Si les Gilets Jaunes réussissent à occuper le débat, comme ils ont occupé les ronds-points, ils permettront peut-être à ce Grand Débat National, d’éviter l’écueil du « grand blabla. » Une direction qui devrait enchanter Chantal Jouanno, présidente de la Commission nationale du débat public qui souhaite : « entendre le plus de monde possible. » Commission qui aura la lourde tâche, de comprendre et d’agir vite, pour s’abstenir de tourner en rond.

20 décembre 18h30 à Vendargues, le Grand Debat National a débuté de façon houleuse, avec des Gilets Jaunes qui avaient subi un assaut policier la veille à 22h45 sur la zone de fret aéroportuaire de Montpellier. Zone qu’ils avaient bloquée avec des pneus, et des palettes.

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« On nous tire dessus »

Colères : « d’un côté on veut causer, et de l’autre on veut nous impressionner. » Stessy, et quelques autres mobilisés dès le 17 novembre lancent : « on nous traque comme des lapins, on nous tire dessus. » Les échanges ont du mal à s’installer, le besoin de témoigner sur ce qui s’est passé dans la nuit du 19 décembre semble prioritaire. Des Gilets Jaunes encerclés par les forces de l’ordre, et survolés par un hélicoptère qui lançait lui aussi des grenades lacrymogènes, résultat : sept personnes placées en garde à vue à la gendarmerie de Mauguio, pour violences sur les forces de l’ordre, et entrave à la circulation. Prises d’identités, et auditions libres pour d’autres qui seraient en attente de décisions pénales. Un manifestant aurait été admis aux urgences de Lapeyronie le CHU de Montpellier. Voilà pour l’ambiance : tensions, le débat peut commencer.

À l’attention de Coralie Dubost, « je suis un vieil élu […] et je voudrais te dire que ce que tu fais ce soir est courageux, » dira Jean-Pierre Grand, sénateur de l’Hérault, avant de s’éclipser vers d’autres obligations.

Pierre Dudieuzère, le maire de Vendargues en introduction se glorifiera d’attributs qu’il est bon de ne pas répéter, mais qui lui confèrent, selon lui une bonne paire de courages « politiques, » pour rester dans l’image.

Les échanges commencent, à coup de citations, avec Montesquieu coté LaREM, et Diderot pour les Gilets Jaunes, histoire de montrer qu’ils ne sont pas à la marge, et prouver d’une certaine façon que : les marges permettent aux pages de tenir ensemble, pour paraphraser Jean-Luc Godard. Ce soir, ces Gilets Jaunes ont pu nourrir un débat tonique et rythmé, grâce aussi, à la bonne composition de Coralie Dubost.

Vécue comme un reproche, une question adressée au Gilets Jaunes, subtilement provocatrice, et franchement maladroite d’un quidam dans la salle : « qu’est-ce que vous avez fait pendant ces derniers quarante ans ? » Question qui a donné la couleur de cette réunion dans l’espace Teissier à Vendargues. Gérard retraité, et Gilets Jaunes de l’Hérault répond par le poids de ses années de travail, et il se sent aujourd’hui blessé, et trahi par ce gouvernement. Son intervention en images :

Coralie Dubost, députée LaREM de l’Hérault partagera ainsi son micro avec une salle qui « hurle » un besoin de prise de parole, aussi brulant que l’urgence sociale qu’ils viennent dénoncer : « toutes les lois qui sortent maintenant, c’est anti-social […] revenons à l’esclave. » Explications en images :

Les slides et graphiques qui avaient été préparés ont peu servi. Priorité au débat. Pour le RIC, devenu l’étendard des Gilets Jaunes, la députée de l’Hérault est restée ferme sur l’aspect révocatoire d’un élu qui selon elle : est pure démagogie. Pour le reste, c’est un projet qu’elle promet de porter.

« Leurs colères sur leur situation quotidienne, c’est la même chose, qui m’a poussée moi, à prendre un engagement politique »

Prises de contact, et une mailing-list qui circule entre les participants de cette soirée, suivie d’un verre pour tous et continuer de façon informelle à échanger, même si l’ambiance reste électrique. Pour Coralie Dubost : « il faut corriger le tir d’une façon ou d’une autre […] J’ai le sentiment que leurs colères sur leur situation quotidienne, c’est la même chose, qui m’a poussée moi, à prendre un engagement politique pour la première fois […] parce que je sentais que les choses se tendaient, que c’était devenu difficile pour les entreprises, pour les salariés et que la France avait besoin de sortir la tête de l’eau… »

Interview Coralie Dubost :

Pour Gérard, membre des Gilets Jaunes de l’Hérault, l’essentiel c’est « d’être pris en considération par nos élus, et puis aussi par le gouvernement, et notre président de la République. »

Interview Gérard, Gilets Jaunes de l’Hérault :

Mesures d’urgence économiques et sociales

Heures supplémentaires défiscalisées, primes exceptionnelles, exonération de la hausse de la CSG pour certains retraités : l’Assemblée nationale a validé ces mesures d’urgence du gouvernement, dans la nuit de jeudi 20 à vendredi 21 décembre, pour répondre à la crise des Gilets Jaunes. Quelques “mesurettes” et un grand débat, cela restera-t-il suffisant ? Oui, si le débat engendre de nouvelles mesures et des changements profonds. Non, si le débat est une simple récréation, avant de faire rentrer tout le monde dans le rang.

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