Patrick Vignal, le député LaREM a, semble-t-il, souhaité jouer les conciliateurs, le samedi 28 décembre dans sa permanence de Montpellier avec une délégation de plusieurs représentants syndicaux, pour parler grève, et réforme des retraites.

Contexte : le candidat à la mairie de Montpellier affichant toujours sa bonne volonté à comprendre, et à faire remonter les informations à Paris, aurait demandé selon le Midi Libre : « une note écrite des revendications, » aux représentants des syndicats, après plus d’une heure d’entretien. Bref, après l’oral, l’écrit.

23 revendications de Gilets Jaunes en 2018

Un peu comme pour les Gilets Jaunes qu’il avait reçus en décembre 2018 dans cette même permanence, et qui lui avaient laissé 23 revendications. Quid de celles-ci plus d’un an après ? Et quid de l’intérêt de lui laisser une note écrite, aujourd’hui en 2019 ?

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Mais l’entretien qu’a eu Patrick Vignal avec les syndicats ce week-end aura eu pour effet une présence TV matinale, dès le lendemain dimanche 29 décembre 8h20, alors que « son » président Emmanuel Macron est en repos au fort de Brégançon. Sur BFM, le député montpelliérain, parle de « mondes parallèles » en introduction. Comme à son habitude, sourire, bonne humeur et compliments à tout va, sont au rendez-vous, mais lorsqu’il s’agit d’éclaircir la notion de capitalisation grâce à une question de fond de la journaliste Perrine Storme, sur la relation entre la réforme des retraites, et la loi PACTE, le candidat aux municipales 2020 botte plutôt en touche. En effet, la Loi PACTE (Plan D’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises) est aussi l’opportunité d’une réforme importante de tous les dispositifs d’épargne retraite supplémentaire. Des dispositions visant à améliorer l’épargne retraite, l’épargne salariale, le plan d’épargne en actions et l’assurance vie y sont prévues, et entreront en vigueur normalement, en 2020.

« Une posture politique qui est malsaine… »

Selon Métropolitain, le député aurait eu ces affirmations étonnantes : « il y a une posture politique qui est malsaine, des syndicats qui veulent se refaire la cerise, car les Gilets Jaunes leur ont volé la vedette, et d’ailleurs la base ne soutient plus les responsables […] la démocratie sort abimée. » Et peut-être plus maladroit : « Avec la CGT, je ne vois pas comment on pourra recoller les morceaux. » Même partition jouée par le secrétaire d’État chargé des Transports Jean-Baptiste Djebbari, avec Philippe Martinez, Secrétaire général de la CGT. Puis, en mode méthode Coué : « progressivement, nos enfants auront un système à points qui fonctionnera ». On pourrait aussi y voir ici une forme de PNL, Programmation Neuro Linguistique, « formidable » méthode de communication et de thérapie brève. En mêlant la notion d’enfant, qu’évidemment l’on souhaite tous protéger, et l’idée d’une réussite avec un système qui fonctionnera plus tard, l’orateur installe l’idée que la réforme est une réforme juste pour l’avenir, et simplement incomprise par des Français trop « roumégaïs », comme il dit. Comprendre ronchonneurs.

Est-ce que vouloir résumer un désaccord fondamental à du mauvais caractère, ne ressemblerait pas à une forme de mauvaise foi contrôlée, pour servir une astucieuse communication ? Est-ce qu’il suffit d’affirmer des choses avec sympathie, pour donner aux paroles un bon sens, qu’elles n’ont peut-être pas ?

Interrogations légitimes qui nécessitent dans un souci d’équilibre d’interviewer le secrétaire départemental de la CGT, et de questionner le député marcheur.

Questions à Serge Ragazzacci, secrétaire départemental de la CGT UD34 : 

Le député a-t-il fait preuve d’ouverture, et de compréhension pour montrer son envie de jouer un vrai rôle de médiateur ?

Je dois dire que, j’ai été assez surpris des suites données à cette discussion qui a eu lieu samedi à Montpellier. Effectivement, quand il a su que nous organisions un rassemblement, il a proposé de recevoir une délégation. Ce qui est plutôt positif. Ce que nous constatons c’est une situation de blocage dans le pays, avec le gouvernement.

Comme cela s’est fait partout en France, la CGT a voulu rencontrer les députés pour mettre sur la table nos propositions de façon à sortir de cette situation de blocage. Ce qui nous a étonnés c’est la suite qu’il a donnée à cette discussion […] il a jugé qu’il n’y avait pas à discuter avec la CGT […] Je croyais qu’il était issu d’une majorité qui s’était pourtant promis de mettre des passerelles entre les mondes parallèles. Car à l’époque, quand Emmanuel Macron parlait de déconnexion, il parlait de déconnexion avec les élus, avec les élites et le peuple. Et il y avait bien une promesse d’écouter ce qui se passait sur le terrain. Donc les déclarations de Patrick Vignal nous étonnent très fortement… Et je trouve cela vraiment choquant de la part d’un député de la République.

Pourquoi selon vous, Patrick Vignal joue à distribuer le rôle de mauvais élève à la CGT, et s’amuse à donner en quelques sortes des bons points aux autres syndicats ?

