Une enquête du Monde du 18 juin retrace les oublis et les négligences coupables entourant le renouvellement d’autorisation du pesticide chlorpyrifos.

La députée européenne EELV Michele Rivasi, biologiste agrégée et ancienne membre de la commission Pesticides, interpelle la Commission Européenne au sujet de ce « scandale sanitaire majeur », un perturbateur endocrinien et neurotoxique avéré qui endommage le cerveau des enfants de l’Union Européenne, et exige le retrait immédiat de son autorisation.

Le chlorpyrifos est l’un des cinq pesticides les plus détectés dans les fruits et légumes testés en Europe. Des données montrent la présence de résidus de chlorpyriphos à des niveaux supérieurs à la valeur toxicologique de référence dans des bananes, du raisin et des poivrons. Problème : les études montrent que ce pesticide attaque le cerveau des enfants et perturbent  les hormones thyroidiennes, affectant le developpement du cerveau durant la grossesse. « On constate des dégâts sur le développement du cerveau aux doses les plus faibles » résume le professeur Alain Grandjean, cité dans l’enquète du Monde.

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UN PESTICIDE NEUROTOXIQUE EN LIBRE CIRCULATION

Autorisés à l’échelle européenne, commercialisés dans vingt pays européens, le chlorpyrifos et ses résidus présents dans les fruits et les légumes traités avec ce pesticide circulent librement dans l’Union Européenne, allant jusqu’à intoxiquer les enfants des huit pays – Suède, Finlande, Irlande, Lettonie, Lithuanie, Slovénie, Allemagne et Danemark – où ce pesticide est interdit.

Au Danemark, alors que cet insecticide n’a jamais été homologué pour un usage agricole, des traces de chlorpyrifos ont pourtant été détectées dans les urines de femmes et d’écoliers. Le groupe Verts / ALE du Parlement Européen a mené en 2018 sa propre campagne de mesure de l’exposition humaine à une sélection de 30 pesticides signalés comme perturbateurs du système endocrinien, dont le chlorpyrifos. L’analyse des cheveux a été choisie pour étudier l’exposition aux pesticides. Parmi les 148 échantillons de cheveux prélevés en Allemagne, au Danemark, au Royaume-Uni, en Italie, en France et en Belgique, le rapport d’analyse remarque que les 10-20 ans sont les plus exposés au chlorpyrifos (15,8%). Et que, bien qu’interdit en Allemagne, ce pesticide neurotoxique a été trouvé dans 4 échantillons allemands sur 34 analysés. Les interdictions nationales ne protègent donc pas contre l’exposition et la contamination à ce neurotoxique.

RAS LE BOL DE L’INACTION DE LA COMMISSION ET DE L’EFSA

Nous sommes sur des niveaux de contamination chronique dramatique, qui durent depuis longtemps. L’inaction de l’EFSA et de la Commission sur ce dossier est proprement sidérante. A quoi sont payés les hauts fonctionnaires ? A se tourner les pouces entre eux ou à faire de la veille sur les études disponibles sur des substances données ? Comment pouvaient-ils ignorer les étonnantes lacunes de ce dossier de renouvellement d’autorisation, alors que les ONG et les scientifiques n’ont cessé au cours des dernières années de les interpeller au sujet des études alarmistes qui s’accumulaient au sujet du chlorpyrifos. Et l’agence américaine de protection de l’environnement, l’EPA, a dénoncé dès 1998 l’unique étude fournie par l’industrie chimique sur la neurotoxicité de la subtance. C’était il y a plus de vingt ans. Et depuis rien. Ce pesticide continue d’être autorisé. C’est une honte ! Je suis très en colère.

La Commission nous martèle que nous avons en Europe le meilleur système d’autorisation des pesticides au monde. Sur ce dossier, malheureusement, elle est coupable de négligence. Voire de complicité. La Commission a notamment failli à imposer un programme de travail exigeant à la « chlorpyrifos task force » les données à transmettre et selon quel délai. Qu’a fait la Commission en échange ? Alors que la période d’approbation du chlorpyrifos arrivait à expiration en janvier 2018 et que l’évaluation de son dossier de renouvellement n’était pas terminée, la Commission a joué les prolongations. Proposant d’abord d’étendre d’un an son autorisation en cours, jusqu’au 31 janvier 2019. Puis à nouveau d’un an avec une nouvelle date butoir au 31 janvier 2020.

Il est inadmissible que la Commission continue de privilégier la commercialisation d’une substance aussi nocive, au détriment du principe de précaution mais au bénéfice réel de toute la filière pesticides.

Ça suffit. Je demande à la Commission le retrait immédiat de l’autorisation du chlorpyrifos. Ce jeu de dupes sordide a assez duré. Ne rien faire serait un acte criminel mettant en danger délibérée la vie d’autrui.

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