[TÉMOIGNAGE] Il semblerait que les éphémères héros puissent vivre simplement d’applaudissements !

Brigitte d'Antras
Brigitte d'Antras

[TÉMOIGNAGE] Nous y voilà, je viens d’avoir confirmation que je ne bénéficierai pas de cette fameuse prime de 1500 euros annoncée en grande pompe par notre président de la République en direct au JT de 20h le 25 mars dernier et destinée à, je cite: « l’ensemble des personnels soignants mobilisés sous forme d’une prime exceptionnelle pour accompagner financièrement cette reconnaissance.« 

Pour rappel, je suis partie à Paris sur la base du volontariat en renfort à l’hôpital Tenon pour deux semaines prolongées de deux semaines supplémentaires à la demande de l’APHP devant des services qui ne désemplissaient pas. J’ai donc travaillé en secteur COVID du 11 avril au 10 mai.
Mais voilà, le décret relatif à cette prime publié le 14 mai stipule que, pour bénéficier de cette prime, les personnels hospitaliers devaient être présents au moins 30 jours entre le 1er mars et 30 avril. J’ai attendu le 13 juin que le décret soit publié au journal officiel pour réaliser que cette non-éligibilité invraisemblable était bien réelle.
Alors qu’entendait notre président par « personnels mobilisés » ce 25 mars ? Est-ce que prendre le train du jour au lendemain sur demande urgente de l’APHP pour débarquer la boule au ventre dans une ville inconnue n’est pas être mobilisé ? Est-ce qu’abandonner son boulot en se faisant remplacer par ses collègues pour aller travailler dans un établissement inconnu alors que j’ai cessé de travailler à l’hôpital depuis 6 ans n’est pas être mobilisé ?
Est-ce qu’accepter de travailler dans des secteurs COVID avec 1 seul masque par jour, des surblouses artisanales, des surchaussures un jour sur deux, et un chaos organisationnel à peine imaginable, n’est pas être mobilisé ? Est-ce qu’accepter de rester deux semaines de plus, seule, loin des siens et de son confort n’est pas être mobilisé ?

J’ai fait ça par amour de mon métier

Je n’ai pas fait ça pour l’argent, bien heureusement puisqu’à ce jour, plus d’un mois après mon retour, je n’ai toujours pas perçu l’intégralité de mon salaire, la première partie m’ayant été versée seulement la semaine dernière. Il semblerait que les éphémères héros puissent vivre simplement d’applaudissements !
J’ai fait ça par solidarité avec mes consœurs et confrères parce que je pouvais imaginer leur détresse, j’ai fait ça par amour de mon métier… Mais aujourd’hui, je suis encore une fois déçue par ce manque de considération, abasourdie par tant d’injustice, je me sens trahie, et en viens à regretter d’avoir choisi ce métier que j’aimais tant.
Je voudrais que tout le monde sache que ces belles paroles n’étaient encore une fois que du vent et que beaucoup de réservistes dévoués sont dans la même situation que moi, même si cela paraît parfaitement inimaginable.
Soyez sûrs, chers dirigeants que lors de la deuxième vague ou de la prochaine pandémie, les appels incessants et larmoyants de l’ARS, vos belles promesses et hypocrites flatteries demeureront sans réponse et que je resterais au chaud chez moi, près des miens!

 

Un témoignage de Brigitte d’Antras