selon le juriste, son client a agit avec mesure pour alerter l’opinion publique sur la situation de la planète qui va de mal en pis. Reste à savoir si les magistrats du tribunal correctionnel de Montpellier seront attentifs à cet élément juridique… ou pas.