[VIDEO] Michaël Delafosse : « je n’accepte pas l’idée de l’impuissance en politique »

Discours incontournable du premier conseil municipal, que Michaël Delafosse a voulu comme une démonstration de force, du rythme politique qu’il va installer, et qu’il s’est déjà imposé en seulement une semaine, depuis son élection du 28 juin dernier.

Un début de mandat tout en cohérence, Michaël Delafosse explique : « je ne me résoudrai jamais à l’immobilisme , je n’accepte pas l’idée de l’impuissance en politique. » Et face aux enjeux du changement climatique, le nouveau maire de Montpellier précise : « je vous l’affirme avec force, à Montpellier nous devons faire plus, nous devons innover, nous devons oser, nous devons inventer…« 

[VIDEO] Interview avec Michaël Delafosse, maire de Montpellier : 

[VIDEO] Extrait du discours de Michaël Delafosse, le 4 juillet 2020 à Montpellier : 

Texte intégral du Discours du 62e maire de Montpellier :

Discours de Michaël Delafosse lors de l’élection du Maire de Montpellier le 4 juillet 2020

Seul le prononcé fait foi. 

Mesdames, messieurs,

Dimanche 28 juin, les Montpelliéraines et les Montpelliérains ont décidé de nous confier la responsabilité des affaires publiques pour les six prochaines années.

C’est à eux que je souhaite m’adresser tout d’abord, afin de les remercier pour cette confiance qui m’honore, me touche et dès maintenant m’oblige, nous oblige.

Tout au long de ces derniers mois, je vous ai rencontrés, j’ai discuté avec vous, vous m’avez interpellé, parfois avec fougue, beaucoup avec espoir et enthousiasme, certains avec colère.

Nous avons bâti ensemble un projet, solidaire, écologique, laïque et innovant, un projet à la hauteur de vos attentes, de vos espoirs, à la hauteur des défis qui attendent Montpellier : nous ne vous décevrons pas !

C’est avec gravité et espérance que je prends aujourd’hui mes fonctions de Maire de la ville de Montpellier. 

Mesdames et Messieurs les élus, mes chers collègues, je vous remercie pour votre confiance.

Aux élus de Montpellier Unie, mes remerciements les plus chaleureux et reconnaissants pour cette campagne, ces efforts, cette générosité souriante qui fut le beau visage de la démocratie.

Aux élus de l’opposition, j’adresse un salut républicain et mes félicitations.

Avec gravité et espérance, disais-je.

Gravité, sérieux et sens des responsabilités, car je sais la tâche immense.

Nos sociétés sont confrontées depuis trop longtemps à des crises auxquelles nous n’avons pas encore su collectivement répondre.

Trop de femmes et d’hommes se sentent aujourd’hui abandonnés par celles et ceux qui ont la charge des affaires publiques et se détournent de notre vie démocratique.

La crise démocratique est profonde, elle divise, elle sépare, elle isole encore un peu plus celles et ceux qui ont justement le plus besoin d’aide.

Elle exige de nous que nous soyons exemplaires.

Pour cela, je m’engage et j’engage mon équipe à répondre à un certain nombre d’obligations :

  • L’obligation de tenir nos engagements, ceux pour lesquels nous avons été élus et qui correspondent aux attentes de nos concitoyens. J’y reviendrai.
  • L’obligation d’exemplarité : je serai un Maire intransigeant sur la question de l’exemplarité ! Cette exemplarité s’applique à tous : élus et agents de la collectivité.

Elle s’incarne dans quelques grands principes :

  • la probité morale et la rigueur, l’honnêteté intellectuelle face à la vérité. Permettez-moi ici de faire retentir la célèbre parole de Jean Jaurès : « Le courage, c’est de chercher la vérité, et de la dire. ».
  • l’écoute et l’attention dues à nos concitoyens, aux acteurs du territoire, à nos partenaires.
  • la bienveillance, le respect de l’autre et l’abnégation.

L’exemple doit venir d’ici : je serai un maire de dialogue, et non pas un maire de conflit.

Toutes les sensibilités politiques représentées dans ce conseil municipal sont assurées de mon écoute respectueuse, tant qu’elles œuvreront en vue du bien commun. Mais je leur demande en retour la même qualité d’écoute et le même respect des personnes et des idées.

  • L’obligation d’innover : c’est dans notre capacité collective à inventer, à ouvrir de nouveaux chemins – à l’image de ces pèlerins du 11e siècle qui tracèrent le camin(e) romieu, ce « chemin des hommes à pied », pour reprendre l’heureuse formule de l’écrivain Gaston Baissette, chemin sans lequel jamais Montpellier n’aurait connu une éclosion aussi rapide et décisive.

Ces trois obligations, nous y répondrons.

