Le SNUDI FO a été saisi par de nombreux collègues qui ont reçu, dans leur école,  une invitation à participer à un concours de dessins organisé par la Préfecture du Gard dans le cadre du lancement des « Rencontres de la sécurité » : les élèves de maternelle devaient dessiner sur le thème « Merci à nos policiers ! » et ceux d’élémentaire sur « Merci à nos gendarmes ! ».

Pour le SNUDI-FO, l’Ecole de la République a été construite pour assurer l’instruction des nouvelles générations afin d’en faire des citoyens à l’esprit critique et éclairé et non pour les conformer à quelque opinion ou croyance que ce soit.

Or le thème proposé à l’occasion de ce concours procède d’une volonté de formater l’opinion de nos élèves.

Comment  le Préfet et le DASEN peuvent-ils laisser leur haute autorité utilisée à de telles dérives ?

D’autant que ce concours intervient dans un climat social très particulier où nos concitoyens, par centaines de milliers, expriment, depuis des mois, leur rejet de la politique du président de la république et où la répression policière n’a jamais été si violente, jusqu’à être dénoncée par toutes les associations de défense des droits de l’homme, l’ONU et le défenseur des droits.

Il s’agit, de fait, d’une volonté d’introduire un débat politique au cœur de nos classes, avec nos élèves et nos parents d’élèves, fragilisant encore plus la situation de nos collègues enseignants, qui l’est déjà suffisamment.

Pour le SNUDI FO, faisant partie d’une Confédération qui regroupe également des syndicats des personnels de la police et de la défense, il n’est pas question de stigmatiser des professions dont nous côtoyons régulièrement les agents malmenés par une politique gouvernementale qui les utilise de façon indigne.

Bien au contraire, en tant qu’organisation syndicale, nous savons qu’en guise de « remerciement », ces personnels soumis à des conditions de travail dégradées, mal rémunérées comme tous les fonctionnaires, préfèrent une augmentation salariale, une augmentation de leurs effectifs et une vraie politique de sécurité publique responsable leur permettant d’exercer leurs fonctions dans des conditions normales. D’ailleurs, pour rappel, tous les syndicats de la Police Nationale appellent à une « Marche nationale de la colère » dans les prochains jours.

Cette initiative s’inscrit donc, pour le SNUDI FO,  dans une stratégie globale de destruction de notre statut de fonctionnaires indépendants de toutes formes de pressions politiques et vise à nous transformer en « agents » du pouvoir chargés de propagande et non plus d’instruction.

Dans l’Education Nationale, c’est toute la logique de la loi pour une école de la confiance qui induit un comportement autoritariste insupportable de nos supérieurs hiérarchiques visant à nous conformer à toutes les réformes jugées « incontestables » au mépris de notre liberté pédagogique.

Nous avons malheureusement déjà vécu ce type de dérive d’utilisation et de récupération de la jeunesse et de leurs enseignants en des périodes troublées de notre histoire.

Des dizaines de milliers de parents se sont fait gazer, humilier, matraquer, éborgner, mutiler, arrêter  parce qu’ils exprimaient leurs opinions ou tout simplement leur désir de vivre mieux.

Comment les enseignants pourront-ils expliquer aux élèves qui leur en feraient la remarque qu’il leur faut remercier ceux qui ont été le bras armé de tels actes ?

S’il doit y avoir un concours sur ce thème, c’est aux adultes qu’il faut le proposer et ne pas chercher à manipuler des enfants de 3 à 11 ans.

Le SNUDI FO vient donc de s’adresser par courrier au Préfet et au DASEN pour leur demander  le retrait pur et simple de ce concours des écoles publiques du Gard.

Pascal Gasquet
Secrétaire départemental
Syndicat National Unifié des Directeurs, Instituteurs
et professeurs des écoles de l’enseignement publicForce Ouvrière