Montpellier : Lewis Chambard est coupable d’avoir décroché le portrait de Macron… mais il est dispensé de peine ! C’était le 15 juillet 2019, Lewis Chambard, entouré d’une quinzaine d’amis militants héraultais, décrochait lui-même le portrait du Président de la République, Emmanuel Macron présent dans l’exigüe salle des mariages de la mairie d’Assas, petit village rural de l’Hérault. Était-ce un cri du cœur ? Un coup de folie isolé d’un enragé ? Une lueur d’espoir pour réveiller les consciences citoyennes ? Un vol caractérisé ? Retour sur une affaire qui accouche d’une dispense de peine ! 

Absolument rocambolesque ! L’affaire en elle-même, comme la journée d’audience, comme le verdict… Tout ce qui concerne de près ou de loin l’affaire du «décrochage du portrait du Président » est sinon inédit, à tout le moins déconcertant ! Cette journée de procès du 10 novembre l’a également été.

Dès les premières heures de la journée, il arrive, accompagné de son avocat et de quelques proches, aux abords du Tribunal de Grande Instance de Montpellier. Souriant, malgré le masque, baskets blanches, jean banal, Lewis Chambard est assez surpris de découvrir une centaine de proches, amis, collègues, militants qui l’attendent et qui veulent le soutenir dans cette journée d’audience. Certains sont même venus du Lot-et-Garonne pour le soutenir !

Lewis Chambard, un dangereux criminel ?

Pas vraiment. Pourtant, lui garde un souvenir marquant de son interpellation. Au procès, debout face à sa juge, il en fait un résumé minutieux. « Je dormais tranquillement. Puis j’ai été brutalement réveillé par une armada de gendarmes. Ils sont tous venus chez moi dès 7h du matin. Ils étaient lourdement armés. Ils ont saisi mes ordinateurs et mes photos, puis ils m’ont emmené avec eux ».

Des faits aussi, il en a un parfait souvenir. Tout. Il assume tout. Le motif de l’action, la préparation, l’arrivée en nombre dans la mairie, le décrochage et le vol du portrait présidentiel. Le vol ? Quel Vol ? « On a fait une réquisition. On est arrivés à plusieurs là-bas, mais nous avons fait une réquisition du portrait. On l’a emmené, mais on ne l’a pas jeté. On le rendra, si et seulement si, l’actuel gouvernement respecte enfin les accords de la COP 21 à Paris ».

Questionné par la Présidente du Tribunal, le jeune homme se défend d’être un délinquant en puissance. « On voulait faire un geste absolument pas violent, surtout symbolique, mais avec un fort retentissement médiatique », plaide le militant héraultais.

Sur ce point précis, il n’y a qu’à voir le nombre pléthorique de journalistes présents encore ce jour à l’audience, pour aisément comprendre que Lewis Chambard a réussi son coup !

« Je réclame 4000 euros de Dommages et intérêts », a demandé, pour sa part, le maire âgé d’Assas mettant en avant le « traumatisme vécu par (sa) courageuse secrétaire de mairie ». L’édile assure à ce sujet qu’ « elle est toujours très fortement marquée par ces faits à ce jour », sans convaincre grand monde.

À ce jour, le fameux portrait existe toujours, mais impossible de savoir où il est. La seule chose que fera savoir le comité de soutien du jeune homme, c’est qu’il « est ce matin en lieu sûr et que personne ne la brûlé ni détruit. On le rendra, mais la presse sait déjà très bien, à quelles conditions. » 

Une plaidoirie aussi longue que convaincante pour la défense de Lewis Chambard.

Au terme d’un réquisitoire aussi court qu’insipide, entonné sans la moindre once de conviction ni de motivation dans la voix et la gestuelle, la substitut du procureur a requis une amende de 300 euros à l’encontre de Lewis Chambard. Il suffisait de voir son visage, soulagé presque débarrassé, pour comprendre le manque total de volonté que la magistrate a mis dans le suivi de cette audience, devant le tribunal correctionnel de Montpellier.

Assis à quelques mètres de là, l’expérimenté avocat montpelliérain, Me Alain Ottan n’en a pas loupé une miette. Et lorsqu’il se lève pour plaider la cause, loin d’être perdue, de son jeune client, il sait ce qu’il va plaider : la relaxe. Et pour y parvenir, il prend le temps et ne laisse passer aucun détail de l’histoire.

« On passe de 10€, en gros le coût du cadre photo, à 4000 euros de Dommages et intérêts. Le coût du cadre n’est pas contesté par mon client, mais le coup des dommages et intérêts… J’aurai tout entendu dans ma carrière » entame, déterminé, le juriste.

« J’ai à plaider devant vous, une affaire vraiment pas banale cet après-midi. Il ne s’agit pas d’un vol, mais d’une action assumée de désobéissance civile », relève l’avocat, ajoutant immédiatement que celle-ci a été commise par un « groupement de personnes plutôt jeunes et vraiment pas violentes ».

« Dans ce dossier, clairement, la relaxe s’impose. Je ne vois aucune autre décision possible », assène Me Ottan. Après avoir minutieusement vérifié par lui-même ces derniers jours, Code Pénal et Constitution à l’appui, le juriste l’assure « le Portrait Présidentiel ne fait pas partie des symboles de la République, à l’inverse de l’hymne national, notamment ».

Ensuite, l’avocat l’assure : « il n’esquive pas, surtout pas le débat de fond inhérent à cette affaire judiciaire ». Dès cet instant, Alain Ottan se lance dans un long monologue, citant successivement plusieurs rapports scientifiques venus du monde entier qui insistent tous unanimement sur la situation grave, presque irrémédiable de la planète avec notamment la fonte du permafrost et la hausse constante des températures, partout sur le globe terrestre.

Sous le regard d’une présidente relativement concentrée, le juriste montpelliérain poursuit sa plaidoirie. Méthodique et plus terre à terre, il insiste sur les deux récentes relaxes pour des faits similaires à Auch et Lyon ces dernières semaines. « Dans l’un des cas, votre collègue magistrat rhodanien a retenu la liberté d’expression pour relaxer le jeune Rhône alpin poursuivi », a lancé Me Ottan, les yeux dans les yeux avec la magistrate héraultaise.

« Le monde va se transformer en fournaise généralisée. La représentation souveraine du peuple français est clairement en panne. Lewis Chambard pose, par son acte, son désaccord et il en fait un acte public, sincère, symbolique et surtout non violent. La désobéissance civile constitue désormais le curseur de nos égoïsmes au quotidien », a poursuivi l’avocat avant de conclure que « pour Lewis, comme pour les autres militants de la même cause, la relaxe sera synonyme d’espoir. Il serait fort maladroit de le priver de ce signal d’espoir. »

Après 100 minutes de délibéré pour quatre affaires pénales, dont celle de Lewis Chambard, ce dernier a été condamné, mais dispensé de peine. Il doit dès les prochaines semaines payer 1 euro de dommages et intérêts à la secrétaire de mairie, et près de 40 euros pour rembourser le cadre et la photo d’Emmanuel Macron. À la lueur de l’éclairage public, ce 10 novembre, Lewis Chambard rejoignait peu avant 19h la trentaine de militants et sympathisants écologistes, alter-mondialistes qui ont passé la journée dehors, à le soutenir aux abords du tribunal, toujours dans une ambiance bon enfant. Il reconnaît « être partagé, surpris » à l’énoncé du verdict. Décidément, de bout en bout, cette journée aura été en tous points rocambolesque !

Interview Lewis Chambard avant son procès : « un peu stressé, mais content de pouvoir défendre nos revendications à la barre » :