Récemment entendue cette invective, de la bouche d’une femme : « J’te nique ta grand-mère ». En plus d’une évidente impossibilité anatomique, l’intérêt et le bénéfice d’un tel projet pour son oratrice posent question.

Néanmoins, admettons-le ; que nous soyons femme ou homme, nous crions, grommelons ou pensons généralement des insultes à connotation pénétrante. Va te faire enc…, dans ton c…, fils de p…, n… ta mère… À quel endroit ce champ lexical de l’intrusion trouve-t-il son origine ?

La clé de compréhension nous est offerte par le con. Issu du sanskrit « kon », ce vocable désigne le cône, triangle, ou réceptacle, symbolisant finalement l’énergie psychique. Une personne agissant en dépit du bon sens perd la maîtrise de sa propre énergie, et devient con(ne). Le sexe féminin aurait été surnommé « con » en raison de sa forme conique, mais antérieurement, ce terme désigne un manque de lucidité.

Dans la symbolique spirituelle, la mère incarne elle aussi l’énergie. À l’instar de la déesse indienne Shakti, ou de notre vierge Marie fécondée par l’esprit sain(t) (l’intelligence), mère, épouse, reine ou déesse représentent l’autonomie spirituelle. L’ « énergie de soi » mue par une pensée libre. L’interpénétration de la conscience et de l’énergie, allégorie fréquemment rencontrée, exprime le « penser par soi-même ». Ces insultes composées de propos blessants au sujet de nos mamans, invitent en réalité à retrouver la maternité d’une pensée propre.

Mais qu’en est-il du cul ? Cul-de-sac, culotte, culasse, cul-de-basse-fosse … le cul désigne simplement la base ou le fondement. Comme dans le verbe inculquer, signifiant « mettre au fond ». Enjoindre l’autre à aller se faire enc… n’a finalement aucune connotation sexuelle, invitant à trouver au fond de soi une meilleure compréhension.

Revenons à notre con. Ce symbole d’énergie revêt bien d’autres aspects, devenant tantôt femme, tantôt lune, Vénus, ou même diable. Finalement, l’énergie représente le savoir caché ; la connaissance dont nous sommes dépossédé(e)s. En numérologie, l’énergie est associée au chiffre six, ou « shat » en sanskrit. C’est d’ailleurs ce terme shat, et non le félin, qui devint sobriquet du sexe féminin. Tout observateur aura remarqué que l’animal, même épilé, n’est pas du tout ressemblant.