En pleine période de confinement pour faire face à une pandémie mondiale, les universités organisent les sessions d’examen du second semestre.

La crise sanitaire et sociale majeure ne semble pas perturber les logiques bureaucratiques à l’œuvre, et il leur semble difficile de prendre en compte la situation de leurs « usagers » et « usagères » dans le contexte actuel.

Depuis près de deux semaines, le Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier (SCUM) interpelle la direction de l’université concernant les modalités de tenue des examens. À la suite de plusieurs réunions, un nouveau règlement des études sera proposé par la présidence lors du Conseil des Études et de la Vie Universitaire (CÉVU) du 15 avril. Il sera valable uniquement pour le second semestre de l’année universitaire 2019-2020.
Nous vous en dévoilons aujourd’hui les grandes lignes, ainsi que nos propositions.

Neutralisation de certains examens et notes de stage.

Pour les étudiant.e.s inscrit.e.s en présentiel, les évaluations des enseignements qui ont été réalisées avant le 16 mars sont conservées et compteront dans la note finale d’évaluation selon les coefficients correspondants.

Le règlement des études ouvre aussi la possibilité de la neutralisation de certains ecues « lorsque la situation l’exige ». La neutralisation consiste à ne pas tenir compte de l’ecue concerné dans le calcul de la moyenne au semestre (coefficient 0). Si le semestre est validé l’ensemble des ects seront acquis (30 ects). Si l’UE de rattachement est acquis, les ects seront acquis et sont capitalisés. Cette mesure de neutralisation sera appliquée automatiquement pour les ecues de « langue vivante majeure » et de « langue vivante mineure ». Pour l’informatique, les deux évaluations sont maintenues, mais en cas d’absence ou de note insatisfaisante, l’étudiant.e pourra demander la neutralisation de l’ecue.

Concernant les stages, pour ceux réalisés avant la fermeture de l’université le 16 mars, la note restera logiquement acquise. Pour les stages non réalisés avant le confinement, l’université Paul Valéry élabore de véritables scénarios de science-fiction, là où une validation automatique constituait une solution plus simple et rationnelle. En effet, si vous avez commencé votre stage avant le 16 mars, puis l’avez continué en mystérieux « stage à domicile », la note sera aussi prise en compte. Plus surprenant encore, l’université invente le curieux concept de « stage de réflexion ». Il s’agit d’un stage commencé, mais pas continué après le 16 mars, qui aurait été transformé en ce fameux « stage de réflexion », dont personne n’a pu expliquer le définition, et dont la note sera prise en compte. Revenue dans le monde réel, l’université indique que les stages commencés, mais pas terminés verront la note du stage initial prise en compte, sans préjudice vis-à-vis de la durée du stage effectué. Enfin, pour les étudiant.e.s n’ayant pas pu débuter leur stage avant le 16 mars, la note sera neutralisée, mais à certaines conditions : au sein d’un même ecue de stage, si tous les étudiant.e.s ne sont pas concernés de la même manière par ce stage, l’étudiant.e devra demander la neutralisation de sa note de stage auprès du jury et avant sa tenue. Kafkaïen non ?

Pour les étudiant.e.s en zones-blanches, il sera créé un statut spécial d’étudiant.e en rupture numérique : « Lorsqu’aucune solution pour remédier aux problèmes d’accès à du matériel informatique ou d’importants problèmes de connexion il pourrait être créé un statut d’étudiant en rupture numérique au bénéfice de l’étudiant et suite au repérage entrepris par les services de l’université. Cet étudiant pourra se voir proposer des modalités d’évaluation adaptées à sa situation de rupture numérique de la part des enseignants en veillant à ne pas introduire de rupture d’égalité de traitement sur le niveau de difficulté des épreuves. Des envois d’épreuves sur papier ou des entretiens téléphoniques pourront être alors proposés à ces étudiants ». La création de ce statut spécial si elle apparait être plutôt positive, entraine de nombreuses interrogations restées pour le moment sans réponse. En effet, comment bénéficier de ce statut ? Est-ce que tou.te.s les étudiant.e.s qui devront en bénéficier pourront réellement en bénéficier ? Ces modalités adaptées vont-elles avantager ou désavantager par rapport à ceux et celles qui ne sont pas en rupture numérique ?

Dans ce règlement des études, il est proposé que les examens se déroulent en ligne, sur des plages horaires prédéfinies et minutées. Les absences à ces examens ne seront pas remontées au CROUS.

Les propositions du SCUM pour garantir l’équité face à la fracture numérique.

Des milliers d’étudiant.e.s confiné.e.s, un isolement social généralisé, une précarité exacerbée… le contexte actuel rend impossible la garantie d’examens équitables. Aussi, malgré les quelques avancées proposées dans le nouveau règlement des études et la mobilisation des services de l’université, afin d’essayer de résorber la fracture numérique, il apparait que les difficultés sont trop nombreuses pour être traitées au cas par cas.

Au niveau national, le Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier (SCUM) s’est associé à la pétition nationale lancée aux côtés d’une cinquantaine d’associations et collectifs. Adressée directement au Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), cette pétition nationale rappelle l’absurdité de maintenir une course aux examens dans ces conditions. La seule solution égalitaire qui soit à la hauteur des enjeux sanitaires et sociaux de cette crise sans précédent est la validation automatique du second semestre.

