Gwendal Lasne, avec un nom comme celui-ci, on est condamné à être une super-héroïne. Et ça tombe bien, la coordinatrice du squat Luttopia possède un super pouvoir : l’amour. L’amour, le vrai pour son prochain, elle connait. Et elle agit tous les jours dans ce sens, nul besoin de se mouiller le front avec de l’eau bénite pour y arriver, juste se remonter les manches et travailler.

Deux ans déjà, que ce squat dans le quartier des beaux arts met à l’abri un peu plus 190 personnes, familles et enfants compris ! Avec l’accueil de jour, l’occupation peut atteindre les 240 personnes. Grâce à Luttopia une trentaine d’enfants restent scolarisés.

Mercredi 31 octobre dernier, c’était l’occasion de faire une soirée festive pour Halloween, le coeur léger. Cet hiver, il n’y aura pas d’expulsion. Cinq mois de répit, moins de peurs, pour continuer à protéger et reconstruire des citoyens échoués, parfois cassés. Le collectif fonctionne grâce aux dons, et aux coups de pouce informels comme ce soir, un stock de nourriture a été livré pour aider à ce que la soirée du 31 garde des airs de fête, malgré l’orage et la pluie. C’est une solidarité affichée, ou discrète qui permet ce miracle.

Gwendal Lasne est consciente de cet équilibre fragile, mais indispensable. Pour elle : « l’idéal serait que l’état réponde à sa mission régalienne et fasse en sorte de donner accès à l’ensemble des besoins fondamentaux à tous les individus qui sont sur le territoire […] la réalité, 80% de l’action sociale est générée par la force citoyenne, la force volontaire, l’action bénévole, et l’état ne finance uniquement que 20% de l’ensemble de l’action sociale sur le territoire.

Maintenant, la trêve hivernale du 1er novembre au 31 mars est en place. Rappel : le 7 juin, en première instance les habitants du squat avaient bénéficié d’un délai de 8 mois. La mairie propriétaire des lieux, avait fait appel. Le 12 juillet, la cour d’appel avait rendu sa décision, et elle donnait 2 mois aux occupants pour libérer les lieux. Difficile de vider ce qui est devenu de fait, une structure d’accueil d’urgence sociale et sanitaire. Octobre 2018, c’est officiel, la préfecture a pris la décision de ne pas expulser.

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La réussite donne certainement à Luttopia sa « légitimité, » Gwendal Lasne explique : « On a énormément de retour aux droits communs, on est à plus de 200 retours aux droits communs, depuis que l’on est ici. Ce qui démontre l’intérêt de pérenniser un lieu. Dans le temps, on observe la ré-inclusion sociale et professionnelle. Une personne qui a enfin la possibilité de se poser dans un espace de vie sécure développe de l’assurance, et des outils qui lui permettent de retrouver sa place dans la société. » Il y a une compétence prouvée de Luttopia, et le plus important pour la coordinatrice c’est : « le fait d’être sur le terrain, le fait de respecter l’inconditionnalité de l’accueil, et le fait d’appliquer le principe de la continuité de l’accueil, ça change la donne. Quand vous avez des prises en charge octroyées par l’état de trois nuits d’hôtel, vous ne pouvez pas faire de l’accompagnement social pour des personnes qui sont à l’abri que trois nuits … c’est sur un temps long que l’on obtient des résultats. »

Luttopia c’est ça : l’accès à l’alimentation, au logement, aux contacts humains, aux conseils, à une douche, à une « vesti-boutique, » à une bibliothèque, à des ateliers, à une permanence sociale, juridique et administrative, à des soins grâce aux passages réguliers de Médecins du Monde, et à des ouvertures de droit à la santé, bref un accès à de l’humanité dans une société où ce besoin premier se fait de plus en plus rare.

31 mars 2019, si la préfecture engage une procédure d’expulsion, tous les squatteurs de Luttopia à Montpellier, soit un peu plus de 200 se retrouveront à la rue, en danger et dans la précarité. Comment au printemps prochain, une 7e ville de France forte de ses 282 143 habitants, réussira-t-elle à faire preuve d’humanité avec son bâtiment des anciennes archives départementales ?

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