« Le pouvoir citoyen contre la pauvreté » est incarné par Oxfam. Plus que jamais l’ONG, poursuit son combat face à la crise sanitaire du coronavirus qui pourrait engendrer un « recul de dix ans dans la lutte contre la pauvreté » à l’échelle de la planète. 

Depuis 1988 Oxfam engage des campagnes de mobilisation citoyenne et de pression sur les responsables politiques et économiques : « la pauvreté n’est pas une fatalité, » mais la conséquence de choix politiques.

Construire le jour d’après

Plus de 500 millions de personnes supplémentaires basculeraient dans la pauvreté si des plans de soutien ne sont pas pensés et vite mis en oeuvre pour les pays les plus démunis, affirme l’ONG Oxfam.

Afrique du Nord, Afrique sub-saharienne, et Moyen-Orient pourraient voir un recul de 30 ans, dans la lutte contre la pauvreté. Et la moitié de la population mondiale reste menacée de tomber sous le seuil de pauvreté, après la pandémie. Mais sans systèmes de protection sociale, les pays les plus pauvres, et les populations défavorisées, dont les femmes, seraient gravement déséquilibrés.

Vers un nouveau modèle

Une simple question de volonté politique ? Changer et se diriger vers un nouveau modèle de société est-ce encore possible ? La claque dans la gueule que vient de prendre cette partie prétentieuse de la faune nommée humanité, suffira-t-elle à faire comprendre l’absolue nécessité d’harmonie avec la planète ? Redoutant l’obstination de la tête du troupeau, Oxfam prend les devants : « ensemble, construisons le jour d’après ! Défendons des mesures sociales, environnementales et féministes pour un monde plus juste, durable et solidaire. »

DTS et 1000 milliards de dollars

Anticiper l’avenir avec une augmentation minimum de 1000 milliards de dollars des droits de tirage spéciaux (DTS) du Fonds monétaire international. Et ainsi avoir les moyens réels de venir en aide aux pays les plus pauvres. À l’image des allocations de DTS de 2009 d’un montant de 182 milliards, allocations qui ont été déterminantes pour approvisionner les réserves officielles des pays membres et le système économique mondial en liquidités, sur fond de crise bancaire et financière à l’automne 2008. Le DTS est un actif de réserve international, créé en 1969 par le FMI.

Ajouter à cela, l’augmentation immédiate de l’aide publique au développement des pays donateurs, et notamment les membres du G20. La création d’impôts de solidarité d’urgence en taxant les produits financiers spéculatifs et les activités ayant un impact négatif sur l’environnement comme les bénéfices extraordinaires, et les plus grandes fortunes. Bref, pas grand-chose en somme pour gommer une souffrance hélas devenue ordinaire, mais qui désormais devient inacceptable, tant elle a détruit la nature même de l’individu, au profit d’une condition peu enviable de consommateurs béats, et de spéculateurs aveugles.

C’est le prix de la dignité pour Oxfam qui prévient qu’à défaut : « cette crise provoquera d’immenses souffrances du fait de l’exploitation des inégalités extrêmes entre personnes riches et pauvres, entre nations riches et pauvres, et entre hommes et femmes. » L’ONG présente un Plan de sauvetage économique universel à la hauteur de la crise. « Ce plan mobilise au moins 2 500 milliards de dollars pour lutter contre la pandémie, et empêcher un effondrement économique mondial. Il privilégie l’aide directe aux personnes, sous la forme de subventions en espèces pour toutes les personnes qui en ont besoin. Cela peut être financé moyennant la suspension immédiate du remboursement de la dette par les pays pauvres, alliée à une relance économique ponctuelle du FMI et de la BCE et à une augmentation de l’aide et de la fiscalité. »

Sortir de l’abstrait : « le virus va nous affamer avant de nous rendre malades. »

Oxfam a recueilli trois témoignages qui permettent de sortie de l’abstrait, et d’entrer dans le réel en pouvant s’identifier à ces trois situations :

