Sauf mobilisation citoyenne forte, ou victoire de l’association « Eau bien commun » en appel, à Nîmes le supplice de l’eau risque de durer encore longtemps. Un châtiment qui serait à nouveau confié à la SAUR pour infliger tarifs et gaspillages inquiétants. Mais pour Yvan Lachaud, la gestion de l’eau n’est pas le cœur de métier de l’Agglo. Il a confiance dans la bonne gestion de la SAUR.

5 février 2018, une soirée étonnante pour les quelques Nîmois présents devant l’immeuble « Le Colisée », siège de l’Agglo de Nîmes. Tout le monde ne pouvait pas entrer pour assister aux 56 questions au programme du Conseil Communautaire, mais une seule était en lumière. Le renouvellement pour fin 2019 du contrat de l’eau et l’assainissement : public ou privé?

En citoyens démocrates, vingt à trente personnes se sont présentées devant la porte afin de s’asseoir dans l’espace public de la salle du Conseil. Quelle ne fut pas leur surprise de se voir refouler devant l’entrée au prétexte que la salle était pleine. Pourquoi une telle démonstration de forces?

L’écran de télévision dans le hall d’entrée diffusait en boucle, la promo de l’agglo. Bousculades, énervements et beaucoup d’irritations de ne pouvoir exercer une présence citoyenne. Une demande fut formulée de bénéficier au moins de la vision des débats. Réponse: la rediffusion est impossible aux motifs de difficultés techniques. Une démocratie à géométrie variable par des gens qui s’en prétendent à longueur de mandat.

Citoyens refoulés, ambiance :

Fin de soirée, la salle se vide, les élus d’opposition bénéficient de quelques petites minutes pour marquer leurs désaccords à la privatisation de l’eau et de l’assainissement. Ils argumentent largement tout le bien d’une gestion en Régie Publique Autonome, proposent un débat public et le retrait de la question: pourquoi se presser de conclure ?

Le Président LACHAUD, lui, veut en finir avec cette question embarrassante. Un regard furtif, ombrageux, aux applaudissements, il hoche les épaules, toisant cette réaction « incivile » comme négligeable. Pas question de remettre à plus tard cette délibération, pas question d’un débat citoyen considérant l’Assemblée majeure à prendre la décision, encore moins question d’un référendum.

Fermez le ban, le maître des lieux, en a décidé ainsi, imposant à la va-vite un vote où tout son parterre d’élus ruraux, tenus dans son camp à sa seule volonté, votent favorablement comme un seul homme, à l’exception courageuse d’une abstention féminine de son groupe. Les quelques élus d’opposition, bien au fond de la salle, perchés sur l’estrade, aux allures de mauvais élèves, sont presque invisibles. Même la parole, leur parole a du mal à s’affirmer. Ils votent contre ce déni insupportable de permettre l’expression du peuple. Si peu embarrassé, mais l’air satisfait d’avoir extirpé la bonne décision, le Président clame, son dernier mot: « c’est ça la démocratie », fier de représenter la République, fin de la partie.

Après quelques humeurs de réprobations légitimes du public et de militants affichant leurs mécontentements, déçus, mais pas abattus, et considérant que cet épisode n’est pas une fin en soi. Seul un peuple informé, citoyen de la cause à défendre, aura le dernier mot : celui de reprendre son bien commun et d’en maîtriser sa gestion.

Un combat mené par l’association « Eau Bien Commun Gard«  qui agit en dehors de tout parti politique. L’un de ses membres : Sébastien Berthaut-Clarac est conscient des effets de manche de l’Agglo. L’annonce d’une baisse de 5%, ne représente rien, juste le prix d’une communication feel good pour faire oublier qu’à Nîmes, le mètre cube d’eau coûte 1€ de plus comparé à Montpellier (Nîmes : 2,12 € VS 1€ à Montpellier). « Eau Bien Commun Gard »  a attaqué sur la caducité de la DSP. Elle a perdu en première instance. Mais il sera intéressant, voire essentiel de la suivre, car elle a fait appel et le jugement risque d’être rendu cette année. Avec pour effet que la SAUR ne serait plus légitime pour réclamer le paiement aux usagers.

Pour La France insoumise, c’est une promesse de campagne et les militants s’inquiètent aujourd’hui du gaspillage, des conséquences sur l’environnement et des tarifs presque « frauduleux ». Karine Voinchet, militante de la France Insoumise, résume très bien les enjeux d’une gestion de l’eau qui selon elle, se doit de devenir une gestion citoyenne.

Interview de Karine Voinchet :