Je sais pouvoir compter sur l’engagement de toutes les femmes et les hommes qui travaillent ici, dans les services et directions de la mairie, avec désintéressement et sens du service public.

C’est en agissant ainsi et selon ces principes que nous serons dignes du mandat qui nous est confié par le suffrage universel, de la confiance des Montpelliéraines et Montpelliérains.

Avec gravité et avec espérance, donc.

Avec espérance, « Car dans l’homme jamais l’espérance n’est vaine » ainsi que le clamait déjà Victor Hugo dans un alexandrin inoubliable.

Avec espérance et confiance dans les ressources immenses de cette ville, dans toutes ces forces, idées, initiatives, volontés que nous allons dès maintenant accompagner, que nous allons dès maintenant mettre en mouvement, auxquelles nous allons offrir des conditions de réalisation et d’épanouissement.

Durant toute la campagne, nous avons fait appel à l’humanisme des Montpelliéraines et Montpelliérains, alors que d’autres, peu nombreux heureusement, ont pris des chemins éloignés de la dignité. Il en est ainsi. Lorsque l’on fait appel à l’intelligence, l’intelligence répond.

C’est ensemble, en mettant en action ces trésors de volonté et d’engagement citoyen, que nous allons rebâtir une ville apaisée et active.

Une ville écologique et innovante. Innovante parce qu’écologique, écologique parce qu’innovante. L’un ne peut aller sans l’autre.

Une ville plus sûre également, où il fera bon vivre, une ville douce,

Une ville qui sait prendre soin de tous, une ville pleinement consciente des fragilités qui atteignent certaines et certains d’entre nous et qui leur apporte aide et soutien.

Une ville qui protège, une ville républicaine, laïque et fraternelle, qui garantit l’égalité des chances et des droits.

Cette ville de l’intelligence et du soin que j’appelle de mes vœux a des fondations solides et anciennes : en premier lieu son Université, lieu de transmission des savoirs et des connaissances, lieu de recherche, lieu de formation des jeunes esprits et des futurs acteurs de notre ville.

C’est à Montpellier, au début de cette histoire millénaire et quelques temps après Salerne en Italie, que la médecine hippocratique fut enseignée, transmise, appliquée.

C’est dans cette ville, que des femmes et des hommes de science travaillent au sein de leurs laboratoires et centres de recherches, en dialogue avec des chercheurs du monde entier, pour accroître notre connaissance commune du monde, du vivant, de l’humain, et améliorer nos conditions de vie, et les conditions d’existence de notre environnement et des différentes formes du vivant.

La crise sanitaire que nous traversons nous a rappelé l’impérieuse nécessité de soutenir ce monde de la recherche, ces acteurs de la santé et du soin, qui manquent cruellement de moyens.

Chercheurs, enseignants, soignants et praticiens trouveront toujours en moi un partenaire très attentif et très volontaire.

Qu’il me soit permis, avant d’en revenir au présent, de citer une seconde fois Gaston Baissette et son Pays de Montpellier : « … par-delà les classes et les castes, il y avait dans toute la population un comportement commun, qui était fait de bonhomie, de curiosité, de goût du savoir, du bien parler et du bien vivre, d’un élan vers le mieux d’où qu’il vienne, et qui était en un mot : la tolérance. »

Vous connaissez mon attachement à la culture, et aux mille et une formes artistiques à travers lesquelles elle s’incarne.

L’art et la culture, ainsi que l’éducation, sont de puissants moyens d’émancipation, individuelle et collective.

Les créateurs ont besoin du soutien résolu de la ville, ils le trouveront.

Les acteurs si engagés du sport dans nos quartiers trouveront en moi un défenseur résolu. Je sais à quel point ils sont précieux.

Nos grands clubs portent avec tant de passion les couleurs de Montpellier. Je serai leur premier supporter. 

Leur rôle est à mes yeux essentiel dans la réussite du projet que je porte pour une ville apaisée, protectrice et tolérante.

Montpellier doit être juste. Nous aurons le même engagement pour tous les quartiers, nous veillerons au cadre de vie de chacun.

Nous savons tous que c’est des territoires que viendront les solutions à la menace que représente le réchauffement climatique.

Et si tout le monde s’accorde à dire que les villes doivent prendre leur juste part dans ce combat, je vous l’affirme avec force, à Montpellier, nous devons faire plus, nous devons innover, nous devons oser, nous devons inventer.

Nous serons la première Métropole de France à porter la gratuité des transports publics. Une grande mesure à la fois sociale et écologique. Ces combats sont indissociables.

Ces quelques mots représentent peut-être aux yeux de certains une utopie dont ils se moqueront. À mes yeux, ils dessinent une espérance, et un horizon vers lequel se diriger avec conviction et courage.

Cet horizon, nous ne l’atteindrons que si nous sommes également en mesure de travailler, en intelligence et concertation, avec l’ensemble des acteurs du monde économique.

