Immersion. Mardi après-midi 6 février 2018, le Pôle Emploi de Sète ouvre ses portes aux demandeurs d’emploi entre 14h30 et 16h30 pour son premier événement « Création ». J’y vais avec la curiosité du détective qui espère bien dresser le portrait-robot du créateur !

À mon arrivée dans le hall du bâtiment situé rue du Maréchal Juin, je croise Sébastien. Il accepte d’entamer la discussion avec moi bien que nous soyons debout et sans café ! C’est peut-être l’un des traits du créateur : il est ouvert, prêt à discuter de son projet, même si les conditions ne sont pas confortables. Sébastien habite Gigean. Il cherche à reprendre un salon de coiffure depuis presque deux ans. « Le plus difficile est de trouver la structure correspondant à mon budget. » Avec les revendeurs, la négociation n’est pas toujours évidente. « J’ai failli racheter un salon, la banque me suivait, mais c’était risqué ». Originaire de Saint-Jean de Védas, il regarde vers Montpellier, envisage aussi un emplacement dans un espace collectif. Le contact avec Crealead l’a intéressé : cette société accompagne les entrepreneurs dans la durée. Sébastien me confie qu’il ne veut plus être salarié, il en a marre d’être exploité, on lui en demandait toujours plus. Il veut être rémunéré à sa juste valeur.

Y a-t-il un profil du créateur ?

Je grimpe l’escalier jusqu’à l’étage de Pôle Emploi. Katerine Bariole est l’initiatrice et l’organisatrice de cet événement. Une fois obtenue, en direct, l’autorisation de la Directrice du Pôle, je pose ma question fil rouge : y a-t-il un profil du créateur ? « Il n’y a pas de profil, les projets sont divers. Il s’agit plutôt de créer son propre emploi dans des domaines tels que le commerce de proximité, ou lié à l’activité saisonnière et touristique ». Elle me présente les trois temps qui structurent l’événement : la rencontre entre les conseillers et les partenaires aidant à la construction des projets, puis la rencontre entre les demandeurs d’emploi et les partenaires et enfin un temps de présentation aux partenaires des outils web de création d’entreprise en ligne sur le site Internet de Pôle Emploi. « La mission de Pôle Emploi est d’informer et d’orienter les demandeurs d’emploi, d’agir sur les dispositifs de rémunération. Selon son profil, si la personne n’y a pas pensé, on peut lui proposer de créer son activité ». Elle conclut, l’objectif de l’événement est de rendre l’offre de services à la création plus cohérente et plus lisible. J’acquiesce. Il s’agit d’éclairer le dédale dans lequel peut se perdre le créateur novice.

Qui sont donc les partenaires présents, dont la mission est d’aider les porteurs de projets ? Il y en a quatre. Ils accompagnent le porteur de projet depuis l’idée :

  • La BGE (Boutique de Gestion des Entreprises),
  • La CCI (Chambre de Commerce et d’Industrie),
  • La Chambre des Métiers (pour les artisans),
  • Crealead une entreprise partagée par des co-entrepreneurs.

Et deux partenaires financiers aptes à desserrer les cordons de leurs bourses :

  • L’ADIE une association qui aide les créateurs les plus démunis grâce au micro-crédit.
  • Initiative Thau qui accorde des prêts sans intérêts et sans garantie.

Que fait Crealead ?

Je me dirige vers le stand Crealead où j’amorce la conversation avec Ingrid. Elle y travaille depuis six ans. Elle se présente comme entrepreneur salarié Conseil en stratégie marketing (logos et flyers…)Je lui repose ma question fil rouge : y a-t-il un profil du créateur ? « non il n’y a pas de profil, au départ la personne est en recherche d’emploi, elle a une idée de projet ». Il ne me reste plus qu’à lui demander ce que fait Crealead ? C’est une société anonyme qui prête son statut juridique à une personne qui veut se lancer. À chaque nouvel arrivant est associé un référent. L’entrant n’a pas d’argent à avancer au début, et ce pendant six mois. Au-delà, Crealead ressemble à une communauté. Les entrepreneurs deviennent le cas échéant clients les uns des autres, moyennant un tarif préférentiel. Des soirées de travail, décontractées réunissent les membres.

Transition de l’état de salarié à celui d’entrepreneur

Ingrid - Coopérative d'entrepreneurs, Crealead
Ingrid – Coopérative d’entrepreneurs, Crealead

Ingrid se dit plus épanouie que lorsqu’elle était salariée. Elle a développé la capacité d’être force de proposition, plus autonome dans les relations avec ses clients qu’elle ne l’était avec son ancien patron. Elle a dépassé une peur de la hiérarchie, inhibitrice, liée selon elle, à l’éducation. On peut rester au sein d’une entreprise avec un contrat à durée indéterminée. Le risque n’est-il pas de ne plus couper le cordon et de ne pas voler de ses propres ailes ? Je comprends que deux ans d’accompagnement minimum sont nécessaires pour effectuer la transition de l’état de salarié à celui d’entrepreneur.

Océane - Projet institut de beauté
Océane – Projet institut de beauté

À quelques pas, je rencontre Océane, passionnée par la beauté et l’esthétique, inscrite à la chambre des métiers. Esthéticienne sur le point d’ouvrir boutique à Frontignan. Elle allait s’installer chez elle où elle dispose d’une pièce libre, quand elle a découvert un institut à reprendre, doté de quatre cabines qui lui permettraient de recevoir ses futures clientes avec plus d’aisance. Je lui pose aussi ma question fil rouge. Elle me répond sans hésiter : « détermination et motivation ».

Fin de ma visite. J’ai esquissé les traits du Créateur masculin ou féminin. Ouvert, il parle volontiers de son projet, il souhaite être mieux rémunéré qu’en étant salarié, il est persévérant face aux obstacles dans le parcours inconnu qu’il emprunte, de soumis et parfois craintif il devient force de proposition ; à l’écoute des opportunités de son environnement, il est prêt à faire grandir son projet en cours de route. Ses qualités de base : motivation et détermination.