À Nîmes, les gilets jaunes sont dans les starting-blocks. Rencontre avec Morgan l’un des organisateurs qui explique: « on ne tolérera aucun parti politique ce jour-là, » et il précise : « tant que nous n’avons pas de réponse officielle du gouvernement, on ne bouge pas, cela peut durer, un jour, trois jours, une semaine. »

Valérie Haumont : comment sont nés cette grogne et ce mouvement approuvés par 71 % des Français ?

Morgan : tout a débuté par la pétition créée mi-octobre par une certaine Priscillia Ludosky, 32 ans, habitante de Seine-et-Marne, qui demandait la baisse des prix des carburants à la pompe. (Elle compte aujourd’hui plus de 845 000 signatures sur internet).

C’est vraiment la hausse du carburant qui a été le point de départ ; ça s’est généralisé. Ç’a été repris par une de mes collègues, qui a créé un groupe Facebook, et qui est rentrée en relation avec le groupe de Paris, pour essayer de faire un mouvement sur Nîmes. De mon côté, je suis passé à RMC aux Grandes Gueules, et après ce passage, j’ai rejoint l’organisation dès le départ pratiquement. Et hier, on a atteint plus de 10 000 membres sur le groupe de Nîmes. Cela ne veut pas dire qu’il y aura dix mille personnes samedi, mais on est conscient qu’il va y avoir une vraie mobilisation, entre 3 000 et 5 000 personnes, sur Nîmes.

Vu admin et membres
Vu admin et membres

Valérie Haumont : y a-t-il des interlocuteurs dans chaque ville, et des interlocuteurs entre villes, départements, régions ou chacun fait comme bon lui semble ?

Morgan : alors chacun fait comme bon lui semble ! Chaque mouvement est libre, même autour de Nîmes des petits mouvements se sont créés. Après, nous sommes tous en relation les uns avec les autres, on essaye de ne pas se bloquer, donc on fait des départs d’opérations escargots à heures un peu décalées. Et partout, chacun y va de son opération. Nous, sur Nîmes, on a vraiment privilégié le symbole du rassemblement, on ne va pas forcément bloquer tous les axes à Nîmes, car le but n’est pas de se bloquer entre nous les citoyens, mais suivant le nombre que nous allons être, on va naviguer sur des actions coups de poing sur Nîmes et la région sud en général.

« On a appelé à un mouvement pacifiste »

Valérie Haumont : avez-vous idée de la manière dont vont se dérouler ces blocages, journée demi-journée, gratuité des péages… Blocage de stations, ou de supermarchés ?

Morgan : cela démarre à 8 heures du matin, au kilomètre delta, sortie Nîmes ouest, on se met là ! Tout le monde sera à pied, on a demandé aux gens se garer autour (dans les centre commerciaux par exemple). Les gens vont se garer, et venir à pied, et en simultané vont faire partir deux opérations escargots sur l’A9 qui vont démarrer de Gallargues et de Nîmes-Est, pour ralentir l’A9. Et il y aura peut-être une trentaine, ou une cinquantaine de voitures qui vont partir de chaque point pour rejoindre le kilomètre delta, entre 8 heures et 9 heures.

Ce n’est pas une demi-journée à la base, puisqu’on a déclaré à la préfecture jusqu’à 21 heures. On a appelé à un mouvement pacifiste, on ne veut pas qu’il y ait de casseurs ou autres qui dégradent les locaux des commerçants de notre ville, ce n’est pas le but, bien au contraire. On reste toute la journée sur le kilomètre delta. Et même le soir, là où cela risque d’être le plus chaud, notre déclaration à la préfecture s’arrête, mais tant que nous n’avons de réponse officielle du gouvernement, on ne bouge pas, cela peut durer, un jour, trois jours, une semaine ; est-ce que l’on va nous déloger ou pas, c’est notre point d’interrogation ? Les routiers prennent le relais le 19 novembre.

Valérie Haumont : on voit des gilets jaunes fleurir sur bon nombre de voitures, depuis quelques jours, avez-vous idée de l’ampleur que le mouvement peut prendre ce 17 novembre ?

