Rencontre. Cyrille est bénévole pour le Secours Populaire à Sète. À son actif un parcours de plus de dix années, dans plusieurs associations caritatives connues du grand public.

Patricia Fosse : quelle a été votre expérience ?

Cyrille : j’ai été bénévole pour le Secours Catholique, la Croix Rouge, les Restos du Cœur, Saint Vincent de Paul . À Avignon j’avais travaillé comme salarié à temps plein pour la Croix-Rouge dans un centre d’hébergement, une partie d’un ancien monastère attribué à la Croix-Rouge, les personnes logées pouvaient y séjourner jusqu’à un an. Lorsque je suis arrivé à Montpellier, j’ai répondu à une annonce du Secours Catholique pour des bénévoles. On accueillait des familles pour savoir où elles en étaient dans leurs démarches administratives. On les aidait pour l’alimentation. En une demi-journée à deux, on recevait 4-5 familles. En dehors des locaux du Secours Catholique on accompagnait en plus les bénéficiaires dans les démarches, à la Préfecture, à la mairie… En attendant notre tour on discutait on apprenait à les connaître un peu plus. C’était assez prenant et des fois, c’était très dur. Un enfant battu par son père et la mère qui ne faisait rien, il a fallu accompagner la mère pour porter plainte. Des réfugiés sans papiers, des personnes expulsées. Un propriétaire voulait récupérer un appartement et expulser les deux étudiants mexicains qui l’habitaient. Parfois, il me fallait une demi-journée, voire plus pour faire le vide. Ils m’avaient aussi mis comme responsable des collectes dans les supermarchés, avec une simple liste de bénévoles. On apprenait avec le prédécesseur, mais il fallait s’organiser tout seul. Au bout de six mois, sans formation, j’ai craqué. Je suis allé voir le responsable pour arrêter.

Le travail bénévole effectué par Cyrille ressemble un peu au travail d’un assistant social. Le bénévolat fonctionne avec un contrat, même en l’absence de rémunération.

Patricia Fosse : qu’est-ce ce travail vous a apporté ?

Cyrille : de voir des gens sont dans la galère, on peut voir l’évolution. On a le remerciement des personnes aidées (on voyait les familles tous les 15 jours). Un enfant qui sourit qui dit merci, c’est le plus beau cadeau.

La seconde expérience, en tant que bénévole longue durée, se déroule encore actuellement au Secours Populaire de Sète pour Cyrille. Elle a commencé il y a 5 ans. Il est arrivé à Sète, sans travail. Il a d’abord été bénéficiaire d’alimentation auprès du comité local.

Patricia Fosse : comment s’est faite votre intégration ?

Cyrille : j’y allais souvent pour m’occuper, je n’avais rien à faire. Quelqu’un lui a dit : « pourquoi ne viens-tu pas comme bénévole en restant bénéficiaire ? » J’ai eu la chance d’être pris comme bénévole. C’est le basculement d’un statut à un autre.

200 familles fréquentent le Secours populaire au cours d’un mois. Certaines familles sont suivies depuis trois ans. Cyrille fait partie de la distribution alimentaire. Pour le frais, fruits et légumes, l’épicerie est ouverte toutes les semaines : le mercredi et le vendredi en alternance. Une soixantaine de personnes la fréquentent régulièrement. Une grille avec barèmes en fonction des ressources décide de l’attribution de l’aide. Les bénéficiaires viennent sur prescription d’une assistante sociale, envoyés par le S.U.S. (Service d’urgence sétois) ou la C.I.M.A.D.E. (Comité Inter-Mouvements Auprès Des Évacués).

Patricia Fosse : vous vous connaissez bien entre bénévoles ?

Cyrille : le nombre de bénévoles est de 80-90. J’en connais une trentaine parmi les plus actifs. Je donne un coup de main ailleurs quand il y a besoin par exemple pour l’actualisation des fichiers des bénéficiaires. Je suis parti avec une collègue contacter un directeur de colonies de vacances à Grenoble qui dispose de places dans son centre. Nous pouvons ainsi proposer des séjours de vacances aidées aux enfants. Une fois par an est organisée la J.O.V. (journée des oubliés des vacances). Bien qu’habitant Sète certains parents n’emmènent pas leurs enfants à la Plage. L’an dernier la journée se déroulait à Gruissan , il y a deux ans au parc aquatique à la Grande Motte. À la rentrée je participe à la collecte de fournitures scolaires.

Ce fut une joie pour Cyrille de découvrir que certains bénéficiaires contribuaient eux aussi, à leur mesure, en partageant ce qu’ils pouvaient, pour la rentrée.

Patricia Fosse : qu’est-ce qui a changé au cours de ces dernières années ?

Cyrille : les gens ont du mal à s’engager dans cette activité. Et même les gens qui sont dans la galère ont du mal à franchir la porte. Beaucoup de gens viennent se présenter pour être bénévoles les premiers vendredis et samedis matin du mois. Ils ne reviennent pas. Sur cinq personnes reçues seulement, une ou deux vont s’investir. C’est de plus en plus dur aussi, pour les dons en nature et en argent. C’est la crise, même les grandes surfaces donnent moins de produits.

Patricia Fosse : quelle satisfaction vous apporte votre bénévolat ?

Cyrille : je connaissais le bénévolat, je voulais aider mon prochain, pouvoir aider les gens dans la galère pire que soi, rendre la pareille. Je m’y sens bien. Ma satisfaction est de pouvoir aider les gens, de créer des liens amicaux.

Cyrille ne tient pas en faire un métier de façon définitive, il veut faire la part des choses. Il aime aider son prochain de façon libre, naturelle et désintéressée. Malgré certains moments de ras-le-bol, il a l’intention de continuer à offrir son dévouement, même quand il sera en retraite.

Vidéo – Moments donnés – Secours Populaire Français de l’Hérault :

Site du Secours Populaire
https://www.secourspopulaire.fr/