[ÉDITO] Le mouvement des gilets jaunes fait ressortir, de la part du parti au pouvoir, et des commentateurs politiques qui le soutiennent, un vocabulaire, et des postures politiques très inquiétantes pour l’avenir de la démocratie en France.

C’est également le cas dans toute l’Union Européenne qui affirme ouvertement que les résultats des élections ne doivent pas infléchir les politiques économiques, mais où les droits des femmes, des minorités (notamment Roms), des migrants peuvent être bafoués par des lois discriminatoires, ou liberticides sans que les institutions européennes s’en émeuvent.

Bien sûr en France, il y a des électeurs et des manifestants racistes, homophobes, « masculinistes » de la « Manif pour tous » à certains gilets jaunes ou encore aux communautaristes de tout bord. Le danger qu’ils font courir à la démocratie est bien connu. Plusieurs pays dans le monde vivent sous des gouvernements à tentation autoritaire partageant ce genre d’orientations : Brésil, Russie, Pologne, etc.

Mais il y a surtout des élites au pouvoir qui agissent contre les peuples, allant jusqu’à refuser de l’écouter : où est la liberté d’expression ? En France, ces élites au pouvoir parlent d’envoyer l’armée réprimer le peuple à la Réunion, et à Paris. Verra-t-on les Champs-Élysées devenir un nouveau Tienanmen ? Verra-t-on l’automne des gilets jaunes devenir un nouveau printemps de Prague ? Point d’outrance dans ce propos : ces mêmes dirigeants encouragent déjà l’usage de grenades lacrymogènes, et offensives ou de flash-balls qui mutilent, et parfois tuent les manifestants, ou les riverains.

Car, il semble falloir le rappeler les régimes staliniens et les régimes fascistes ne sont pas les seuls régimes autoritaires. L’histoire de l’Amérique latine montre que pour imposer un appauvrissement, et un pillage économique au peuple : il faut le contraindre par des dictatures policières, ou militaires. Nos élites, qui mènent une politique économique digne de Pinochet au Chili pendant la dictature, ne l’ignorent pas non plus.

Les élites dirigeantes françaises passent en ce moment beaucoup de temps à se référer aux « valeurs de la République », mais si ces valeurs en France sont associées aux valeurs de la Révolution française, elles ne signifient pas forcément les « valeurs démocratiques » de liberté, d’égalité et de fraternité lorsqu’on se réfère aux Républiques que sont la Chine, la Syrie, ou les dictatures sud-américaines des années 80, inspirées par les théoriciens ultralibéraux : Friedmann, et Hayek.

Le glissement sémantique des « valeurs républicaines » pour dénoncer le peuple qui se révolte contre l’injustice est particulièrement dangereux. Déjà en temps normal, les représentants du courant dominant n’envisagent le débat sur leurs orientations que sous l’angle de la « pédagogie », considérant par la même les citoyens comme des enfants mineurs à qui il faut expliquer ce qui est bon pour eux, en négation du principe républicain qui fait de nous tous des citoyens.

On peut dénoncer les violences des manifestants, et les dégradations commises, mais il faut aussi dénoncer les violences policières, et les choix anti-démocratiques du gouvernement en matière d’égalité, et de fraternité du fait de choix budgétaires austéritaires.

On peut craindre en France, comme cela s’est passé ailleurs, une dérive vers des régimes « illibéraux » et à tendance autoritaire. Mais cela ne doit pas nous faire négliger la dérive autoritaire d’un extrême-centre néolibéral, qui existe dans d’autres pays et déploie ses ailes chez nous également.

La violence n’est jamais une bonne solution que ce soit celle des manifestants ou celles des institutions. Et notamment parce qu’elle est utilisée pour justifier des solutions autoritaires.