Montpellier, visite d'Emmanuel Macron avril 2021 : "mon fils qui a huit ans, il m'a demandé si le prénom de "Pierre" existait vraiment, ou si ce n'est que dans les livres..."
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[TRIBUNE] La mixité sociale, combat pour une école républicaine, par Stéphane Fournier, professeur des écoles dans l’Hérault.

Alors qu’Emmanuel Macron venait à Montpellier pour déployer sa politique sécuritaire, c’est une séquence sociale qui marqua les esprits à travers une vidéo devenue virale. On y voit Madame Amadou, mère de famille du quartier des Hauts-de-Massane, interpeller le président de la République sur l’absence de mixité sociale dans le collège public de secteur provoquant l’interrogation par son fils de l’existence du prénom « Pierre ». Des propos authentiques qui nous saisissent à l’heure où les réseaux sociaux font trop souvent la part belle à des polémiques souvent fantasmées.

Le président Emmanuel Macron et le maire Michaël Delafosse, rattrapés par cette dure réalité, semblent touchés. Comment ne pas l’être face à un témoignage qui vient nous rappeler ce qu’est la promesse républicaine. Madame Amadou en intervenant de la sorte contraint le pouvoir à constater la réalité de tant de Français, celle des ferments du séparatisme. Celui-ci n’est pas l’œuvre des habitants des quartiers populaires contrairement à ce qui a pu être sous-entendu lors des débats parlementaires. Le séparatisme qui abîme notre République, c’est avant tout celui des catégories aisées, celui de la « sécession des élites » comme l’avait observé et souligné Jérôme Fourquet dans une étude du même nom. Aux pauvres les écoles de pauvres, aux riches les écoles de riches.

Notre école qui devrait être un carrefour social, un creuset national, est en fait bien trop souvent un lieu « d’apartheid » et d’enfermement communautaire. Triste échec résultant d’une somme de choix politiques. D’abord, la logique de l’éducation prioritaire, belle sur le papier : donner plus à ceux qui ont moins est en réalité un naufrage cuisant, dont il faut tirer le bilan. Le nombre de zones d’éducation prioritaire (ZEP) n’a cessé d’augmenter depuis 35 ans passant de 363 à 1094 Réseaux d’Education Prioritaire (REP) aujourd’hui. Pourtant les écarts de niveau restent substantiels entre les REP d’un côté et les collèges « classiques » de l’autre : cet écart en français et maths varie de 20 à 35%. Ces établissements deviennent des trappes à inégalité. Ils sont réservés aux plus pauvres, contournés par les classes moyennes et aisées, et donc enfermés dans le cercle vicieux de la reproduction sociale.

Ensuite, le laxisme de l’État qui conduit à laisser l’école privée concurrencer l’école publique renforce le phénomène de ghettoïsation. Les enfants des classes supérieures représentent une part de plus en plus élevée des élèves du privé : 40 % aujourd’hui contre seulement 19% en 1985.

Si l’on croit à la Nation et à la République, c’est inadmissible. Les quartiers populaires ont été abandonnés. Comment faire adhérer nos concitoyens à la promesse républicaine quand l’un de ses principes les plus élémentaires, celui de l’égalité, est bafouée.

Les parents d’élèves pauvres comme aisés attendent des choix politiques. Ils attendent de l’excellence pour leurs enfants et leur quartier. Ils attendent de la mixité et de l’ascension sociale. Au Petit-Bard à Montpellier, le combat des parents d’élèves depuis des années a conduit à ce que le collège Simone Veil ouvre des filières spécialisées d’excellence, se dote d’un équipement de haut niveau, et ainsi change sa réputation. Il faut poursuivre ce travail « d’égalitarisation » partout. Modifier en profondeur la carte scolaire : instaurer un taux minimum (20%) et un taux maximum (40%) d’élèves boursiers et d’élèves issus des catégories défavorisées, dans tous les établissements du primaire et du secondaire, y compris dans le privé et dans l’éducation prioritaire (aujourd’hui en REP+ il y a 67% de catégories socioprofessionnelles défavorisées et 65% de boursiers contre 35% et 23% hors REP et REP+). Conditionner les aides de l’État et les contrats de l’État avec le privé au respect de ces critères de mixité. Enfin, il faut assujettir le privé aux règles de la carte scolaire, et mettre fin aux écoles hors contrat.

Sans cela vous pourrez supprimer toutes les ENA que vous souhaitez, rien n’y changera !

C’est seulement ainsi que nous mettrons fin au séparatisme, que nous remettrons debout l’école publique, l’école de la République, espérance d’égalité et de fraternité.

Stéphane Fournier, professeur des écoles dans l’Hérault

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