Un magnifique écrin de verdure, d’un parc public voué au bétonnage impitoyable, d’une opération immobilière. Etienne David de Meynier de Salinelles, Maire de Nîmes en 1793. Parc de Meynier de Salinelles – 7000 m2 constructibles – légué au patrimoine public. Un lien qui permet de mieux comprendre l’histoire nîmoise et gardoise.

Les vieilles portes grinçantes du parc, en plein cœur de ville, sont enfin poussées par l’association des riverains et le Comité de Quartier Gambetta-Révolution, animé par son dynamique Président : Yann Roubeau, architecte de métier. Ce jour-là, comme un bol d’air frais de liberté, les esprits se ressaisissent devant ce livre ouvert de la nature. « Et l’on va voir ce que l’on va voir !« 

Depuis 2015, les riverains, portés par de bonnes volontés, travaillent d’arrache-pied sur un projet d’aménagement de cet espace. Confiants, ils vont régulièrement à la rencontre du Président du Conseil Départemental Denis Bouad et présentent, à la disposition du public, l’avancée de leurs travaux. Attentif à leurs propositions, le Président encourage ces représentants qui redoublent d’énergie. Il acquiesce volontiers sur leur manière de faire de la politique autrement, conforme à la Charte de concertation des citoyens de l’Agenda 21. Enthousiasmée par cette confiance inattendue et inespérée des autorités, cette belle équipe bénévole, créative et compétente, s’active avec passion, plan par plan, pour redonner vie et dynamique à ce parc naturel. Les idées foisonnent.

Dans l’euphorie créative du moment : Ils imaginent un espace voué à des projets de jardins partagés avec l’idée sous-jacente de développer un esprit citoyen, autour de l’écologie et de la gestion participative, une petite révolution en soi. Ils ont même envisagé de destiner une partie de ces aménagements à de l’activité pédagogique de plein air, à l’attention des scolaires de proximité.

La réflexion est poussée au point de prendre soin à la préservation de l’espace, et des écoulements naturels des eaux de pluie, liés au risque inondation. Avec l’accord moral et explicite du Conseil Départemental, les élus sont reconnus partenaires idéals, capables de financer une telle opération « d’initiative civique » au service de l’intérêt général.

Les bénévoles, persuadés que tout ira pour le mieux, sont fiers de leur projet collectif, enfin abouti. Ces créateurs y ont cru très fort , jusqu’à ce sombre, 20 décembre 2017, veille de Noël. Invités à rencontrer le Président, c’est un visage grave qu’ils découvrent dans son bureau. Oubliant le contrat moral, les liens patiemment tissés, empreints de confiance, Denis Bouad, sans autre considération, dit NON au projet. Aucune marge possible de concertation : c’est sa décision ! Froidement, mais sur la défensive, il parle d’audit, du parc au cœur de la ville comme d’un banal bien immobilier constructible voué au béton d’une opération immobilière de prestige.

C’est une marchandise comme une autre d’un tout petit 0,7 ha noyé dans les 4200 ha d’espace naturel du département. Une aubaine pour rentrer de l’argent, un argent que l’État ne veut plus donner. Tant pis si les citoyens en sont pour leurs frais. Le Président Bouad flanqué de sa fidèle majorité, est-il donc incapable de prendre ses responsabilités et de réclamer son dû à l’État ? Au comble de l’ironie, droit dans ses bottes, il désigne la municipalité de Nîmes, coupable de ne pas exercer son droit de préemption. Que de courage ? Ce n’est pas moi, c’est l’autre.

