Aujourd’hui, nous honorons nos morts, nos morts d’Afrique du Nord. Nos soldats qui, en Algérie, au Maroc et en Tunisie, sont tombés pour la défense de la France, de la grande France, de notre très grande France.

Aujourd’hui, nous honorons notre pays, notre glorieux pays qui s’étendait sur l’autre rive de la Méditerranée, qui y avait apporté les lumières, la paix, la fin de l’esclavage, les hôpitaux, les vaccins, les routes, les écoles.

Mais pour le rappeler, pour oser le rappeler, il faut sortir du carcan imposé par l’histoire officielle. Cette histoire cadenassée, cette histoire revue et corrigée, cette histoire falsifiée, celle qui enseigne à nos enfants que notre nation n’aurait été que ruines et désolation. Une insulte pour nos soldats. Une insulte pour les nôtres. Pour nos pères. Et pour les pères de nos pères.

Il faut le dire, en Afrique du Nord, et tout particulièrement en Algérie, c’est notre pays qui a apporté le progrès. Il a fait de l’ancienne régence ottomane, qui vivotait dans un perpétuel moyen-âge, une terre fertile, une terre pleine d’avenir. Même si tout, bien sûr, était loin d’être parfait.

La guerre, la terrible guerre menée par les terroristes du FLN a malheureusement plongé l’Algérie dans un désordre infini. Un chaos dont plus d’un demi-siècle plus tard, elle a du mal à sortir. Comme si cette belle terre d’Algérie était condamnée à la violence…

Mais revenons aux années 50 et 60. Là-bas, l’armée française – redisons-le, répétons-le – s’était imposée militairement. Mais la France a perdu la bataille de la communication, la bataille devant l’opinion publique. Le pouvoir de l’époque a préféré abandonner notre belle victoire, nue, au bord du chemin. Le sacrifice des

officiers, des appelés, des Harkis n’a servi à rien. À Paris, on avait déjà tourné la page…

Depuis, la jeunesse de l’autre rive n’a qu’un objectif en tête : quitter ce cauchemar et s’installer… chez l’ancien colonisateur ! Quant aux élites algériennes, tous ces vieux généraux grabataires, où viennent-ils se faire soigner ? Mais chez nous, bien sûr. Quel paradoxe ! Quelle ironie de l’histoire ! Quelle mauvaise plaisanterie de commémorer la fin de l’empire colonial, la fin de l’Afrique du nord française, au moment même où notre propre France est en passe d’être submergée par une immigration massive venue de ses anciens territoires. Une immigration qui ressemble fort à la colonisation pure et simple de quartiers entiers dans certaines de nos villes.

L’histoire n’est pas finie, contrairement à ce que voulait nous faire croire Fukuyama. Elle ne s’arrête pas. Elle se répète. Elle rejoue les mêmes scènes mais avec de nouveaux acteurs. Les vainqueurs d’hier sont les vaincus d’aujourd’hui, les colons deviennent à leur tour colonisés.

L’histoire n’est pas finie ! Surtout l’histoire si compliquée entre nos deux rives de la Méditerranée. Un long flux et reflux d’influences et de domination, de peuplement et d’expulsion.

56 ans après la fin de ce conflit, la France et son armée peuvent être fières du travail accompli en Afrique du nord. Aussi, soyez-en sûrs, de mon côté, je ne laisserai jamais insulter nos soldats, je n’accepterai jamais qu’on parle de « crimes contre l’humanité », je ne pardonnerai jamais à ceux qui nous ont trompé, qui nous ont humilié, qui nous ont abandonné.

Vive notre armée ! Vive l’œuvre française en Afrique du nord ! Vive la France !

Discours de Robert Ménard pour la Journée nationale d’hommage
aux « Morts pour la France » pendant la guerre d’Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie, prononcé lors de la cérémonie de ce mercredi 5 décembre au monument aux morts de Béziers.