Ressourcer la Mairie par la démocratie, de Saillans à Aubais : « Si on l’a fait, vous êtes en mesure de le faire. »

Tout commence en 2014 à Saillans, village drômois de 1 300 âmes, où une liste citoyenne et participative a conquis la Mairie. Une seule chose diffère alors de toutes les autres listes citoyennes : la méthode et le programme. Le programme a été établi directement par les habitants et toutes les décisions y sont élaborées collectivement.

C’est cette histoire que présente Tristan Rechid, formateur en intervention sociale, ce samedi soir à Aubais. Et il donne le ton dès le début de la soirée : « ce soir, je vous raconte tout », « mon expérience et ma vérité dans cette expérience ». Il précise tout de même : « je ne suis pas élu à Saillans ».

L’histoire débute sous l’ancien Maire de Saillans, François Pegon (MoDem) – qu’il nommera juste François tout au long de la soirée -, caricaturé avec gourmandise comme un « autocrate », maître de la devise : « je suis élu, je décide ». L’élément déclencheur, lui, sera la volonté de l’élu MoDem d’implanter une grande enseigne par-delà les résistances de la population dans le village. S’ensuivront alors actions, puis victoire contre le projet. Et très vite l’ambition de présenter une liste « citoyenne », à quelque mois des municipales de 2014, pour qu’il ne soit pas réélu. Mais sans programme et sans candidats…

Ce sera alors l’occasion pour Tristan Rechid de présenter son constat sans appel : « nous ne vivons pas dans une démocratie », mais dans une « aristocratie élective », « nous ne sommes pas des citoyens, mais des électeurs et des contribuables ». Il faut, pour lui, réinjecter de la démocratie. Et ne lui parlez pas de démocratie participative : « il n’y a quoi de plus participatif que la démocratie ? C’est une tautologie. ».

Réunion Publique « La démocratie participative en action ! » à Aubais, le samedi 10 février 2018

S’ensuit alors la construction patiente, minutieuse, fiévreuse du projet, puis de la liste, avec en tête une idée : « arrêter de voter pour des gens qui ont un programme pour nous », le « boulot du politique est d’animer la vision collective des habitants ». Les citoyens de Saillans vont donc construire ensemble un programme, « sans organe de coordination pour faire la synthèse ». Ils finiront même par avoir une liste des 15 candidats. Arrive alors une problématique : comment choisir le Maire ? Le Maire sera désigné suite à une élection sans candidat. Ce sera finalement Vincent Beillard (divers gauche), celui qui « réunit les qualités pour la fonction ».

Une fois élu, le travail pouvait commencer autour de commissions thématiques animées par deux élues de cette « majorité citoyenne » et avec au cœur la volonté que les élus ne sont que mandatés par les citoyens pour prendre les décisions.
Depuis 2014, la commune a organisé plus de 350 réunions participatives avec des élus réduits au rôle d’animateur « qui ne donne jamais son point de vue », « comme si le Maire animait le conseil municipal », lâche provocateur l’intervenant, « ce serait fou » . À Saillans, « le Maire ne décide de rien, in fine son boulot c’est de rassembler ». Trois priorités animent cette Mairie d’un nouveau genre : participation, collégialité et transparence.

Réunion Publique « La démocratie participative en action ! » à Aubais, le samedi 10 février 2018

C’est ce qui permet à tous de participer à la vie de la commune. Trisan Rechid explique : « les clivages sont stupides au moins au niveau local ». Mais des oppositions demeurent dans le village : « on a des gens qui nous détestent », « on a un tiers de la population qui est en opposition très dure », mais « ils viennent quand même aux réunions ».

Au bout de quatre ans, près de 100 habitants continuent encore à participer régulièrement aux réunions, un chiffre élevé au regard de la population de la commune. Mais cette aventure démocratique ne s’arrête pas là. Tristan Rechid conclut : « j’ai l’intuition qu’il se passe de plus en plus de choses collectivement à Saillans ». Pour lui, « il faut lutter de manière constructive, mais lutter. » « Mettez-vous debout, face à la catastrophe annoncée ! ».

Sur les élections municipales de 2020 à Saillans, il répond honnêtement : « je n’en sais rien ». Il s’interroge : « est-ce qu’il y aura une nouvelle liste participative ? ». Mais, il évacue tout de même : « les résultats de 2020 ne diront rien de l’expérience participative, mais diront quelque chose de l’expérience de Saillans ».

Tristan Rechid veut étendre cette expérience démocratique avec le collectif « La Belle Démocratie » aux 36.000 municipalités françaises, pour 2020. Si le « projet est éminemment Politique et absolument a-partisan. La seule idéologie qui est défendue est celle de la participation citoyenne. ». « Si on l’a fait, vous êtes en mesure de le faire. ». L’ambition est raisonnable : « Pour faire système, il faudrait qu’une vingtaine de communes soient emportées et une ville moyenne, là on fait système. ».

Christian Mercier, l’un des co-présidents des « Survoltés », aimerait voir fleurir dans sa ville d’Aubais une initiative analogue, pour « montrer à tous, que les citoyens peuvent se réemparer de la vie municipale, qu’ils en ont la capacité. Et, que l’on peut trouver d’autres façons de mener la vie municipale, qu’il faut réapprendre, notamment pour permettre à tous de s’emparer de la chose publique. ». L’association les « Survoltés » est mobilisée pour la transition énergétique, l’éducation à l’environnement, et le mieux vivre ensemble. Elle a notamment initié à Aubais un projet de parc photovoltaïque financé via des fonds citoyens et sans emprunt bancaire. Une première en France.

La tournée 2018 « Le Temps des Gens, de Saillans à La Belle Démocratie », s’arrêtera dans l’Hérault, à Grabels, les 26-27 février puis à Bédarieux, les 28-29 février.