Au niveau local, à l’université Paul Valéry Montpellier 3, le Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier (SCUM) s’est attelé à proposer diverses solutions depuis le début du confinement. Elles ont été débattues, et pour certaines reprises lors des diverses réunions des instances de l’université, la réunion préparatoire du 2 avril consacrée aux MCC (Modalités de Contrôle des Connaissances) et la réunion de la commission pédagogique du 8 avril. À la suite de ces réunions, et des échanges téléphoniques que nous avons eus avec le vice-président étudiant et le vice-président du Conseil des Études et de la Vie Universitaire (CÉVU), voici les propositions qui seront défendues par les élus étudiants du SCUM lors du CEVU du 15 avril :

  • Nous avons cosigné une motion rédigée par Solidaires Étudiant-e-s, demandant la neutralisation du second semestre. C’est-à-dire reporter les notes du premier semestre en lieu et place des notes du second semestre, avec possibilité d’amélioration en seconde évaluation.
  • Nous avons élaboré une proposition de délibération soumise au vote, qui consiste à dupliquer la note obtenue au premier semestre en tant que « note plancher » dans le calcul de la note du second semestre, et la rendre « améliorable » via des devoirs maison facultatifs (DM).

Lors des réunions des 2 et 8 avril, la présidence de l’université a exprimé un refus catégorique pour ce type de solutions. Ce refus se baserait sur une « fierté » qu’auraient les étudiant.e.s à passer des examens. Si il est effectivement gratifiant de voir un travail universitaire récompensé par une évaluation positive, nous rappelons que nous vivons actuellement une crise sanitaire et sociale d’une ampleur jamais vue en France depuis la Seconde Guerre mondiale, qui devrait selon nous reléguer les questions d’égo au second plan. Rejeter la faute uniquement sur les étudiant.e.s qui veulent passer leurs examens, serait-ce une technique pour ne pas assumer le tri social et la course à la réputation de l’université, alors que la présidence de l’université est en pleine campagne électorale pour sa réélection ?

Afin de sortir de l’impasse, le Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier (SCUM) a alors travaillé avec la Corpo Lettres Epsylone sur une solution médiane, entre deux positions contradictoires. Il s’agit d’une part de prendre en compte l’impossibilité de tenir des épreuves en ligne à date et horaires fixes et en temps limité, dans des conditions satisfaisantes d’équité et d’accès numérique. Et d’autre part, de satisfaire la volonté inflexible de la présidence de l’université pour organiser des examens. Bien qu’imparfaite, cette solution nous semble en l’état actuel des choses, être un compromis réaliste et acceptable allant dans le sens d’une plus grande équité entre étudiant.e.s.
Ainsi, nous proposons de remplacer ces examens terminaux par des devoirs maison (DM), calqués sur le calendrier universitaire proposé par le vice-président du CÉVU.

« Les Modalités de Contrôle de Connaissances (MCC) suivantes seront privilégiées pour tous les cursus et toutes les composantes de l’Université Paul Valéry Montpellier 3, à l‘exception des soutenances de mémoire et de thèse :

  • Les évaluations se feront par des devoirs maison rédigés à renvoyer par les étudiant.e.s.
  • Les devoirs maison se feront à l’écrit.
  • Les consignes de ces devoirs maison seront affichées sur les sites internet des différentes composantes de l’université, ainsi qu’envoyées par e-mail aux étudiant.e.s, à compter du lundi 4 mai 2020.
  • Le rendu de ces devoirs devra se faire avant le lundi 25 mai 2020.
  • Les devoirs devront être rendus par l’un des canaux suivants : e-mail, dépôt sur la plateforme pédagogique Moodle ou par courrier postal, la date de cachet de la Poste faisant foi pour la date d’envoi du devoir.
  • Les étudiant.e.s se trouvant dans l’incapacité de rendre leurs devoirs pourront avoir les consignes envoyées par la Poste ainsi qu’une enveloppe timbrée leur permettant de renvoyer gratuitement leurs devoirs par voie postale. Cette mesure concerne notamment les étudiant.e.s étrangers.ères, et ceux en zone blanche, qui ne pourront bénéficier des ordinateurs et clés de connexion wifi mis à disposition par l’université.
  • En cas de non rendu d’un devoir, la note de l’examen sera neutralisée pour les cas suivants :
      • Étudiant.e.s en détresse psychologique, sur présentation d’un justificatif réalisé par un psychologue universitaire ou un spécialiste de santé.
      • Étudiant.e.s ayant été atteints du COVID-19 pendant la période du confinement, sur présentation d’un justificatif médical. »

Une première avancée sur le sujet a d’ores et déjà eu lieu, puisque le vice-président du CÉVU a indiqué être favorable à « encourager » les enseignant.e.s à recourir aux devoirs maisons. Cette solution que nous proposons, déjà réalisée à l’université Rennes 2, aurait le mérite de prendre en compte la difficulté de se connecter à internet dans un temps contraint, tout en prenant aussi en compte les difficultés sociales et psychologiques engendrées par le contexte actuel.

Nous demandons aussi que les notes du second semestre ne soient pas prises en compte pour les candidatures en Master 1 : le tri social ne doit pas se trouver amplifié par la crise sanitaire. En effet, ce sont les étudiant.e.s les plus précaires et les plus fragiles psychologiquement qui seront les plus négativement impactés par l’organisation d’examens dans ce contexte.

Le Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier (SCUM) défendra les conditions les plus équitables possibles en ces temps de crise sanitaire, et invite les étudiant.e.s à faire de même en envoyant un e-mail type aux enseignant.e.s, en mettant le SCUM en copie publique (syndicat.scum@live.fr).

Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier – SCUM