Loto ne plus jouer et garder un oeil sur le « fonds pour l’innovation », une promesse électorale d’Emmanuel Macron qui va gratter 10 milliards d’euros en vendant des actifs de l’État dans un certain nombre d’entreprises, dites non stratégiques.

L’état a une participation de 72% au sein de La Française des jeux. La loterie, un monopole public créé en 1776, par un homme qui perdra la tête : Louis XVI. Jacques Necker, ministre des Finances de l’époque avait surtout comme objectif de faire main basse sur la rente des jeux, pour doper son budget déjà catastrophique. Un an avant la révolution, en 1788 la Loterie Royale rapporte 2% des recettes de l’État. Largement de quoi distribuer de la brioche, mais la cupidité en usa autrement, l’Histoire trancha.

Avec grand coeur et officiellement recréée pour apporter une aide aux anciens combattants, la loterie est rapidement devenue excessivement rentable pour l’État. L’esprit de solidarité de l’article 136 de la loi de finances du 22 juillet 1933 s’est vite évaporé.

Prendre 10 milliards de cashs sur les 262 milliards que possède la France.

Le rapport (2016) du Compte Général de l’État définit que la France détient 1817 participations financières pour un montant de 262,7 milliards d’euros. Le programme de vente des participations de l’État dans les entreprises françaises suit son cours. La première étape du plan de cessions, dont l’objectif est de récupérer un montant de 10 milliards pour le « fonds pour l’innovation² », s’est faite en septembre 2017 avec Engie qui a rentré dans les caisses : 1,53 milliard d’euros, avec 4,1 % du capital cédé.

Soyons crédules, «Je ne cède pas des actifs pour renflouer les caisses de l’État. L’objectif est de trouver des financements pour l’innovation, car c’est la clé de demain» dixit le ministre de l’Économie Bruno Lemaire sur BFMTV en juillet 2017.

En ce qui concerne la Française des jeux, l’État n’irait pas jusqu’à la privatisation totale, mais sa participation pourrait passer sous la barre des 50%. Le consommateur gratteur et « cocheur » aura ainsi presque l’impression d’avoir affaire à un vrai bookmaker. Ressuscité ponctuellement avec quelques tirages pour chef-d’oeuvre en péril, l’aspect caritatif possible ou fantasmé, que pouvait apporter l’image de l’État à la Française des jeux sera presque effacé.

Loterie, n. f : museler l’esprit d’initiative pour entrer dans l’état végétatif de l’espérance.

Ingénieux système que de faire caresser l’espoir de devenir riche. Méthode efficace pour garder une population pauvre. Lui museler son esprit d’initiative, ou de révolte, pour la faire entrer dans l’état végétatif de l’espérance. Alors que « la richesse¹ » devrait être un projet et non une chance. L’argent un simple marqueur de résultat et non un produit à accumuler.

Ne plus jouer avec la Française des jeux deviendrait-il un acte révolutionnaire ?

Plus utile que la surveillance des petites boules des chiffres du loto, il sera important de contrôler où le « fonds pour l’innovation² », voulu par le président de la République, ira jouer avec ces 10 milliards. Un « tour de passe-passe » reste toujours envisageable. Vigilance.

 

1 – Richesse, sens figuré : valeur intellectuelle, morale, spirituelle de quelque chose.
2 – Fonds pour l’innovation : promesse lors de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron.