Désert. Le parvis des Halles de Sète est, depuis samedi, vide de vie. Les deux cafés emblématiques du centre-ville de Sète ont fermé leurs portes, comme tous les autres bars de la ville, pour 6 semaines.

Hauts lieux de rencontres tout le long de la semaine et surtout le week-end, Le Bar à Jo et le Café Lumière ont été obligés de cesser leurs activités, même si les deux établissements proposaient en terrasse des plateaux de fruits de mer et des tapas. Insuffisant pour faire valoir une activité de restauration. Idem pour le bar L’Idéal situé au coin du marché couvert. « Quelle tristesse, confie un retraité assidu du café du matin. Je lis le journal, rencontre mes copains. Le gouvernement a décidé de casser le lien social ».

Depuis samedi matin, les bars sont en effet dans l’obligation, comme partout dans l’Hérault, de baisser leurs rideaux. « C’est incompréhensible et incohérent, indique le gérant d’un établissement du quai Général Durand. Je suis obligé de fermer mon bar et à côté, les terrasses des restaurants sont prises d’assaut et bondées de monde ». 

« Pourquoi ne pas avoir limité les déplacements ? »

Même incompréhension pour Corinne, gérante de « Au Vin Vivant » (rue des Prisons), qui, outre l’activité de caviste, sert également des verres en terrasse. « Nous perdons 50% de notre activité. Nous avons respecté les mesures, nous nous sommes adaptés les mois derniers et là, nous devons arrêter. Il va falloir à nouveau mettre les employés en chômage technique, réorganiser les plannings, les horaires… Le changement permanent est insupportable. Tout cela affecte la santé psychique de tout le monde ». 

Destination prisée, la ville de Sète accueille beaucoup de touristes, surtout à l’occasion de ces vacances scolaires de la Toussaint. « N’aurait-il pas été plus judicieux de limiter les déplacements ? s’interroge Corinne. La moitié de la France est dans le Sud. Tout cela manque d’anticipation ».

Saint-Etienne, Clermont-Ferrand, Montpellier….  La brasserie Le Saint-Clair (quai Maximin Licciardi) tient le livret obligatoire avec les coordonnées de ses clients : « nous avons effectivement des touristes provenant des villes où le virus est très actif. Je suis très vigilant et respecte les règles, car je veux qu’on s’en sorte, mais je suis obligé de refuser les gens qui ne souhaitent boire que des verres et je travaille que pour la partie restauration.  C’est un manque à gagner de 50%. L’adaptation permanente est fatigante, mais je pense surtout aux personnels soignants qui, eux, sont en première ligne ».

Du côté des restaurateurs, quand certains n’ont pas eu d’autres choix que de fermer, d’autres tentent de se réorganiser. C’est le cas de « Chez Luigi » (rue Mario Roustan), qui ne sera désormais ouvert que les midis. « Je le fais surtout pour mes employés. Ce sont des êtres humains qui ont besoin de travailler pour vivre. Mais c’est tout de même le soir que j’ai le plus de clients. Je vais peut-être faire de la vente à emporter pour compenser, mais je pense profondément qu’il aurait fallu être plus restrictif plus tôt. Le gouvernement a laissé tout faire cet été. Nous sommes en retard de trois mois. Ils gâchent tout et vont finir par détruire le pays ».

Juste à côté, le bar-tapas Le Balthazar n’est habituellement ouvert que le soir. Laurent, le patron, a donc décidé d’ouvrir les midis ainsi qu’à partir de 17h pour des « after-work » avec une formule entrée-plat+tapas. « Je cogite depuis l’annonce du couvre-feu pour ne pas fermer. Il faut s’organiser à chaque fois, se réinventer. Mais il est très difficile de se projeter dans l’avenir ». L’avenir ? Quel avenir ?