Sous le regard de Jean Jaurès, place des grands hommes à Montpellier, les Gilets Jaunes se sont réunis pour débriefer des actions passées, mais surtout pour commencer à structurer les différents groupes, et organiser leurs actions futures.

La place des grands hommes a des airs d’Agora. Des airs uniquement, car il y a comme une volonté de rendre ce lieu de rassemblement social et politique non opérationnel, juste symbolique. La concession accordée à une soufflerie pour s’envoyer en l’air, comme un parachutiste fait un bruit énorme qui rend le lieu inutilisable sans porte-voix. Et encore, son usage reste inconfortable.

Par respect pour les organisateurs qui ne souhaitaient ni photo, ni vidéo, ni enregistrement, cette photo a été floutée.
Par respect pour les organisateurs qui ne souhaitaient ni photo, ni vidéo, ni enregistrement, cette photo a été floutée.

Ils étaient plus d’une centaine à être présents. Cela peut paraitre peu, mais si l’on prend en compte que nombreux étaient ceux qui représentaient des groupes locaux composés d’une cinquantaine de personnes, la vision de cette Assemblée Générale devient plus imposante, et prend tout son sens.

Une révolution contre l’injustice et la misère

Dimanche 30 décembre, sur la place des grands hommes : c’était une montée de la démocratie. Ils ont été nombreux à intervenir, et à débattre. Une question centrale s’est posée : éviter ou pas la confrontation ? Faut-il accepter d’aller à la casse ? Un vote sera proposé. L’un dira : « moi, j’irai comme j’ai envie. » Même si la tendance majoritaire est de conserver un mouvement pacifique : « il faut être efficace et pacifique, » dira un autre.

Clotilde a témoigné de la manifestation qui s’est déroulée à Béziers pour l’acte VII, avec une tête de cortège exclusivement féminine. Une solution proposée par les femmes pour répondre aux violences policières. Efficace pour une manif de deux heures et demie, sans affrontement avec pour unique dispositif la police municipale, selon Clotilde. Puis elle a voulu préciser que « beaucoup de gens s’imaginent protégés. Mais ils ne sont pas à l’abri des accidents de la vie. Il faut qu’ils comprennent que cette société les matraquera, comme elle nous matraque aujourd’hui. »

Christophe rappellera que « l’action et les actions des Gilets Jaunes ont fait reculer le gouvernement, » et il poursuivra : « nous menons là, une révolution contre la misère et contre l’injustice, ne l’oublions pas et nous devons sans cesse le rappeler aux gens que nous croisons durant nos mobilisations. »

Puis Sébastien Paturel est venu parler à son tour. Très apprécié des Gilets Jaunes, il est capable d’expliquer clairement le RIC, et son discours est fluide. Pour le situer, après la tentative d’occupation près de la zone de Fret de l’aéroport le 19 décembre dernier, suite à une comparution immédiate le 21 décembre, il a été condamné à cinq mois de prison avec sursis. Il a fait appel. Il a tenu à expliquer ce dimanche, l’importance d’aller soutenir ceux qui passent devant un tribunal. « L’idée d’abandon existe, et se sentir soutenu dans ces moments-là est précieux pour le moral. »

Leila blessée à la tête le samedi devant la gare est venue dire aux Gilets Jaunes de rester prudents. Elle doit passer un scanner dans la semaine, elle espère que rien de grave ne lui sera annoncé.

L’affrontement, une stratégie perdante. Autre idée, un combat à coups de paillettes.

Pour Pablo l’affrontement, c’est une stratégie perdante, en revanche il précise : « on a besoin de gagner la bataille de la communication. » Franck viendra partager son expérience acquise avec le mouvement « nuit debout » pour les ateliers de travail, et il proposera une idée de « combat à coups de paillettes ». « Lancer des paillettes sur les élus, c’est joli, c’est pas agressif et c’est pas facile à enlever. » Une idée qui amuse l’assemblée. Mettre ainsi dans la lumière ceux qui les ont trahis. C’est une méthode utilisée par les sociétés de recouvrement de créances, et qui est très efficace, car elle joue sur la honte, et le fait de montrer du doigt celles et ceux qui ont toutes les raisons d’avoir honte. Pour faire face aux impayés, les créanciers font appel à des encaisseurs déguisés en peluches qui harcèlent les débiteurs. Objectif pour les Gilets Jaunes : être le moins discret possible, et dénoncer les débiteurs des promesses non tenues.

Une assemblée qui a duré 3 heures et demie, avec beaucoup de projets. Dans ce contexte, difficile d’affirmer que la mobilisation s’essouffle. Les Gilets Jaunes sont inventifs, et d’une certaine façon en janvier, ils vont faire la fête à ceux qui se prennent pour des rois. Avec une garantie : ils auront tous une fève.

Retour en quelques Live Tweets, sur l’acte VII à Montpellier

Les trois Grâces connaissent bien les gilets jaunes maintenant. Cette fontaine de la place de la Comédie : c’est le point de rendez-vous plutôt festif, mais pour ce septième samedi, il y a eu cinq blessés et quatre interpellations. La matinée avait pourtant bien commencé par une bonne demi-heure d’occupation de la gare Saint-Roch sans affrontement avec presque une certaine courtoisie, et l’envahissement du MacDo avec un slogan tout simple et assez juste : « MacDo paie tes impôts. »

Un aller-retour Préfecture – Gare Saint-Roch a vu basculer la mobilisation vers l’affrontement

14h00 une marche vers la préfecture va changer l’orientation de la journée, avec toujours le même refrain : « Emmanuel Macron, tête de c**, on vient te chercher chez toi. » Voir les vidéos dans les tweets :

Décalage et humour « Macron t’es foutu, la police est dans la rue » avant des « bousculades » qui “obligeront” les forces de l’ordre à faire usage de grenades lacrymogènes.

Un long cortège redescend la rue de la Loge vers la Comédie, et vers la Gare. Un étonnant mélange entre ceux qui font leurs courses et ceux qui manifestent, le tout sans animosité entre eux. Une petite dame vêtue de son gilet jaune avec des yeux bleus comme ceux de Brigitte Macron, confie « c’est important d’être présent juste présent, on lâche rien. »

Puis blocage des tramways, normal quand plus de 500 manifestants arrivent à la gare, face aux CRS qui protègent l’accès aux voies. Les Gilets Jaunes ont réussi une deuxième fois à envahir les quais avant d’être refoulés. Ensuite, certains les plus virulents, Gilets Jaunes ou pas, improvisent des barricades, et enchainent des affrontements qui se poursuivront à nouveau sur la place des martyrs de la résistance devant la préfecture. Résultat : cinq blessés et quatre interpellations.

17h45 la préfecture semble retrouver une ambiance plus calme. Les Gilets Jaunes se sont dispersés.