Le rendez-vous avait été donné à la faculté de sciences économiques de Montpellier pour un moment d’échange « fraternel » dans une « petite oasis démocratique ».

VOIR AUSSI : Michaël Delafosse pour Montpellier : « c’est là que l’avenir s’invente »

Un temps d’échange avec le sociologue Edgar Morin, autour du thème « Faire fraternité », organisé par le conseiller municipal, Michaël Delafosse, afin de mieux « comprendre les enjeux qui traversent notre territoire » avec « l’un des grands intellectuels de l’universel ». Un temps d’échange important pour le Président de l’association Destins Montpelliérains et conseiller départemental, car « le beau mot de « Fraternité », cultive l’imaginaire » et est au cœur de l’actualité, que ce soit dans la lutte contre le terrorisme, l’accueil des migrants, ou le mouvement des Gilets Jaunes.

Edgar Morin a d’abord été introduit par un hommage poignant de l’ancien ministre des Transports du gouvernement Jospin, Jean-Claude Gayssot, auteur de la loi « tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe », première des quatre lois mémorielles et Président du port de Sète.

Du haut de ses 97 ans, le sociologue a ensuite pu ouvrir sa conférence sur la devise complémentaire de la République, « Liberté, Égalité, Fraternité », et les limites de chacune de ses composantes. Des limites, qui lui permettent de faire la distinction entre fraternité close, celle du « nous » qui rejette l’autre, et la fraternité ouverte, celle qui reconnaît l’autre comme un frère, une « fraternité » dont « nous avons besoin aujourd’hui » selon le philosophe.

Face à ce terrible constat, l’intellectuel français a alors pu pousser, sans fausse pudeur, le public montpelliérain à réfléchir aux devoirs de solidarité envers tous : les exclus, les sans voix, la nature et les autres peuples du monde. Un devoir de solidarité nécessaire, qu’il faut toujours régénérer, tant « la fraternité est sans cesse menacée ».

C’est que, quelque soit l’échelle, la fraternité peut refleurir dans des instants et des oasis qu’il faut développer, un travail nécessaire tant « notre civilisation favorise l’individualisme » et l’enfermement de chacun dans une « spécificité de travail », poussant les citoyens à se replier sur eux-mêmes, se refermer et sombrer dans une forme d’inconscience en se raccrochant à une fraternité close.

Face à un monde instable et incertain, « peut-on changer de cap ? »

Pour Edgar Morin, « il faut fraterniser, car nous sommes aujourd’hui menacés par la barbarie, il faut multiplier les oasis » et la fraternité doit être sans cesse régénérée. Pour cela, « il faut prendre le parti d’Éros contre Thanatos », et se rappeler que « l’humanité a son unité dans sa diversité, et sa diversité dans son unité. »

Dans cette quête de l’Éros, « il ne faut pas chercher un but, une société modèle, mais une société à améliorer, et amélioration, ne veut pas dire perfection », pour changer notre société, « le but est le chemin en lui-même ». Et la fraternité ne serait-elle pas le but et le moyen de l’aventure humaine ?

Comment Edgar Morin perçoit-il sa conférence « Faire fraternité » et son devenir pour les Montpelliérains ?

Demain, les conférences de l’association Destins Montpelliérains continuent avec un « café-débat environnement » sur le thème « De la sobriété énergétique à la ville à énergie positive », en présence de Thierry Salomon, énergéticien, vice-président de l’association négaWatt, qui milite pour une sobriété énergétique et co-auteur du « Manifeste négaWatt » à 18h au Gazette Café.

Au total, l’association montpelliéraine a prévu d’organiser onze cafés-débats et sept balades urbaines jusqu’en juin, avant l’élaboration d’un programme pour les municipales de 2020, fin septembre.

Annonce - Pub - Advertisement