Micah Olywangu est chauffeur de taxi à Nairobi. Il est père de trois enfants, dont un nourrisson né en décembre 2019, prénommé Precious. La fermeture de l’aéroport et l’effondrement du tourisme ont touché son activité de plein fouet. Tous les bars et les restaurants sont maintenant fermés et un couvre-feu a été imposé de 19 h 00 à 5 h 00. Il n’a rien touché depuis trois semaines. Son loyer était exigible le 30 mars, mais il n’a pas pu le payer. Pour le moment, son propriétaire se montre compréhensif, mais il ne sait pas pour combien de temps encore. Il se désole : « le virus va nous affamer avant de nous rendre malades. »
Mme Diane travaille depuis 43 ans comme serveuse dans un restaurant de Jackson, Mississippi. Elle a à sa charge son fils, son petit-fils et son arrière-petit-fils. Le restaurant qui l’emploie est fermé depuis début mars ; la fin de mois est arrivée et elle n’a perçu aucun salaire. Elle déclare : « nous sommes dévastés. Bon nombre d’entre nous sont à une mensualité près de se faire expulser et de se retrouver à la rue, privés de nourriture.»
Tarawati est une travailleuse domestique de 35 ans vivant dans le district Shri Nivas Puri (sud de Delhi). Elle a sept enfants. Son mari est cordonnier, mais il n’a pas gagné la moindre roupie depuis le début du confinement à Delhi à cause du coronavirus. Trois de ses enfants trient les déchets à des fins de récupération, mais eux aussi sont maintenant confinés à la maison. Sa famille est à court d’argent pour se nourrir. Elle est incapable de payer le loyer dû. Elle déplore : « ce virus est déjà en train de détruire nos vies. »

Le Plan de sauvetage économique universel proposé par Oxfam

(Document d’information médias Oxfam 9 avril 2020)

Mesures d’aide aux personnes et aux entreprises à mettre en place immédiatement :

  1. Accorder des subventions en espèces à tous ceux et toutes celles qui en ont besoin. Les pays doivent mettre l’accent sur une augmentation substantielle des prestations de protection sociale, fournir des subventions en espèces à grande échelle pour permettre aux populations de survivre et verser des allocations aux travailleuses et aux travailleurs afin de maintenir les entreprises à flot. 
  2. Renflouer les entreprises de manière responsable. La priorité doit être de soutenir les petites entreprises, qui sont les moins à même de faire face à la crise. Le renflouement des grandes entreprises doit être conditionné par des mesures visant à protéger les intérêts de la main-d’œuvre, des exploitant-e-s agricoles et des contribuables, ainsi qu’à bâtir un avenir durable.

Mesures requises pour financer cette aide :

  1. Suspendre et annuler les dettes. Tous les remboursements de dette des pays en développement doivent être suspendus pendant un an, et la dette doit être effacée dans les situations qui l’exigent.
  2. Utiliser la création monétaire. Pour les pays en développement en priorité, le FMI doit émettre 1 000 milliards de dollars de droits de tirage spéciaux (DTS) à titre de relance économique mondiale ponctuelle. Au niveau de la zone euro, la Banque centrale européenne devrait aussi utiliser l’option de l’argent hélicoptère pour faire face à la baisse de l’activité économique, soutenir les revenus des travailleurs et prévenir la déflation.
  3. Augmenter l’aide dès maintenant. Les pays riches doivent immédiatement augmenter l’aide destinée aux pays les plus pauvres, au moins à hauteur de leur engagement de 0,7 % du PIB, notamment en contribuant équitablement au Plan mondial d’intervention humanitaire – COVID-1911.
  4. Instituer des impôts de solidarité d’urgence. Il s’agit de mobiliser le plus de recettes possible en taxant les bénéfices extraordinaires, les plus grandes fortunes, les produits financiers spéculatifs et les activités ayant un impact négatif sur l’environnement.