Mardi 28 avril 2020. Assemblée Nationale, pour respecter des règles de distanciation sociale : 75 des 577 députés sont présents dans l’hémicycle. Le premier ministre, Édouard Philippe présente le plan du gouvernement, pour un déconfinement progressif de la population à partir du 11 mai.

Un retour à une vie au rythme d’avant le coronavirus est selon toute vraisemblance exclu. Protection, test et isolement sont à l’ordre du jour. Avec : la réouverture des commerces, mais pas des cafés et des restaurants, les masques obligatoires dans les transports en commun, la rentrée des élèves à l’école, contre l’avis du conseil scientifique, mais avec une notion de volontariat, et une adaptation territoriale sous l’autorité des maires…

Le risque de l’écroulement

15h00, sur le fondement de l’article 50-1 de la Constitution, c’est la déclaration du Gouvernement relative à la stratégie nationale du plan de déconfinement dans le contexte de la lutte contre l’épidémie de covid-19. En introduction le Premier ministre parle alors d’écroulement : « jamais le pays n’avait été confiné comme il l’est aujourd’hui […] Un confinement prolongé au-delà du strict nécessaire aurait pour la nation, des conséquences gravissimes. » Edouard Philippe précise que le confinement présente l’inconvénient suivant « bien plus terrible, » celui « du risque de l’écroulement.« 

Et pour valider cette vision comme une réalité, plutôt qu’un excès de langage, Édouard Philippe souligne : « on me reproche bien plus souvent la litote que l’exagération. »

Protéger, tester, isoler… L’isolement n’est pas une punition

Le déconfinement imaginé par le gouvernement va reposer sur le triptyque : « Protéger, tester, isoler. » Et un strict respect de « la distanciation physique, » un terme préféré par le Premier ministre, à celui de distanciation sociale. « Le virus va continuer à circuler parmi nous, ce n’est pas réjouissant, mais c’est un fait. » Puis Édouard Philippe explique l’action d’isoler : « il faudra isoler pour casser les chaines de transmission […] L’isolement n’est pas une punition, » rassure le chef du gouvernement. Avant de préciser : « l’isolement doit être expliqué, consenti et accompagné, notre politique repose à cet égard sur la responsabilité individuelle […] Chacun doit avoir des devoirs à l’égard des autres. Nous prévoyons des dispositifs de contrôle, s’ils devaient être nécessaires. Mais notre objectif est de nous reposer largement sur le civisme de chacun. »

Le Choix de l’isolement

« Nous laisserons le choix, à la personne testée positive de s’isoler chez elle, ce qui entraînera confinement de tout le foyer pendant 14 jours, pour des raisons évidentes, ou bien de s’isoler dans un lieu mis à sa disposition, notamment dans des hôtels réquisitionnés, » détaille Édouard Philippe.

Des « brigades » dans chaque département

Et ce mardi devant l’assemblée, le Premier ministre annonce que le gouvernement compte faire tester massivement les personnes présentant des symptômes du Covid-19, et installer des « brigades » dans chaque département pour identifier leurs contacts. L’objectif sera  d’inviter toutes les personnes positives à s’isoler. Édouard Philippe a aussi réaffirmé son objectif de disposer de 700.000 tests par semaine, à partir du 11 mai.

Un débat et un vote spécifique pour Stop-Covid, une appli pas encore opérationnelle

Trop d’errances techniques et légales, Stop-Covid est à « l’arrêt » pour le moment : « compte tenu des incertitudes sur cette application, je serais bien en peine de vous dire si elle fonctionne et comment elle fonctionnera précisément. Je ne doute pas que les ingénieurs travailleront d’arrache-pied et réussiront à faire fonctionner ce projet […] Mais je confirme mon engagement : lorsque l’application en cours de développement fonctionnera, et avant sa mise en œuvre, nous organiserons un débat spécifique suivi d’un vote spécifique » assure le chef du gouvernement.

Réouverture des commerces à partir du 11 mai, mais pas les cafés et pas les restaurants

Tous les commerces, sauf les cafés et restaurants, pourront rouvrir à compter du 11 mai. Avec des mesures de protection sanitaire plus strictes, le port du masque, recommandé pour les clients et le personnel, surtout si la distanciation est difficile à mettre en place. Pour les bars, cafés et les restaurants une évaluation sera faite à la fin mai, pour décider s’ils pourront ouvrir, après le 2 juin. Spécificité pour les centres commerciaux de 40.000 m2 : ce sont les préfets qui pourront décider de les maintenir fermés.

Oui aux petits musées, médiathèques et bibliothèques

Cinémas, théâtres, grands musées et salles de concert resteront fermés après le 11 mai. En revanche précisions intéressantes : « parce qu’ils peuvent fonctionner plus facilement en respectant les règles sanitaires, les médiathèques, les bibliothèques et petits musées, si importants pour la vie culturelle de nos territoires, pourront rouvrir leurs portes dès le 11 mai » ajoute Édouard Philippe.

Les marchés à priori autorisés… Sauf si…

« Les marchés, pour lesquels l’interdiction est aujourd’hui la règle et l’autorisation l’exception. Ils seront en général autorisés, sauf si les maires ou les préfets estiment qu’ils ne peuvent faire respecter les gestes barrières« , a déclaré aussi le Premier ministre lors de la présentation de son plan de déconfinement.

