« La lutte des classes, c’est dans leurs têtes, nous ce qu’on veut, c’est juste manger, travailler, élever nos enfants. » Heureux, Christian respire, cette soirée lui a fait du bien. Un plein d’énergie grâce à la présence de François Ruffin, et de Gilles Perret venus présenter leur film : « j’veux du soleil » à Dions.

De l’émotion et du respect

La soirée avait été préparée par des gilets jaunes en un temps record.  Dix jours en tout et pour tout. Un exploit logistique pour tondre, flécher les routes à dix kilomètres à la ronde, monter des barnums, une scène avec sons et lumières, un écran géant, de grandes tables pour la paella géante. Puis trouver des bénévoles, pour s’occuper de placer les gens dans les parkings et les guider, jusqu’au lieu de fête.

À la question de rencontrer l’un des organisateurs, il est rétorqué sympathiquement : « qu’il n’y n’en a pas, nous avons tous fait quelque chose. » Et le résultat est bluffant.

François Ruffin arrive sur l’une des motos des fédérations des motards en colère venus du Gard, de l’Eure et d’autres départements. Les gens viennent vers lui. Et lui qui semble si timide s’offre alors, un bain de foule.

La soirée débute par le concert d’Yvan le bolloc’h, et du groupe ma Guitare. Rares sont les intellectuels, et les gens du spectacle qui approuvent ouvertement le mouvement. Il regarde cette foule amassée et leur dit : « Vous êtes beaux, vous êtes touchants, vous êtes tout ce qui nous reste de dignité ».

Une grande émotion chez ces gilets jaunes qui ont pris l’habitude d’être conspués, traités d’illettrés, de « feignasses » et autres noms d’oiseaux. Certains s’en amusent, pour beaucoup cela renvoie à une condition qu’ils n’ont pas choisie.

À la fin du concert, François Ruffin monte sur scène et à ceux qui le remercient, il répond « qu’il faut célébrer ce sont toutes ses petites mains invisibles, qui ont fait un travail considérable en amont pour que cette soirée ait lieu ». Les « gilets », sont invités à se rapprocher de l’écran géant. À cette heure, 3000 personnes sont présentes sur le site. Le film débute. Un silence quasi religieux règne dans cette manade qui deux minutes auparavant était remplie de rires, de musique, et de discussions en tous genres.

Le film débute, et durant les témoignages qui se succèdent, deçà delà, on entend « oh oui, c’est tellement cela », un frigo vide, une personne qui fait les poubelles parce que handicapée, des jours sans se nourrir. L’émotion est palpable !!! Le film est poignant, émouvant, et sans être voyeur il réussit à éviter le piège du pathos. « Le film montre ce que les gens cachaient par honte dans l’intimité de leur appartement » dira plus tard François Ruffin.

François Ruffin demande d’ailleurs aux gilets « de s’emparer du film » et de rappeler que Gilles Perret et lui n’ont fait que recueillir la beauté qui est en eux.

La soirée se termine en musique et par quelques pas de danse. Les gilets jaunes sont repartis avec du soleil plein les yeux, et des rêves d’avenir plein la tête, en particulier de cette justice sociale, qu’ils appellent de leurs vœux avec le courage du désespoir.