Le rapport de l’enquête administrative menée suite aux violence survenues en mars dernier à la fac de droit de Montpellier vient d’être publié.

Le président de l’Université, Philippe Augé, a annoncé, suite à sa publication, saisir la commission disciplinaire à l’encontre du professeur Jean-Luc Coronel et de Philippe Pétel, l’ex-doyen de la faculté.

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Ce rapport de 28 pages : « Intrusion et faits de violence dans un amphithéâtre de l’UFR droit et science politique de l’université de Montpellier »,tente d’expliquer ce qu’il s’est passé dans la nuit du 22 au 23 mars. Si vous souhaitez consulter le rapport de 28 pages, cliquez ici

« La mission a débuté à Montpellier le lundi 26 mars à 12 h 30 et s’est terminée, pour la phase sur place, le jeudi 29 mars à 17 h. Elle a rencontré le président et le directeur général des services de l’université de Montpellier, la rectrice de l’académie de Montpellier chancelière des universités, le préfet de l’Hérault et une parlementaire. Elle a auditionné dans les locaux du rectorat de l’académie de Montpellier une quarantaine de personnes, a procédé à seize procès-verbaux d’audition signés par les intéressés. Elle a été dépositaire de plusieurs témoignages écrits, photos et vidéos remis par la présidente de la Ligue des droits de l’Homme de l’Hérault, et de dépôts de plaintes. » (p 1)

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Morceaux choisis :

« Entre 23 heures et minuit, la rumeur se répand que la police va intervenir, mais aussi, même si elle est moins établie pour la mission car mentionnée aussi précisément par une seule des personnes auditionnées, qu’« il y a un prof qui va appeler ses copains pour venir nous aider ». » (p11)

« Le responsable de la sécurité de l’UFR répercute l’ordre qu’il a reçu du doyen, auprès d’un agent de la composante que la mission a auditionné, d’aller ouvrir le portillon du parking situé rue de l’Arc des Mourgues. Celui-ci s’exécute. Une petite dizaine de personnes attend de l’autre côté des grilles du parking. Une caméra, positionnée dans cette rue, a en principe enregistré leur arrivée. Une femme fait partie du groupe, ce que confirmera une autre personne témoin de l’intervention.
Ces individus ne portent pas d’arme apparente mais « ils ont l’air bizarre ». Ils rentrent et se concertent sur le parking avec M. Y qui est arrivé à l’UFR vers 22 h 30. » (p11)

« Tous les témoins de la scène sont choqués par la violence et la rapidité de l’intervention qui suit. En apercevant ces individus de dos ou de face, pour la plupart cagoulés, armés de planches de palette, tous affirment qu’aucune confusion n’est possible avec des policiers. « Dès qu’on les a vus, une dizaine de malabars en noir avec des lattes en bois, on a tout de suite compris que ce n’était pas des policiers ». Ils sont convaincus qu’ils sont là pour frapper. Des témoins de l’UFR droit et science politique précisent : « une démarche hyper décidée en ligne qui transpirait la haine. C’était effrayant ».
Un appariteur a ouvert la porte de l’amphi B, situé en face de l’amphi A dans le hall pour que des étudiants de l’UFR s’y réfugient.
Les individus entrent dans l’amphi A par la porte de gauche et descendent vers la tribune en criant et en frappant violemment sur les travées de l’amphi avec les palettes. Ils font remonter les étudiants présents dans l’amphi vers la porte de droite. Ils les frappent s’ils résistent. Ils se servent aussi de tasers. Les agents de sécurité essaient de canaliser les étudiants vers la sortie depuis la porte de droite de l’amphi. Une étudiante revient sur ses pas, elle veut récupérer ses affaires. Un enseignant essaie de l’en empêcher, en vain. Un étudiant sort de l’amphi avec le nez en sang. Une autre scène décrit une jeune fille, sans doute la même, qui ne veut pas quitter le hall, elle se met à genoux, prostrée. Des individus cagoulés refluent de l’amphithéâtre, la traînent à terre vers la sortie, elle reçoit des coups de taser.
Le responsable de la sécurité fait alors baisser la grille devant le sas qui sépare des portes vitrées. La même jeune fille est la dernière à sortir, les étudiants dehors parviennent à l’extraire avant que la grille ne se ferme (fermeture électrique en maintenant manuellement un bouton poussoir). La mission a entendu le témoignage de cette victime, « j’étais persuadée de mourir ». Son état de santé a nécessité une incapacité totale de travail personnel de 24 heures (ITTP). Plusieurs personnes ont été blessées.
M. Y a reconnu devant la mission qu’il avait participé à l’évacuation à l’intérieur de l’amphi mais qu’il ne connaissait pas ces individus. Il sort un étudiant en fauteuil roulant. Plusieurs personnes, de l’UFR comme des occupants, témoignent que M. Y, à visage découvert et avec des gants, figure dans le peloton de tête du groupe qui envahit l’amphithéâtre. Il a frappé des étudiants. C’est parce que « je dois me défendre. Je réponds aux coups » a-t-il indiqué à la mission, « j’ai un certificat médical par un médecin légiste attestant que j’ai reçu des coups » (un jour d’ITT).
Les individus sont repartis vers le parking, puis dans la rue Arc des Mourgues par le grand portail qui n’a pas été ouvert par l’agent qui avait ouvert le portillon. La police, positionnée dans la rue, ne les a pas interpellés lorsqu’ils sont partis.
Selon plusieurs témoins, l’intervention a duré moins de cinq minutes. » (p12)