Établissements scolaires réouverture progressive, sur la base du volontariat : 11 et 18 mai

« Nous proposons une réouverture progressive des maternelles et de l’école élémentaire à compter du 11 mai, partout sur le territoire et sur la base du volontariat. » Ça c’est dans un premier temps, et dans un deuxième temps qui commencera à partir du 18 mai, le ministre lâche : « seulement dans les départements où la circulation du virus est très faible, nous pourrons envisager d’ouvrir les collèges en commençant par les classes de 6e et de 5e. Nous déciderons fin mai si nous pouvons rouvrir les lycées, en commençant par les lycées professionnels début juin. »

Port du masque en milieu scolaire, un sujet complexe

Pas recommandé, sauf en cas d’urgence médicale, Édouard Philippe explique toutes les nuances : « le port du masque est prohibé pour les enfants en maternelle. Il n’est pas recommandé, compte tenu des risques de mauvais usage à l’école élémentaire, mais l’éducation nationale mettra des masques pédiatriques à disposition des directeurs d’école pour les cas particuliers. Par exemple, si un enfant présentait au cours d’une journée des symptômes, le temps que ses parents viennent le récupérer. » Autre détail : « bien sûr, il n’y aura pas de port du masque pour les enfants de moins de 3 ans. » Pour les collèges enchaine le Premier ministre : « nous fournirons des masques aux collégiens qui peuvent en porter et qui n’auraient pas réussi à s’en procurer, le port du masque pour les collégiens étant obligatoire.« 

Les crèches pourront également être rouvertes avec des capacités restreintes et selon le Premier ministre : « l’accueil par groupes de 10 enfants maximum sera possible, avec la possibilité d’accueillir plusieurs groupes de 10 enfants si l’espace le permet, et si les conditions sont réunies pour que les groupes ne se croisent pas. »

Transports publics : masque obligatoire, et 100 km maximum

Le port du masque sera obligatoire pour tous les usagers dans les transports publics a noté le Premier ministre. Et question déplacement : « il sera à nouveau possible de circuler librement, sans attestation. Sauf pour de longs déplacements à plus de 100 km du domicile, qui ne seront possibles que pour un motif impérieux, familial ou professionnel, » a précisé Édouard Philippe.

Les plages « inaccessibles au moins jusqu’au 1er juin »

Il a également indiqué que les parcs et jardins « ne pourront ouvrir que dans les départements où le virus ne circule pas de façon active« . Côté littoral : « par mesure de précaution, » les plages, fermées depuis le début du confinement, resteront « inaccessibles au public au moins jusqu’au 1er juin.« 

Les activités en plein air individuelles autorisées, mais pas les activités collectives, pour le ministre et le plan qu’il présente : « il sera possible […] de pratiquer une activité sportive individuelle en plein air, en dépassant évidemment la barrière actuelle du kilomètre, et en respectant les règles de distanciation physique. Il ne sera possible ni de pratiquer dans des lieux couverts, ni des sports collectifs, ni des sports de contact.« 

Tempo : 11 mai, 2 juin et l’été

Attention tout n’est pas figé tient à préciser le Premier ministre tout en présentant le tempo de ce déconfinement : « Je le dis aux Français : si les indicateurs ne sont pas au rendez-vous, nous ne déconfinerons pas le 11 mai, ou nous le ferons plus strictement […] Si tout est prêt, comme nous le pensons le 11 mai, alors commencera une phase qui durera jusqu’au 2 juin. Elle permettra de vérifier que les mesures mises en œuvre permettent de maîtriser l’épidémie et d’apprécier, en fonction de ces évolutions, les mesures à prendre pour la phase suivante, qui débutera le 2 juin et qui ira jusqu’à l’été. »

Cinglant Édouard Philippe ! « La modernité les a souvent fait passer du café du commerce, à certains plateaux de télévision. »

« En ces temps de démocratie médiatique, de réseaux pas très sociaux mais très colériques, d’immédiateté nerveuse, il est sans aucun doute utile de rappeler que les représentants du peuple siègent, délibèrent et se prononcent sur toutes les questions d’intérêt national, » recadre le Premier ministre. Et pour conclure sa présentation du plan du gouvernement, il adopte alors un ton plutôt cinglant, en invitant les députés à : « prendre position, en responsabilité, comme il revient aux représentants de la nation qui ne peuvent pas, qui ne veulent pas et qui ne doivent pas être relégués au rang de commentateurs de la vie politique […] J’ai été frappé, mesdames et messieurs les députés, depuis le début de cette crise par le nombre de commentateurs ayant une vision parfaitement claire de ce qu’il aurait fallu faire. La modernité les a souvent fait passer du café du commerce à certains plateaux de télévision. Les courbes d’audience y gagnent ce que la convivialité des bistrots y perd, mais cela ne grandit pas, je le crains, le débat public. Non, les députés ne commentent pas, ils votent et, ce faisant, ils prennent des positions politiques. C’est votre honneur, c’est votre mission…« 

Autorité et civisme

Mais le mot de la fin à retenir reste : « qu’à partir du 11 mai, le succès ne reposera pas sur la seule autorité de l’État, mais sur le civisme des Français. »