Tribune de Julien Colet, animateur l’Avenir en Commun(e) – La France insoumise


En juin 1881, le sénat débat de la loi établissant la gratuité absolue de l’enseignement primaire dans les écoles publiques. Si tous sont unanimes pour généraliser l’accès à l’éducation, certains sénateurs néanmoins se montrent hostiles à l’idée de gratuité totale.

L’avocat Pierre Join prône la gratuité restreinte« Pour la famille, élever et instruire les enfants, c’est une dette, une dette sacrée. Celui qui peut acquitter cette dette doit le faire ; quant à celui, au contraire, qui, suivant l’expression très heureuse de M. le ministre de l’instruction publique, ne pourrait, sans efforts, acquitter cette dette, on doit venir à son secours et lui accorder la gratuité. »

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Selon eux, la gratuité absolue est une chimère : elle est ne fera pas progresser la fréquentation scolaire, elle est injuste pour le contribuable, et elle avantage avant tout les classes aisées dans la mesure où les pauvres ont déjà la possibilité d’envoyer gratuitement leurs enfants à l’école.

Au final la loi est votée, et l’école devint gratuite pour tous.

Plus d’un siècle plus tard, le décor a changé, mais les arguments contre la gratuité absolue restent les mêmes comme en témoigne la résurgence dans le  débat public, de la question concernant la gratuité des transports en commun.

Si tout le monde admet l’urgence à développer nos transports en commun, nombreux restent les opposants à la gratuité absolue. Certains, comme Philippe Saurel y sont franchement hostiles (« C’est de la démagogie ! » déclare-t-il dans le Midi Libre). D’autres, partisans de la gratuité restreinte, à l’instar de notre sénateur du 19e siècle, s’arrêtent au milieu du gué : EELV propose la gratuité uniquement le week-end (alors que c’est en semaine que se produisent les embouteillages !) tandis que le Parti Socialiste propose la gratuité uniquement pour les résidents de la Métropole (ce qui obligerait à maintenir les frais associés à la lutte contre la fraude et à la commercialisation des billets).

Mais avons-nous vraiment le choix ? Rapports après rapports, les scientifiques soulignent l’imminence de la catastrophe climatique. Le GIEC assure qu’il ne nous reste plus que 12 ans pour sauver la planète. Nous n’avons plus le temps d’attendre et nos métropoles doivent être en première ligne pour mettre en œuvre une écologie populaire qui soit au service de l’intérêt général.

Comme pour chaque avancée sociale et écologique, les opposants à la gratuité ressassent le même argument : trop cher, trop coûteux, etc. Certes l’instauration de la gratuité a un coût (moins élevé néanmoins que celui de la construction d’une gare inutile perdue dans la pampa), mais l’histoire le démontre : quand la volonté politique est là, il est toujours possible de trouver une source de financement. N’oublions pas non plus que le tout voiture génère également de nombreux coûts indirects pour la collectivité (maladies liées à la pollution, prise en charge des accidents de la route, construction de parkings, entretien des routes, pertes de temps liées aux embouteillages).

La gratuité de l’usage des transports en commun ne résoudra pas tous les problèmes, loin s’en faut. La disparition de nos services publics dans les zones rurales, l’augmentation constante de la distance travail/domicile, le manque d’infrastructures de transports alternatifs, favorisent la cannibalisation des déplacements par la voiture. Relocaliser les activités, redéployer les services publics, réaménager le territoire… c’est tout un système qu’il faut repenser.

Mais face à l’urgence climatique et à la précarisation toujours plus grande de la population (27% de la population Montpelliéraine vit sous le seuil de pauvreté), la gratuité de l’usage des transports en commun, est une nécessité. De la même manière que nos communes parviennent chaque année à construire et à entretenir des écoles gratuites pour tous, nous saurons déployer un réseau de transports urbain gratuit et accessible à tous.

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