Le ministre de la Santé a signé le 7 octobre le décret permettant de lancer l’expérimentation du cannabis médical qui démarrera fin mars 2021. Elle concernera 3.000 patients souffrant de maladies graves.

Pascal Douek
Pascal Douek, médecin, patient, expert et membre du comité scientifique cannabis médical

Rencontre avec Pascal Douek, médecin, patient, expert et membre du comité scientifique cannabis médical 2018–2019 et auteur du livre « Le cannabis médical, une nouvelle chance » sorti aux éditions Solar le 10 septembre 2020.

Pourquoi êtes-vous favorable au cannabis médical ?

De nombreux patients rapportent une amélioration remarquable de leurs symptômes avec l’usage du cannabis. Ils ont pu grâce au cannabis réduire leurs traitements médicamenteux et retrouver une nouvelle qualité de vie.

Pour ces patients qui ont tenté l’usage du cannabis à usage médical, ils vivent avec le poids de l’illégalité et le risque d’une procédure, d’une amende et d’une saisie.

Je suis favorable au cannabis médical, car beaucoup de patients souffrent et ne sont pas soulagés par les traitements existants. De plus, pour ceux qui ont pris l’initiative de consommer du cannabis à usage médical, ils prennent des risques judiciaires. L’expérimentation va permettre aux patients qui seront inclus de les soulager et de les sortir de l’illégalité.

Quelles sont les pathologies susceptibles d’amener les patients à recourir au cannabis médical ?

En France l’expérimentation du cannabis médical a été définie pour 5 situations, situations qui ont été retenues en raison du niveau de preuves scientifiques :

  • Les douleurs neuropathiques réfractaires aux traitements existants
  • Certaines épilepsies sévères de l’enfant résistantes aux traitements médicamenteux
  • Les effets secondaires des chimiothérapies anticancéreuses comme les nausées, vomissements et perte d’appétit
  • La spasticité douloureuse de la sclérose en plaques
  • Les soins palliatifs

Mais d’autres pathologies sont autorisées dans d’autres pays comme :

  • Les maladies inflammatoires chroniques intestinales (maladie de Crohn, Rectocolite hémorragique)
  • La maladie de Parkinson
  • Le glaucome
  • Les addictions à l’alcool et aux opiacés

Comment avez-vous découvert l’usage médical du cannabis ?

Je suis atteint d’une sclérose en plaques et pour cette raison, je me suis engagé depuis plusieurs années auprès d’associations de patients. C’est dans ce cadre que j’ai été contacté en 2018 par l’agence du médicament pour rejoindre le comité scientifique cannabis médical, en tant que représentant des patients atteints de sclérose en plaques.

Dans ce contexte, j’ai été amené à interviewer des malades utilisateurs de cannabis pour évaluer ses bénéfices sur les symptômes de la maladie et pour comprendre où et comment ils s’en procuraient.

Durant nos travaux avec le comité scientifique nous avons auditionné l’ensemble des parties prenantes : associations de patients et d’usagers du cannabis médical, sociétés savantes médicales, pays ayant autorisé le cannabis médical et producteurs de cannabis médical.

J’ai pris conscience de la réalité du soulagement que le cannabis pouvait apporter à de nombreux patients et dans de nombreuses pathologies.

Quels sont les freins autour de ce sujet ?

Ils sont encore nombreux. Les politiques tout d’abord qui n’arrivent pas toujours à bien distinguer le cannabis médical du cannabis récréatif. Pour eux, l’autorisation du cannabis médical ouvre la porte à la légalisation du cannabis récréatif.

Cette situation est actuellement majorée par la politique répressive que veut mener le ministre de l’Intérieur. Il a déclenché la guerre contre le cannabis. Et dans cannabis médical, il y a cannabis.

Certains professionnels de santé sont restés avec l’image du cannabis comme drogue addictive avec de nombreux effets secondaires. C’était en effet l’image qui avait été donnée pendant la période de prohibition du cannabis (années 1930 à 1970). Depuis les nombreux rapports réalisés sur les stupéfiants ont montré que le cannabis était la drogue la moins addictive et la moins toxique.

Elle reste néanmoins une drogue et son usage doit prendre en considération la balance-bénéfice risque. Pour des malades qui ont des pathologies sévères et qui souffrent de symptômes importants le cannabis présente un bénéfice risque favorable.

Dans quelle mesure est-il possible de se procurer du cannabis en France à des fins médicales ?

Aujourd’hui se procurer du cannabis à des fins médicales est un parcours du combattant. L’usage du cannabis médical étant illégal les malades doivent prendre des risques.

Ils peuvent s’adresser au marché noir, mais les variétés qui sont proposées sont très riches en THC et peu adaptées à un usage médical.

Ils peuvent se fournir auprès de pays qui ont autorisé le cannabis médical. C’est généralement compliqué et couteux, mais les variétés proposées sont en revanche de très haute qualité et adaptées au cannabis médical.

Enfin, ils peuvent faire de l’autoculture en choisissant des variétés connues pour leur effet médical.

Comment les tribunaux jugent-ils l’usage médical ?

C’est assez variable selon les tribunaux. Dans tous les cas, il y a saisie du cannabis et en fonction des quantités, soit une amende de 200 euros est appliquée immédiatement, soit une procédure est lancée. Dans ce cas les malades risquent jusqu’à un an de prison et 3.750 euros d’amende. L’avis du juge est variable selon les tribunaux, mais on constate de plus en plus de relaxes.

En quoi consiste l’expérimentation du cannabis médical qui devrait commencer fin mars 2021 ?

L’expérimentation en France qui démarrera au plus tard en mars 2021 a retenu 5 situations cliniques : les douleurs neuropathiques, les crises d’épilepsie sévères, la spasticité douloureuse de la sclérose en plaques, les effets secondaires des chimiothérapies anticancéreuses et les soins palliatifs.

Elle s’adressera à 3000 patients, insuffisamment soulagés par les traitements existants. Les patients éligibles seront sélectionnés et inclus dans l’expérimentation par les centres de références des différentes maladies retenus.

Les produits seront délivrés dans les pharmacies hospitalières, voire dans certaines officines de ville qui se seront portées volontaires. Seuls les professionnels de santé volontaires pour participer à l’expérimentation seront habilités à prescrire ou à délivrer du cannabis médical. Ils auront été préalablement formés par e-learning.

Concernant les modes d’administration, la forme fumée (cigarette, joint) est exclue en raison de ses risques pulmonaires et cardiovasculaires. Seront utilisées les formes vaporisées (fleurs séchées utilisées avec un vaporizer), les huiles utilisées en sublingual et les gélules. 4 à 5 variétés différentes seront disponibles permettant aux médecins de soulager différents symptômes.

Cette expérimentation n’est-elle pas un 1er pas vers la législation du cannabis récréatif ?

Non surtout pas. Elle vise seulement à permettre à un certain nombre de malades d’être soulagés et c’est essentiel. Par contre, on peut espérer après l’expérimentation que l’autorisation soit élargie à un plus grand nombre de patients et de maladies. Nous en saurons plus en 2022.

Le cannabis médical, Dr Pascal Douek
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