Nous avons récemment appris l’éborgnement d’un jeune de 19 ans habitant la ville de Brunoy en banlieue parisienne.

Samedi 22 février, un agent  de la BAC l’a mutilé à vie avec un tir de LBD à quelques mètres. Nous ne pouvons pas nous résigner à cela.

Après une année 2019 des plus meurtrières et mutilantes, les violences  policières ont refait irruption sur le terrain médiatique en ce début  d’année 2020 : homicide de Cédric Chouviat lors d’un contrôle policier,  charges sauvages sur des manifestants, tir de LBD à bout portant, …

Elles sont devenues une évidence pour toutes et tous, entraînant une méfiance accrue envers la police. Les images et les vidéos, les témoignages, les enquêtes, les reconstructions de scènes, les avis du Défenseur des droits et d’instances spécialisées dans les droits de l’homme, tout cela montre un usage de la force et des armes
inacceptable.  Face à cela, la réponse de l’exécutif – responsable de
ces violences quand il n’en est pas l’ordonnateur direct – est  pathétique et hallucinante.

Le Président est dans un déni persistant (il ne faut pas parler de  violences policières) tout en attendant « la plus grande déontologie » des policiers. Les drames humains directement liés aux armes mutilantes policières ne cessent de croître sous sa mandature. Et il pose tout sourire au festival de la BD d’Angoulême, tenant dans ses mains un  tee-shirt du dessinateur Jul dénonçant les éborgnements ! Tout cela est symptomatique d’un manque total d’empathie et d’humanité vis-à-vis des victimes et de leurs proches et d’un mépris envers celles et ceux qui s’alarment sur l’usage de ces armes  et en dénoncent l’usage illégal et illégitime.

Le ministre de l’intérieur ne fait pas mieux. Il a œuvré pour que la France reste championne incontestée de l’Union Européenne (et au-delà) par son utilisation massive d’armes mutilantes et par les blessures, mutilations et morts qu’elles engendrent. Quand le remplacement d’une des grenades explosives meurtrières (GLI-F4) est programmé par une autre grenade explosive (GM2L, considérée par lui-même comme tout aussi dangereuse), il maquille cela comme une mesure humaniste eu égard à la dangerosité des GLI-F4. Ce faisant, il avoue enfin la dangerosité des armes policières. En toute logique, le ministre devrait maintenant interdire toutes les autres armes mutilantes, démissionner pour incompétence et rendre des comptes à la justice pour avoir encouragé l’usage de ces armes pendant trop longtemps.

En effet, cette polémique sur la GLI-F4 ne doit pas faire oublier que d’autres armes policières – dont les grenades de désencerclement et les lanceurs de balles de défense (LBD) – sont régulièrement et massivement employées occasionnant blessures, mutilations (yeux, boîtes crâniennes, parties génitales, etc.) et morts chez des manifestants ou non. En plus de ces drames humains, l’usage de ces armes génère de fait une pression
psychologique chez les citoyennes et citoyens qui souhaitent circuler et manifester librement en France, limitant ainsi nos droits démocratiques les plus élémentaires. Aussi, pour défendre nos droits les plus fondamentaux et nos vies, nous exigeons l’interdiction immédiate des armes policières mutilantes.

Nous soutenons toutes les initiatives allant dans ce sens et, notamment, la marche des familles du 14 mars à Paris lors de la journée internationale contre les violences policières. Cette manifestation à l’initiative de familles de victimes est soutenue par un spectre large de collectifs, de personnalités et d’organisations. Elle fait suite à l’appel « Laissez-nous respirer » contre l’impunité des violences policières, pour l’interdiction des techniques d’immobilisation mortelles et des armes de guerre en maintien de l’ordre. Nous serons présents en soutien à Montpellier lors des manifestations prévues le même jour.

Montpellier, le 1er mars 2020
Campagne pour l’interdiction des armes policières mutilantes.
https://stoparmesmutilantes.org/