Morgan : les gilets jaunes sur les voitures peuvent être aussi une forme de soutien sans participation aux différentes manifestations. Nous n’attendons pas dix mille personnes à Nîmes, soyons clairs. Nous avons dix mille personnes sur FB, cela ne signifie pas que tout le monde sera présent. Néanmoins, le mouvement fédère, c’est une chose, et ce qui est à peu près certain c’est que ce ne sera pas un flop. On a énormément de demandes de la part des internautes qui nous suivent. Signe que l’intéressement est réel.

« Le gouvernement jette de l’huile sur le feu »

Valérie Haumont : Édouard Philippe et Christophe Castaner ont prévenu qu’en cas de blocage, et de non-respect de déclaration à la préfecture, ils feraient intervenir les forces de l’ordre. Avez-vous reçu des consignes de dispersion ?

Morgan : on est en relation avec les renseignements territoriaux, ex-renseignements généraux qui sont là pour gérer le mouvement. Nous avons des consignes de dispersion, mais on ne se dispersa pas, car je trouve que du moment où tous les appels ont été faits pour que cela se passe dans le plus grand calme, ce mouvement, ce blocage, le gouvernement jette de l’huile sur le feu en disant, on va vous mettre des amendes, on va vous embarquer, etc. Ce n’était pas la meilleure réponse à donner. Nous sommes des citoyens et on fait ce que l’on veut, à partir de là, on sera très nombreux et malgré les « menaces », on ne cédera pas, voilà. 

« C’est le début d’une petite révolution. on n’est pas des mendiants pour avoir 20 euros pour aller travailler. »

Valérie Haumont : le mouvement, gilets jaunes est-il une opération ponctuelle ou le commencement d’un mouvement qui risque de perdurer ?

Morgan : c’est un mouvement qui va perdurer sur du court terme, et il faut savoir que sur Paris, il y a des mouvements qui se préparent jusqu’à l’Élysée, jusqu’à l’assemblée et autres. Le gilet, c’est parti de l’essence donc cela fait partie de l’automobiliste, mais c’est aussi un soulèvement des peuples, et il ne faut peut-être pas avoir peur des mots, c’est le début d’une petite révolution. Je n’en sais rien, mais en tout cas, le peuple veut reprendre ses droits, aller travailler, et vivre dignement. Leur chèque de 20 euros (N.D.L.R. Chèque accordé aux travailleurs qui habitent à plus de trente kilomètres de leur domicile), on sait que c’est nous qui allons le payer au final sur une autre taxe ailleurs, donc au final, on n’est pas des mendiants pour avoir 20 euros pour aller travailler.

C’est donc un mouvement qui va durer sans doute puisque je le répète, tant que nous n’aurons pas une réponse concrète du gouvernement ou la démission du gouvernement, on restera et on bloquera jusqu’au bout. Ce que l’on veut : une baisse des taxes et du carburant, et si on n’a pas de réponse de ce côté-là, une démission du président et de son gouvernement.

« On ne tolérera aucun parti politique ce jour-là »

Valérie Haumont : les gilets jaunes sont au départ une revendication d’automobilistes, mais du coup, cela est devenu un agglomérat plein de revendications ?

Morgan : oui tout à fait, mon emploi fait que je suis sur le terrain et je rencontre beaucoup de gens qui ne conduisent pas, par exemple des personnes âgées, mais qui seront là. J’ai rencontré un monsieur de 76 ans qui était accompagné de son fils. Ce monsieur s’était battu en mai 1968 et il sera là puisque, ce n’est pas une catégorie de personnes, mais tout le monde. Alors que d’habitude,  on se bat un jour pour les retraites, un jour pour une autre cause. Là c’est le soulèvement du peuple. Cela touche toutes les catégories sociales, tous les âges, tout le monde est concerné. On le fait aussi pour nos enfants, c’est un soulèvement du peuple. On ne tolérera aucun parti politique ce jour-là. On n’est personne pour les empêcher de venir, mais surtout ne pas faire des interviews devant les caméras, ou avec leurs écharpes bleu blanc rouge, car ils seraient immédiatement reconduits à la sortie du rassemblement.