Dès maintenant, il nous faut être à l’écoute des femmes et des hommes qui entreprennent, et qui entreprennent durablement.

Celles et ceux qui vont nous aider, par leurs initiatives, leurs idées, leurs forces de travail et d’innovation, à répondre à l’urgence écologique et climatique.

Celles et ceux qui nous aideront à répondre à l’urgence sociale et économique.

Sans eux, nous ne pourrons pas dessiner un avenir viable, sans eux nous ne pourrons pas lutter contre la pauvreté et le déclassement.

Entrepreneurs, artisans, professions libérales, commerçants : tous ont traversé ces derniers mois dans l’inquiétude et doivent faire face aujourd’hui à de grandes difficultés.

J’ai été pour eux un candidat à l’écoute et attentif. Je serai pour eux un Maire actif, présent à leurs côtés, résolu et volontaire.

« Lorsque deux forces sont jointes, leur efficacité est double » : l’accord que nous avons passé avec Europe Écologie les Verts aura admirablement illustré, ces dernières semaines, cette loi jadis proférée par Isaac Newton.

C’est ainsi que je souhaite, dans l’intérêt de Montpellier et de ses habitants, renouer avec un régime de coopération avec nos partenaires, essentiels, que sont la Région et le Département.

Je salue les services de l’État si dévoués. Tous ceux qui œuvrent pour l’éducation, la solidarité, la sécurité, la santé. J’espère aussi pouvoir compter sur l’engagement des parlementaires pour Montpellier. Nous devons être ensemble. Isolés, nous ne pouvons rien.

Le dialogue sera désormais apaisé et constructif, et mon action sera uniquement conduite par l’intérêt des Montpelliéraines et des Montpelliérains.

Respect mutuel, prise en compte du réel et recherche du bien commun seront également les principes qui orienteront nos relations avec l’ensemble des communes de la Métropole de Montpellier, et avec celles des intercommunalités voisines.

J’ai parlé de gravité et d’espérance, il me faut maintenant, pour conclure, parler de reconnaissance.

Comme la majorité de nos concitoyens, je ne suis pas né à Montpellier. Cette ville m’a offert, depuis mon arrivée en 1990, des joies sans nombre, des conditions idéales pour me réaliser dans ma vie personnelle, dans ma vie de professeur, dans mes engagements militants, syndicaux et politiques.

Il a d’ailleurs été de bon ton, durant cette campagne, de railler ma fidélité à l’idéal socialiste et d’abord au mot même de socialisme.

Dois-je rappeler ici ce que nous devons tous à cet idéal, dois-je ici rappeler ce que nous devons à tant de femmes et d’hommes qui se sont engagés, sous ce nom, pour le progrès ?

« Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots » disait Jaurès. Eh bien moi, je m’attache à changer les choses !

C’est en fidélité à l’idéal d’universalité et d’égalité que je m’attacherai à être le Maire de toutes les Montpelliéraines et de tous les Montpelliérains, dans le respect des différences et des convictions de chacun, et dans le respect de l’unité républicaine.

C’est ici, à Montpellier, que j’ai rencontré Anne-Lise, mon épouse : sans son amour et sa patience, sans l’amour et la joie de mes deux garçons nés ici à Montpellier, Hugo et Hadrien, je ne serai pas l’homme que je suis. J’ai aujourd’hui pour eux une immense pensée d’amour et de reconnaissance.

J’aime Montpellier. J’aime « ces ruelles tortueuses et fort pierreuses » dont parle Paul Valéry, sa « vieille ville » et son « antique jardin », ses faubourgs, l’infinie diversité et la grande richesse humaine qu’offrent tous ses quartiers.

J’aime sa lumière, son dynamisme et son ouverture d’esprit, qui permettent à ses nouveaux habitants de s’y épanouir. Cette tradition de l’accueil est assurément une des plus attachantes facettes de Montpellier.

Mais c’est parce que j’aime Montpellier, que je la parcours sans cesse, à vélo, à pied, en tramway, que je suis aussi conscient des difficultés quotidiennes que ses habitants rencontrent, en termes de pollution, de dégradation du cadre de vie, de sécurité, d’incivilité…

Je ne me résoudrai jamais à l’immobilisme. Je n’accepte pas l’idée de l’impuissance en politique.

À tous ceux qui sont engagés dans les déplacements doux, parce que je suis cycliste, je leur dis, nous ferons non seulement plus, mais certainement mieux.

Il est temps de mettre Montpellier sur le chemin de la transition écologique.

Je m’engage, pour les six prochaines années, à faire de Montpellier la ville écologique et solidaire. Nous n’aurons ni repos ni répit.

Nous mobiliserons toutes les citoyennes et tous les citoyens.

Montpellier mérite le meilleur.