À Maraussan en 1901, c’était déjà des précurseurs. À ce point que, Jean Jaurès était venu le 1er mai 1905 visiter la toute première cave coopérative de France. 2019, toujours à Maraussan, la réflexion pour anticiper l’avenir s’impose avec une journée thématique, pour l’adaptation de la viticulture aux changements climatiques.

Renouveler les savoirs

Occitanie, Languedoc-Roussillon : l’équilibre de tous les milieux naturels se trouve affecté par les effets du dérèglement climatique. Santé, agriculture, transport, et tourisme, les activités économiques majeures du territoire doivent envisager de nouvelles pratiques et de nouvelles stratégies pour éviter l’effondrement qui s’annonce.

La viticulture face à un nouveau défi : comment conserver l’acquis et la qualité de la production face aux dysfonctionnements et aux soubresauts de la planète ? Cette prise de conscience d’une terre comme patrimoine, aura-t-elle pour vertu d’ouvrir la voie aux solutions pour stopper, voire réparer un climat en pleine autodestruction ?

Le raisin brûle sous le soleil

« On touche pas terre mon pauvre, on touche pas terre… » lâche un viticulteur, en soufflant sur son café dans un gobelet en carton recyclable, avant d’entrer dans la salle de conférence. Le rythme de leur travail est intense, mais ils doivent savoir suspendre le temps. L’heure est grave. Le raisin brûle sous le soleil.

« Si la vigne n’a plus sa place dans le midi, l’homme ne l’aura pas davantage »

Dominique Nurit, Conseillère municipale à Castelnau-le-Lez et Présidente de la Commission de l’aménagement rural, agriculture, viticulture, pêche et forêt au conseil départemental intervenait lors de cette journée thématique pour la présentation des recherches et des diverses stratégies pour l’adaptation de la viticulture aux changements climatiques. C’est sa lecture de la lettre d’une viticultrice qui a donné toute la dimension de l’état d’urgence. Des mots capables de sortir tout un chacun, de sa léthargie de consommateur : « j’étais vendredi, et mardi dans les vignes pour faire un tour d’inspection […] il faisait très chaud, je ne sais pas combien […] les syrahs sont brulées, les feuilles, les raisins comme si on les avait passés au chalumeau […] j’ai été parcourue de frissons, la pensée m’a traversé que c’était là, l’annonce de la fin de l’ère climatique que nous connaissons, la manifestation de la limite de l’hospitalité de la terre […] cela nous précipite dans un inconnu […] Si la vigne n’a plus sa place dans le midi, l’homme ne l’aura pas davantage […] Ce que les vignes disent, c’est que notre civilisation est menacée. »

Disparition de 50 % du vignoble français en 2050

Impératif : « stabiliser le climat vers 2050 » selon le scénario de la COP-21, et éviter « le scénario Trump du laisser-faire », une condition essentielle pour Jean-Marc Touzard, Directeur de Recherches INRA. Et dans cette optique, la transition de la filière viticole n’est pas seulement une possibilité, c’est devenu une nécessité. La raréfaction des ressources en eau, et le changement climatique entraineraient la disparition de 50 % du vignoble français en 2050. Objectifs imposés : trouver les solutions techniques, pour mieux résister aux sécheresses et aux températures trop élevées.

Se préoccuper de l’environnement n’est plus une posture intellectuelle, ou une mode, c’est devenu une fatalité. Jean-Louis Escudier, Chargé de mission et représentant de l’INRA pose un constat : « alors que la vigne est une des plantes qui résiste le mieux à la sécheresse […] on est dans une situation critique. » La compensation possible du manque d’eau passe par l’utilisation des eaux recyclées des stations d’épuration. « Une pollution en moins avec l’utilisation d’éléments nécessaire à la vie dans ces eaux, et ça évitera d’utiliser des engrais avec un bilan carbone négatif […] on a mis en place beaucoup de feux verts, on peut résoudre la qualité bactériologique […] il faudra des analyses parce qu’il peut y avoir des métaux lourds […] Il ne faut pas utiliser les stations d’épuration là, où il y a de l’industrie qui rejette des choses un peu sévères… » explique Jean-Louis Escudier.

8 millions de mètres cubes de rejet d’eau

Le Grand Narbonne, c’est une communauté d’agglomération de 37 communes sur 973km², 32 stations d’épuration et 8 millions de mètres cubes de rejet d’eau. Sur ce territoire, le prélèvement de l’eau sur le milieu naturel deviendra pratiquement impossible tant le manque est criant. Claudine Vibert, chargée de mission du développement agricole durable a pour priorité de repenser l’irrigation des vignes à partir des eaux usées traitées : « cette réutilisation est une ressource alternative qui ne vient pas impacter les milieux naturels ». Deux sites pilotes sont en test aujourd’hui, mais il existe tout de même des surcoûts, et des contraintes techniques importantes.

« On dit qu’il faut prendre son mal en patience, et si l’on prenait notre bien en urgence ? »

Maraussan, accueillait cette conférence, son maire Serge Pesce est conscient d’un monde viticole qui souffre, et dont le nouvel équilibre à trouver, repose sur la recherche et le changement de certaines pratiques. La viticulture engagée vers la transition écologique est une chance, avec plusieurs voies possibles. À l’origine de cette journée, Daniel Guiral, Président de l’Association Départementale des Anciens Maires et Adjoints de l’Hérault (ADAMA 34), et Simon Popy de France Nature Environnement sont convaincus que le partage d’expérience et la stratégie collective peuvent répondre aux enjeux qu’imposent l’environnement. « Il y a urgence à réagir vite et bien pour entrer dans un cercle vertueux » précisera Dominique Nurit, avant de proposer une piste de réflexion avec une citation de Ludovic Souliman : « on dit qu’il faut prendre son mal en patience, et si l’on prenait notre bien en urgence ? »

On pourrait aussi citer Jean Jaurès pour illustrer ce vendredi 13 décembre 2019 : « jamais la journée du 1er mai ne me fut plus douce, plus rayonnante d’espérance qu’en cette commune paysanne de Maraussan. »