L’Homme qui dépend de la nature pour vivre reste encore peu conscient de son autodestruction programmée, si les modèles de production, et de consommation ne sont pas modifiés rapidement d’autant qu’ils engendrent déjà une menace pour la paix et la sécurité.

Respirer, boire, manger

2019 lundi 6 mai, IPBES le groupe d’experts de l’ONU sur la biodiversité est sans appel : déjà un million d’espèces sont menacées d’extinction. Respirer, boire, manger des gestes simples qui risquent de devenir difficiles à pratiquer de façon naturelle. Pour Robert Watson, président du groupe d’experts de l’ONU sur la biodiversité : « nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier. »

La plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) estime que l’environnement terrestre a été « gravement altéré » par les activités humaines. Et que 66% de l’environnement marin est lui aussi touché. Résultat: un million d’espèces animales et végétales sur les 8 millions estimées sur la planète sont véritablement menacées d’extinction. De nombreux scientifiques parlent alors de la sixième extinction de masse, la première dont l’Homme est responsable. Cette perte de la biodiversité menace l’Homme autant que le changement climatique, estime Robert Watson.

Cinq coupables

Les cinq principaux coupables sont identifiés dans le rapport sur lequel ont travaillé 450 experts pendant trois ans : l’utilisation des terres avec l’agriculture, et la déforestation ; l’exploitation directe des ressources pour la pêche et chasse ; le changement climatique ; les pollutions ; les espèces invasives.

Nouveau cap préconisé : adopter un autre modèle politique et économique, bref un changement systémique. Mais comment faire cela au coeur d’une pensée capitaliste néolibérale, cupidement écocide et biocide. Déjà, le simple appel à un changement des régimes alimentaires, pour une nourriture basée sur les végétaux pour réduire la consommation de viande et de produits laitiers a vu une synthèse adoptée par les délégations qui n’appelle pas directement à manger moins de viande. Oui la formulation pourrait paraître violente pour certains pays producteurs de viande. « Des changements profonds peuvent entraîner une opposition de la part de ceux qui ont des intérêts directs au statu quo, mais une telle opposition peut être surmontée pour l’intérêt général », commente Robert Watson.

En Chine l’année prochaine seront-ils ambitieux ?

Quelques pistes évoquées dans ce rapport, mais sans prescription obligatoire, alors qu’elles apparaissent comme vitales. Reste à savoir, si les États membres de la Convention de l’ONU sur la diversité biologique se fixeront lors leur prochaine réunion de la COP15 en Chine l’an prochain, des objectifs ambitieux pour une planète durable en 2050 ?

Le rapport de l’IPBES évoque la nécessité de s’éloigner du principe même de la sacro-sainte croissance pour y opposer la notion de qualité de vie pour tous. Une qualité qui va se dégrader de plus en plus pour les plus pauvres de la planète, et pour les régions abritant les peuples autochtones très dépendants de la nature, note le rapport.

Prise de conscience et « un agenda gagnant-gagnant »

Prise de conscience, face à l’urgence de se mobiliser pour la biodiversité et le climat. Emmanuel Macron qui recevait les experts de l’IPBES réunis à Paris pour cette première évaluation mondiale a présenté ses propositions pour agir ensemble en signifiant que « changer c’est difficile, ça crée de l’anxiété. Mais au fond, on a le choix entre deux anxiétés, l’anxiété de la fin du monde […] ou l’anxiété de changer ses habitudes, mais de se dire, qu’il y a malgré tout une sortie, et un agenda gagnant-gagnant […] ne pas faire ce que l’on doit, et le maximum ce que l’on doit sur ce sujet, c’est prendre le risque historique d’être jugé très sévèrement… »