Lunel et le Chaudron français de Jean-Michel Décugis et Marc Leplongeon

Pourquoi Lunel est-elle devenue, la ville française dont la plus importante proportion de population est partie faire le djihad en Syrie ?

chaudron_francaisCet ouvrage de deux journalistes spécialisés dans les questions de police et de justice, dont un est originaire de Lunel, donne des indications pour tenter de répondre à cette question.

Au-delà d’une introduction calibrée pour attirer un lectorat de droite, ce livre propose une enquête poussée sur les principaux protagonistes de cette migration politique.
C’est un recueil journalistique d’entretiens, description de faits anciens ou non, de souvenirs, d’interviews des proches des djihadistes et des édiles locaux…
L’ouvrage
présente au final assez peu de parti pris, et ne propose pas de coupables idéaux.

Ce qui plaira, c’est avant tout la mise en contexte, cette mise en exergue des particularismes locaux, la petite Camargue et son histoire, sa culture ancienne et récente, en somme un portrait au vitriol de cette ville moyenne de 25 000 habitants située en zone gendarmerie.
Une impression se dégage alors : Lunel a été pointée du doigt, c’est un fait, mais des faits similaires sont arrivés ailleurs. Q
uelle région française a été épargnée par le départ de djihadistes ? Aucune.

Les ingrédients du « chaudron français »

Les ingrédients de ce chaudron – reflet obscur et hexagonal du melting-pot (creuset) américain rêvé d’Israël Zangwill – existent avec plus ou moins d’intensité dans beaucoup d’autres territoires :

  • une situation économique mauvaise et un chômage important
  • un quartier en déshérence avec toxicomanie et  trafic
  • une religion (à tendance radicale) qui remplace petit à petit la délinquance, et des autorités locales qui encouragent ce mouvement, y voyant naïvement un retour à la paix sociale
  • une ambiance raciste ancienne, accentuée par le retour des rapatriés et qui pousse les racisés vers le communautarisme
  • un absence d’intérêt sur ce qui se passe à la mosquée de Lunel
  • la mairie est pointée du doigt à juste raison. On comprendra tout de même que ce sont les services de l’État qui ont été particulièrement défaillants du début à la fin de cette affaire. C’est ce dernier point qui éclaire pourquoi Lunel n’est pas le seul territoire touché.

Et le résultat est dramatique, surtout pour ces familles qui ne comprennent toujours pas pourquoi leurs jeunes ont pu choisir cette vie et pour beaucoup la mort en Syrie. Sur ce point l’ouvrage présente les magnifiques lettres d’un père à son fils ; elles aideront peut-être d’autres familles à éviter le drame que cette famille a vécu.

Un livre à mettre entre toutes les mains, il éclaire les événements lunellois et leurs impacts sur les familles touchées. Il faut espérer que ce qui s’est passé à Lunel et ailleurs serve de leçon, il est urgent de soigner les blessures de Marianne, pour éviter que d’autres drames se reproduisent.