42 voix et 4 abstentions : à vendre

La sentence en séance plénière du 20 décembre 2017 : tous solidaires à l’image d’une garde rapprochée, les élus votèrent la vente du parc à une forte majorité de 42 voix et 4 timides abstentions. Pour ces derniers, à la méthode Coué, ils se persuadent ainsi de pouvoir préserver leur avenir politique. Pas un seul n’a eu le courage de faire barrage à cette privatisation. La sentence est tombée: « César, fils gardois de Jupiter, vient d’exercer sa démocratie royale. »

À la question : cette vente est-elle irréversible ? – « Si je recule au 1er bien, je ne vends rien » déclame-t-il. Comprenez, bon seigneur, qu’aux yeux de vos interlocuteurs, vous devriez fonctionner par délégation, en bon gestionnaire. Sachez que vous devriez compter sur l’immense mémoire collective de vos citoyens. Vous savez que votre élection est intimement liée à la confiance accordée par vos électeurs. Les Conseillers Départementaux PCF, alliés de toujours à cette majorité, s’en dédouanent par leur abstention. Mais les mêmes jurent dans un journal municipal nîmois tout le bien de cette initiative citoyenne pour la préservation de ce parc public si merveilleux.

Comme l’hypocrisie n’a ni bornes ni limites, voilà ces mêmes supposés alliés pris « la main dans le sac » à voter sans scrupule, le budget départemental. De fait, ils valident la recette de 2.5 à 4.5 millions d’euros de la vente du parc, au privé et voué au béton; genre de manœuvre qui se voulait discrète. Rien à quémander du côté de l’État, pourtant débiteur de la Collectivité. Pour des élus partisans du moindre effort, il est plus facile de vendre les « bijoux publics », persuadés que le bon peuple gardois, invisible, restera docile. Au bout du compte, pensent-ils, ledit peuple abdiquera.

Passé le temps du sentiment de trahison, pour toute cette énergie créatrice perdue, la belle équipe est surtout profondément déçue de ceux qu’elle croyait être des leurs. Fini l’abattement, elle relève la tête, résolument décidée à repartir au combat du droit et de la dignité, capable de défendre leur projet et protéger ainsi ce magnifique patrimoine public.

Yann Roubeau, Président du Comité de Quartier, encouragé par le soutien d’un large public et l’élan de solidarité de ses proches, conscient des enjeux, sollicite un recours gracieux auprès du Conseil Départemental. Invité à se présenter dans les meilleurs délais, la surprise est à son comble : devinez qui reçoit la délégation sur le perron ? – Le Président Bouad en personne.

Ce n’est pas moi, c’est l’autre

Dès les premières paroles de l’autorité, l’argument vient sur la table, signe d’aveu : « c’est une exigence de l’État que de réduire considérablement nos frais de fonctionnement. » Voilà la conclusion d’un Président responsable des deniers publics. Question : la vente un parc public, doit-elle servir à alimenter un budget de fonctionnement?

Puis, cumulant les maladresses, peu convaincant, il évoque alors, son deuxième cheval de bataille : « Les contraintes financières du Conseil Départemental justifient la vente du parc au profit de la construction d’un immeuble de bureaux« . Comment ses auditeurs peuvent-ils accepter un tel discours à géométrie variable, cumul d’autant de faux arguments ? Pourquoi n’évoque-t-il pas les recettes liées aux économies d’énergies et les loyers qui sont censés lui servir d’arguments ?

Sa démonstration en vrac ne tient pas, une façon dédaigneuse d’user de la patience de ses hôtes, de distraire le « petit » peuple, comme il aime si bien le considérer. Espérons qu’un jour, il n’ait pas à gérer les Arènes ou la Maison Carré.

À la sortie de la réunion, la mobilisation reste plus que jamais d’actualité. Leur objectif : « monsieur Bouad doit et peut renoncer à son projet de vente sans se déshonorer et il n’est pas trop tard pour renouer la confiance. » Sans plus attendre, leur volonté est d’organiser les prochains rendez-vous : – Assemblées Générales associatives – large information du public par les Mouvements sociaux – campagne de signatures par des pétitions et bien d’autres surprises qui vont occuper le paysage médiatique gardois. Le mot d’ordre décliné par les intéressés : « Le béton -NON-, OUI au parc public. Défendons notre projet écologique et citoyen. »