Que se passe-t-il lorsqu’un journaliste américain fait du « Stéphane Bern » et se met en marche pour sauver le patrimoine culturel français ? C’est simple, il récolte une amende d’un peu plus de 10 000 euros pour diffamation !

Edward, « Eddy » Girardet est un journaliste vétéran, parmi ses scoops, il y a eu deux rencontres « accidentelles » avec Oussama Ben Laden en Afghanistan. L’homme possède les nationalités américaine et suisse. Il est bien connu, et apprécié dans les milieux humanitaires. Et il s’est mis à vertement critiquer un certain Christophe Bouvier, pharmacien de son état et maire de Cessy, une commune située sur un plateau au pied du Jura dans le département de l’Ain.

Edward Girardet avait estimé dans plusieurs de ses articles et sur les réseaux sociaux qu’il y avait « conflit d’intérêts » entre ce maire et le bien-être des autres résidents de ce village du pays Gex, sis non loin de la frontière helvétique. Cessy, selon son site officiel, «est un village qui a su garder son caractère agricole, commerçant et artisanal tout en se développant ». Cessy en effet, fait partie de ces communes françaises frontalières qui misent sur un net élargissement au niveau des transports interurbains de la ville de Genève, perspective crédible, car la ville suisse ne sait plus où mettre ses résidents et la France voisine fait, quelque peu crûment, étalage de ses possibilités en la matière, moyennant financement en francs helvétiques, cela va de soi…

En un mot, selon le journaliste américano-suisse, l’ambition du pays de Gex est de devenir un vaste faubourg-dortoir rattaché à Genève. Du coup, les promoteurs immobiliers se sont précipités pour acheter des terres et immeubles existants, les raser le cas échéant et y construire à la place des milliers de logements pour ces « néo-Genevois ». Et, à la place de demeures anciennes, de belles vieilles fermes à l’architecture traditionnelle notamment, du XVIIe et XVIIIe siècle s’élèvent de « splendides » appartements de luxe, des lotissements sans âme, des méga-supermarchés peu fréquentés, et autres formes de parkings bétonnés afin de profiter de la putative manne genevoise.

Edward Girardet, amoureux des belles vieilles choses, estime que son maire (sans doute comme d’autres dans la région) n’a pas su résister aux chants des sirènes de divers promoteurs immobiliers. Ainsi il a médiatisé son indignation notamment en accusant M. Bouvier de « conflit d’intérêts ». Selon Girardet « le fait que M. Bouvier soit le seul pharmacien du village et qu’il ait donné un permis de construire à un ensemble immobilier juste en face de son officine, constitue pour moi un conflit d’intérêts, car il ne peut que profiter de l’arrivée de nouveaux habitants…»

Et au journaliste d’aller un mot trop loin : pour lui « conflit d’intérêts » dans tel cas équivaut « clairement » à de la « corruption ». Du coup, M. Bouvier a réagi, et a intenté contre Eddy Girardet un procès en diffamation envers une personne dépositaire de l’autorité publique. Girardet quant à lui, assez sûr de son bon droit et surtout très sûr de la cause honorable qu’il défendait, a cru que la justice ne manquerait pas de reconnaître tout à la fois, sa bonne foi, mais surtout son droit de faire son métier de journaliste, c’est-à-dire de passeur d’informations vérifiées et d’utilité publique.  Las, la Chambre correctionnelle de l’Ain à Bourg-en-Bresse a trouvé Girardet coupable sur la base de deux articles de journaux et d’un « post » sur Facebook, et l’a ainsi condamné, estimant notamment que le journaliste n’avait pas apporté de preuves probantes à l’appui de ses accusations, et n’a pas voulu retenir l’argument de sa bonne foi.

Pour Girardet, qui avait l’appui d’organisations comme Reporters Sans Frontières, « je pense que c’est ironique – comme journaliste Américano-Suisse – que je sois condamné par une cour française simplement parce que je cherche à sensibiliser les gens sur la nécessité à protéger l’héritage culturel villageois de la France en plus du fait que j’ai voulu alerter les gens aux possibles conflits d’intérêts, et l’absence de transparence parmi certains des élus dans ce pays… J’estime que ce qui m’arrive est franchement scandaleux ! » M. Bouvier quant à lui n’a pas souhaité réagir, faisant savoir par son secrétariat que, selon lui : « l’affaire est classée. M. Bouvier et la municipalité n’ont jamais communiqué sur cette affaire et ne communiqueront pas ».

Pour Girardet « le pire dans cette affaire et que, à son niveau, le Tribunal de Bourg-en-Bresse est entré dans la logique répressive de l’information indépendante et qu’en France comme en Turquie par exemple, il est normal de poursuivre des journalistes en dépit des faits ». Qu’en pense donc cet autre journaliste du patrimoine, Stéphane Bern ?