Écoutez, je crois qu’il s’égare dans ses propos. Quand il dit : on ne peut pas discuter avec la CGT. Nos positions : elles sont connues et nos engagements sont constants. Nous ne sommes pas sur des positions opportunistes ni versatiles. On a connu un Patrick Vignal beaucoup plus enclin à être un peu plus pondéré, dans la majorité Macron, mais également quand il était encore socialiste. On peut s’interroger sur la conjoncture, est ce que le fait d’avoir eu l’investiture le pousse à jouer sur le CGT Bashing ? En tous cas, ce n’est pas une bonne idée qu’a eue Patrick Vignal.

Y a-t-il quelque chose à retenir dans cette posture de fin d’année d’un député LaRem de l’Hérault, et à quoi servirait de lui laisser une note écrite des revendications, alors qu’il semble fabriquer avec efficacité du marketing politique ?

Ce qui m’inquiète dans cette fin d’année 2019, c’est l’absence d’écoute de la part d’un gouvernement, de ses représentants et en particulier des députés. Ce qui veut dire que ce conflit va se prolonger […] Ils ne vont pas s’en sortir par des pirouettes.

Et après, pour la posture de Patrick Vignal, il va avoir une réponse écrite de la CGT. On va la rendre publique. Je considère qu’en démocratie, on ne peut pas manquer de respect à un syndicat et à ses engagements. Je rappelle notre préoccupation, les années 2020 et 2021 vont être ponctuées de rendez-vous électoraux. Ce qui nous inquiète, et qui guette notre pays, faute de perspectives sociales, c’est la montée de l’extrême droite et du fascisme. On ne peut pas jouer avec ça. On va lui rappeler un certain nombre de choses. Je ne me suis pas couché un soir socialiste, et réveillé le lendemain matin ultra-libéral. S’il y a quelqu’un avec qui on peut discuter, c’est la CGT parce qu’on est fidèle dans nos engagements.

Je l’invite à revoir sa tonalité. Ce n’est pas très correct, ni très honnête, alors que c’est lui qui a souhaité recevoir une délégation, et ensuite l’utiliser à des fins politiciennes de cette façon. C’est important de mettre un peu plus de hauteur. […] Et ce qu’il oublie Patrick Vignal, c’est que l’ensemble des propositions de tous les syndicats sont sur la table depuis de nombreux mois, et que le gouvernement en a pleinement connaissance.

Ce n’est pas le rôle d’un homme politique que de faire des petites phrases pour essayer de masquer la réalité. Aujourd’hui, il y a un gouvernement qui a décidé de passer en force avec ce projet, et qui n’écoute pas l’ensemble des représentants des organisations syndicales.


Questions à Patrick Vignal, député de la 9e circonscription de l’Hérault

On peut dire que vous avez fait un peu de « CGT bashing » ? Vous avez aussi demandé aux représentants des syndicats présents de vous remettre une note écrite. Que deviendra-t-elle ?

D’abord je n’ai pas fait de « CGT Bashing. »  Je suis le seul député de l’Hérault à les avoir reçus. Parce que j’estime que dans cette période difficile, c’est mon devoir de recevoir les gens […] on a eu un dialogue apaisé, on n’est pas d’accord […] moi j’estime que la réforme à points est importante, elle est universelle, après il lui faut des aménagements…

Alors on reçoit les gens, mais il n’y a pas d’écrits […] Je m’engage à écrire pour les enseignants à Blanquer, et à envoyer effectivement à mon gouvernement les retours de la CGT. Et je le ferai, parce que je suis un homme de parole.

Le gouvernement commence à céder pour certaines professions, comme par exemple les policiers, et pas pour d’autres, cette situation de blocage peut donc sembler justifiée ?

Je suis désolé, ce n’est pas céder. Comment, on peut passer de 42 régimes différents à un seul régime comme ça, d’un coup de baguette ? Il faut du temps, et je le dis dans ma majorité, et je veux bien d’ailleurs que l’on revienne sur l’âge pivot […] Je trouve, et j’en prends ma part, qu’on ne sait pas assez dialoguer, il faudra du temps.

Alors, oui vous dites vouloir dialoguer, mais à l’antenne de BFMTV vous affirmez « on est dans des mondes parallèles avec la CGT »…

Aujourd’hui la CGT dit : vous retirez le système à points. Moi je leur dis non : on peut avoir le système à points, et comment voulez-vous qu’on l’amende ? Donc, c’est vrai qu’on est dans deux mondes différents. Et je vois bien les positions de Philippe Martinez, pour eux : c’est niet. Et moi, je donne un signal à ma majorité, on pourrait continuer à dialoguer, et voir les chemins de convergence qu’on peut avoir avec la CGT.

Justement votre travail en tant que député, c’est aussi de fabriquer la loi. Est-ce qu’on peut s’attendre à un amendement « Vignal », sur le projet de loi de la réforme des retraites ?

Écoutez, moi je leur ai dit clairement. On ne peut pas réformer la France en ayant tous les syndicats dos à dos, c’est impossible […] Moi, je peux vous dire que ça va bouger, qu’on est un groupe de députés, et qu’on ne peut pas réformer contre tout le pays. Donc nous allons demander qu’il y ait des aménagements, et je l’assume.