Du gras, des os, de la peau, du soja, de l’amidon, le tout mixé avec de la viande transformé. Voila la composition réelle des steaks hachés « Pur boeuf 15% » donnés et distribués par l’aide alimentaire du Secours Populaire, de la Croix Rouge, des restos du Coeur, de la Fédération française des banques alimentaires, jusqu’à ce que les associations s’en aperçoivent et mènent l’enquête, alertant la Répression des fraudes. L’Etat français a finalement rendu public cette vaste tromperie le 7 juin. 

Réaction de Michele Rivasi, députée européenne EELV, agrégée de biologie, spécialiste de santé publique et de contrôle des lobbys, interpelle la Commission et lui suggère des pistes d’action :
 » Je suis scandalisée par cette sordide affaire qui rappelle de bien des façons celle des lasagnes à la viande de cheval de Spanghero. A croire que les leçons tirées ne suffisent pas. C’est écoeurant de voir comment le profit à tout prix se fait sur le compte des plus démunis, du bénévolat et de l’aide alimentaire européenne.
DES QUESTIONS ENCORE SANS RÉPONSE
La presse nous apprend que 780 tonnes de « faux steaks » hachés surgelés ont été distribuées au Secours Populaire, à la Croix Rouge, les restos du Coeur, la Fédération française des banques alimentaires. Que ce sont les associations elles-mêmes, alarmées par des bénévoles et des bénéficiaires sur l’apparence et le gout de cette fausse viande, qui ont mené leurs propres analyses, prévenu les services de l’état et cessé la distribution, alors que les vérifications faites en amont n’avaient rien montré d’anormal. Mais aussi que 1 500 tonnes ont en tout été acheté en 2018 dans le cadre d’un marché financé par le Fonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD) pour un montant total de 5,2 millions d’euros. Que le fournisseur français Voldis, qui a aussi livré des steaks hachés à la FEAD en 2015 et 2016, s’est approvisionné auprès d’un courtier français mais que les steaks ont été produits en Pologne. Et que les autorités françaises ont saisi le 5 juin les autorités polonaises via le réseau « food fraud » pour prolonger l’enquête en Pologne. Près de 7 millions de « faux steaks » ont été produits…
Cette cascade de révélations ne nous dit pas tout : Où sont passés les 720 tonnes de « faux steaks » restants ? D’autres lots frauduleux ont-ils été produits et écoulés ailleurs qu’auprès des associations d’aide alimentaire française ? L’obligation d’indiquer la provenance de la « viande » a-t-elle été respectée ?
Je demande à la FEAD et aux services de la Commission Européenne de faire toute la lumière sur ce scandale en réalisant un audit dédié, retraçant toute la chaine de distribution de cette fausse viande. Il ne serait pas acceptable de fermer les yeux ou de chercher à diluer les responsabilités entre acteurs nationaux.
UN EUROPOL DES ALIMENTS ?
Malgré les déclarations volontaristes de Juncker promettant qu »il ne peut y avoir de citoyen de seconde classe en Europe », la Commission peine, concrètement, à mettre fin aux pratiques commerciales déloyales, en particulier celles du « double niveau niveau de qualité des aliments » dont cette fraude à la fausse viande est une illustration. Alors que l’Europe de l’Est s’insurge, à raison, de denrées alimentaires fabriquées par l’industrie agroalimentaire avec des ingrédients de moins bonne qualité, voici que de la fausse viande fabriquée en Pologne se retrouve écoulée auprès des plus pauvres en France !
Les autocontroles demandés aux fabricants ne permettent pas de détecter les fraudes, toujours volontairement dissimulés. L’affaire de la viande de cheval, puis celle des oeufs contenant de l’insecticide Fipronil en 2017, et celle des « faux steaks » aujourd’hui rappellent non seulement le besoin de renforcer la législation alimentaire européenne du Règlement 2002/178 – notamment les articles 8 et 16 sur l’étiquetage trompeur, l’article 10 sur l’obligation d’information en cas de fraude et l’article 19 sur le tests de produits imposés aux entreprises. Mais aussi la nécessité d’établir une force européenne d’enquête et de contrôle alimentaire pour lutter contre les fraudes et pour garantir tant la sécurité alimentaire que le respect des standards de qualité au sein des États membres.
POUR DES AMENDES RÉELLEMENT DISSUASIVES !
L’affaire des « faux steaks » en France est devenue judiciaire, assure le gouvernement, indiquant un risque d’amende de 1,5 millions d’euros. Ce montant est manifestement insuffisant pour être réellement dissuasif dès lors que cette fraude peut rapporter près de 6 millions d’euros pour le seul marché français. Ainsi, malgré l’accusation de « tromperie », le jugement de la viande de cheval Spanghero, en avril dernier, a donné lieu à des jugements relativement cléments, avec du sursis et des amendes négligeables.
Il faudrait une amende européenne complémentaire, au moins 10 fois plus élevée, et supérieure en tout cas aux gains engrangés, pour vraiment taper au portefeuille des fraudeurs de la viande. Car ces fraudes, toutes les fraudes, se font aussi au détriment des acteurs économiques vertueux. La Commission Européenne doit se donner les moyens de lutter contre ces distorsions et ces mensonges. »