CHU de Montpellier : « la meilleure façon de nous aider, c’est de respecter le confinement »

Visioconférence de presse CHU Montpellier, le 20 mars 2020

Vendredi 20 mars 2020, visioconférence de presse avec le CHU de Montpellier, la situation sanitaire l’exige, distanciation et confinement. L’hôpital se prépare à passer au niveau 2 du plan blanc, comme le font certains établissements en France.

« La meilleure façon de nous aider, c’est de respecter le confinement, » Thomas Le Ludec

C’est certainement la parole la plus importante : « la meilleure façon de nous aider, c’est de respecter le confinement, » a expliqué Thomas Le Ludec, DG du CHU de Montpellier, en conférence de presse.

Le plan blanc

Déclenché dans tous les hôpitaux, le 6 mars 2020, le plan blanc pourrait être élargi pour faire face à la crise. Ce plan d’action permet de mieux organiser l’accueil et les soins portés aux malades, pour faire face à l’épidémie de coronavirus.

Afflux massif de victimes

Quid du plan blanc (inscrit dans la loi depuis 2004) : il permet d’organiser l’accueil et la prise en charge d’un afflux massif de victimes (patients), dû à un accident, une catastrophe (évènement climatique), ou dans le cas présent, à une épidémie. Pour mémoire : le plan blanc a été mis en place en 2017 pour des épidémies de grippe , en 2005 sur six départements pour des gastro-entérites, et en 2003 pour cause de canicule.

Le plan blanc prévoit que le personnel nécessaire puisse être maintenu sur place, ou encore être rappelé lorsque la situation le justifie. Ainsi, chaque hôpital doit se doter d’une cellule de crise dirigée par le chef d’établissement. Le CHU est toujours mobilisé en niveau 1 du plan blanc, mais le niveau 2 est en cours de préparation pour une augmentation conséquente de la capacité des lits et des ressources médicales.

Affronter « la première vague » et anticiper la deuxième

Vendredi : 35 patients atteints de Covid-19 sont hospitalisés au CHU de Montpellier et 11 sont en réanimation, dont 4 en soins intensifs. CHU, l’équipe semble opérationnelle pour affronter « la première vague » de cette épidémie, et surtout anticiper « la deuxième vague » qui s’installe très vite, entre 24 et 48h. Pour les filières : urgence respiratoire, médecine et réanimation, les capacités d’accueil seront quasiment doublées. Pour le secteur médecine, système de diagnostic, et donc de « tri » : seront en place 60 lits avec 15 médecins séniors, et 21 internes. Réanimations : 40 lits seront disponibles pour le niveau 2.

Plus de 120 patients en « télé suivi »

Important aussi : le renforcement de la filière de dépistage en ambulatoire. C’est-à-dire une prise en charge qui permet de diagnostiquer, de suivre et de traiter un patient sans que celui-ci ne soit hospitalisé . Plus de 120 patients en confinement chez eux sont déjà en « télé suivis, » pour ensuite évaluer la nécessité de se rapprocher de l’hôpital.

Cette semaine, 2000 interventions dites non urgentes ont été déprogrammées. En cours de développement la télé médecine dans tous les autres secteurs, sachant qu’elle fonctionne déjà bien en gériatrie et pédiatrie.

Anticiper le choc psychologique de la situation

Mise en place avec l’ensemble de la communauté de psychiatres et de psychologues, d’une cellule d’écoute pour les professionnels de santé. « En pleine crise, face a des situations de décès nombreux, de grandes souffrances des proches, nos professionnels vont être confrontés a une charge émotionnelle considérable, » explique Thomas Le Ludec. Ce soutien psychologique est lui aussi anticipé.

Charge virale, et risque de contamination des soignants

Question : qu’en est-il des risques de contamination des soignants, y-a-t-il un sas de décontamination pour les personnels entrants et sortants, vu la charge virale à laquelle ils sont exposés ?

L’hôpital nous explique-ton, est pourvu « de grands étages avec un maximum de 10 personnes par étage, et des consignes sont données pour limiter le nombre de personnes dans la même pièce, avec une demande de distance sociale élevée. » De plus, une attention toute particulière est portée aux précautions d’habillage et de port de masque ultra filtrant (masque chirurgical FFP2). Filière réanimation et soins intensifs, l’explication est claire : « en réanimation, les précautions sont draconiennes, on est quasi habillé en scaphandre, tout le personnel soignant est habillé en scaphandre… »

« Les contaminations pour l’heure observées sont dans le cadre privé, avant le confinement » assure-t-on. « Aujourd’hui, nous n’avons pas d’éléments permettant de dire qu’il y a eu des contaminations hospitalières, de personnels hospitaliers » confirme Thomas Le Ludec.

« La santé au coeur des politiques »

C’est notre confrère du média 20 minutes qui posera la question presque de l’après et du bilan : est-ce que vous espérez de cette crise, qu’elle aura pour effet bénéfique de remettre la santé au coeur des politiques ?

C’est le Pr Patrice Taourel, Président de la Commission Médicale d’Etablissement du CHRU de Montpellier qui prendra la parole : « ce n’est pas le moment de répondre à cette question. En ce moment, on est tous centrés sur le soin, sur la prévention avec l’isolement des patients. Je pense qu’il ya des temps et il faut être dans le bon temps. Le temps en ce moment, c’est isolement et soins. Après, il y aura un deuxième temps de bilan. Et celui-ci sera sans concession. » Un temps de silence… Et : « je crois que ça peut être une bonne conclusion à cette conférence de presse, » lâchera Thomas Le Ludec.