[Communiqué de presse] Couvre-feu à Montpellier : lettre du SCUM au président Emmanuel Macron

Macron masque noir - Photo © Macron LinkedIn 2020
Macron masque noir - Photo © Macron LinkedIn 2020

Cher Président de la République,

En tant que syndicat étudiant montpelliérain, nous avons attentivement écouté votre entrevue de ce mercredi 14 octobre 2020. Comme nous le craignions, vos mesures, vos choix politiques sont allés dans une direction qui ne nous semble pas la bonne. Pire, ces choix ont une nouvelle fois tendance à stigmatiser et à précariser les plus démuni.e.s.

Votre volonté de tout axer sur l’économie, la marchandisation de la société, font oublier l’essentiel : l’humain.e. Votre volonté de mettre un couvre-feu de 21h à 6h dans certaines métropoles tourne à l’absurde. Comment expliquer à de jeunes étudiant.e.s, travailleurs.euses, qu’il est logique de faire un trajet en transport en commun, pour ensuite se rendre sur son lieu de travail ou d’études y croiser encore des centaines de personnes, revenir chez soi par ces mêmes transports, mais ne pas pouvoir être avec plus de six ami.e.s le soir même ? Vous semblez vouloir nous priver de nos moments de sociabilisation, de détente en nous cantonnant au : métro, boulot, dodo. Vous êtes suffisamment informé pour ne pas notifier que ce sont bien les entreprises et les universités/écoles qui sont les principaux clusters actuels bien loin des familles et des amis. Et après, vous sortez l’argument des efforts, de la difficulté d’une telle situation en nous réduisant à notre condition de travailleurs.euses ou d’étudiant.e.s en nous privant de nos échanges jusqu’au lever du jour, de nos déambulations tardives, de nos danses désarticulées et de nos rires alcoolisés (ou non).

Comme vous le dites si bien, et nous sommes d’accord, un confinement tout.e seul.e dans son 10m² est extrêmement contraignant mentalement comme cela peut l’être pour d’autres situations complexes : des enfants qui ont besoin de se dépenser, des problèmes familiaux, de couple, des violences conjugales, etc. Alors pourquoi nous mettre dans des conditions mentales complètement contraignantes et qui ne garantissent en rien le freinage des contaminations dans lesdites métropoles ? Pensez-vous que les Français.es qui partiront, par exemple, dans les jours à venir ne vont pas propager le virus ? Pourtant, vous ne limitez pas les déplacements. Forcément, le tourisme est un secteur important en France. Vous avez déjà la grogne des gilets jaunes, des restaurateurs.trices, des bars, et de tant d’autres métiers, alors comme d’habitude, vous nagez à vue, sans vision sur un temps plus long que celui des sondages. Les élections approchent, c’est bien la seule chose qui vous importe. Les personnels médicaux saturent, les lits manquent, et pourtant, depuis cette première vague, seules des annonces de pacotille et méprisantes ont été faites. Une fois encore, l’humain.e est supplantée par l’économie.

Mais voici que nous divaguons, que nous pourrions remettre toute la politique en question. Le pire, c’est que vous n’êtes pas le seul, vous n’êtes que la suite, qu’un élément quelconque, sans importance, d’une société spectaculaire et marchande. Cela serait un autre ou une autre, voici que cela serait pareil : Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron : du pareil au même. Alors, en tant que syndicat étudiant, nous nous interrogeons aussi sur les effets concrets de ce couvre-feu. Comment vont faire les étudiant.e.s qui travaillent souvent le soir pour pouvoir vivre à peu près correctement pendant leurs études et cette fin d’année ? Vous avez beau avoir décidé d’accorder une aide exceptionnelle pour les bénéficiaires des APL et du RSA, mais cela n’y change rien. Que représentent cent ou cent-cinquante euros sur six semaines (NDLR : les personnes ayant des enfants à charge toucheront davantage) ? Entre deux et trois euros supplémentaires par jour ? Vraiment ? Quand il y a un loyer à payer et un corps à nourrir, cela est bien insuffisant. Certains repas au CROUS coûtent ce prix ou davantage. La perte de salaire n’est pas compensée. Vous avancez le chômage partiel et son mécanisme, mais quand certain.e.s ont un statut d’auto-entrepreneur (avec toute la précarité que ce statut sous-entend) comment survivre ?

Une fois encore, nous dénonçons ce choix purement politique.

Nous comprenons les impératifs sanitaires et le besoin en tant qu’individus d’une même communauté de se respecter et d’avoir une égalité totale dans nos libertés. Seulement, la manière d’envisager ces libertés s’avantage plus comme une immense fumisterie qu’une logique profondément humaine. Quid des plus précaires ? Quid des plus stigmatisé.e.s ? Quid de nos psychologies ? Quid de nos finances ? C’est vraiment ça, notre projet ?

Il s’agit d’un insupportable deux poids-deux mesures.

D’un côté, à l’Université Paul Valéry Montpellier 3, des étudiant.e.s testés positifs au COVID-19 sont forcé.e.s de continuer à se rendre en cours, sous peine de points négatifs sur leur moyenne, et de l’autre, il leur serait interdit, au nom de leur santé, de sortir, même seul.e.s, dans la rue ?

Vous en conviendriez, monsieur le Président de la République, que cela n’a aucun sens.

Afin que la santé des étudiant.e.s et de leurs proches soit réellement prise en compte, nous vous demandons de mettre en œuvre de réelles mesures à destination des universités.

  • La levée de l’obligation d’assiduité pour les cours dispensés en présentiel, et ce au niveau national.
  • L’obligation, formulée par décret, pour les universités de fournir les supports de cours en ligne ainsi que la captation vidéo ou audio de l’intégralité des cours.
  • Une rallonge budgétaire afin de permettre aux établissements de procéder à l’achat d’équipements audio et vidéo le plus rapidement possible.
  • L’installation d’un centre de dépistage COVID-19 dans chaque université.
  • La création d’un revenu compensatoire de perte d’activité pour les étudiants ayant perdu leur emploi étudiant, y compris pour les auto-entrepreneurs de « plateformes » (UberEats, Deliveroo …). Ce revenu prendrait en compte, dans un premier temps, la durée totale du 1er semestre, et pourrait être reconduit au second semestre suivant les évolutions sanitaires.
  • L’exonération des loyers des résidences et cités universitaires dans toutes les villes en état d’alerte maximale, dont Montpellier.

Veuillez agréer, monsieur le Président de la République, l’expression de nos sentiments les plus distingués.

Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier – SCUM
association étudiante représentative à vocation syndicale.